J’ai décidé d’arrêter les drogues

01.08.16

SEMAINE N°184

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de la semaine n° 184

J’ai décidé d’arrêter les drogues

01.08.16

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Si comme moi, tu paies tous les mois ton abonnement à Canal+ alors que tous les programmes que tu regardes sont en clair et que tous les animateurs que t’aimes bien se sont cassés dans d’autres contrées (mais je vous rassure, ils passaient aussi en clair). Alors peut-être comme moi, tu as déjà vu quatre fois le documentaire sur Kurt Cobain et six fois celui sur Amy Winehouse. (Qui passent sur Canal en ce moment, faut bien qu’il y ait quelques avantages).

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Ajoutez à cela que je viens de lire Virginie Despentes, Vernon Subutex. Livre génial. Subutex, soit le médoc qu’on donne aux dépendants pour se sevrer (Ma Sophie, je te salue) (Non pas qu’elle soit droguée mais elle est super calée en médocs de drogués).

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Tout ça pour vous dire que la drogue a quelque peu peuplé mes dernières semaines. Comme une trame de fond. Comme la question qui reste tapie au fond de ton inconscient, qui a du mal à être formulée. On sait qu’elle est là, on sait qu’elle va sortir, on attend patiemment. Et paf. Elle nous revient en pleine face. Comme ça, au détour d’une conversation ou d’un arrêt de métro. La mienne de question était pourtant super simple. Mais allez savoir.

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Pourquoi ? (C’est ma question).

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Mais j’avais quand même deux sous-questions. La première curieuse : Qu’est-ce qu’est vraiment la drogue, en fait ? La deuxième plus révoltée : A quel moment décide-t-on de se tuer à petit feu ?

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Alors allons-y. La drogue, mais qu’est-ce que c’est ?

Bien sûr, quand on pense à la drogue, on pense aux drogues dures. Aux trucs un peu trash, bien qu’aujourd’hui les limites ne soient plus du tout les mêmes. Mais passons.

Ce que je me dis. C’est que ça nous arrange bien de ne pas nous sentir concerné. Qu’il y a plein d’autres formes de drogue. Qui nous poursuivent au quotidien. Et dont on fait volontairement abstraction. Et qu’on est peut-être même tous super drogué si ça se trouve. Si si.

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Revenons aux origines (égal allons faire un tour sur le site Larousse) (c’est glauque si je vous dis que c’est un de mes sites préférés ?). Larousse nous donne plein de définitions pour le mot drogue. Mais ce qu’on peut en tirer, c’est trois composantes essentielles :

1/ Une sensation de bien-être (physique et/ou psychologique)

2/ Une dépendance (physique et/ou psychologique)

3/ Une toxicité (physique et/ou psychologique)

J’ai conscience que la répétition de (physique et/ou psychologique) était chiante, mais c’était pour que ça rentre bien dans votre inconscient et que le reste de mon argumentation se déroule tranquille. Tranquille. Subliminal.

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Prenons un exemple facile. Le sucre. Le sucre provoque une sensation de bien-être (surtout psychologique) (la bouffe émotionnelle, le système de récompense du cerveau, tout ça). Le sucre provoque une dépendance (physique et psychologique) (pas besoin de revenir sur les études qui montrent que l’addiction au sucre est plus forte que celle à la cocaïne, hein) (aussi, rappelons que le sucre n’est vraiment arrivé chez nous que depuis le Moyen-Age, et démocratisé que depuis le 19ème siècle) (donc, ce n’est pas du tout un besoin vital) (j’aime bien vous étaler ma pauvre petite science). Et enfin, le sucre est toxique. Je le sais, vous le savez, tout le monde le sait. Alors, le sucre est une drogue.

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Prenons un deuxième exemple facile. La clope. La clope provoque une sensation de bien-être (aussi surtout psychologique). La clope provoque une dépendance (physique et psychologique). La clope est toxique. Evident. La clope est une drogue.

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Prenons un troisième exemple polémique. La religion. La religion provoque une sensation de bien-être (psychologique) (c’est évident). La religion provoque une dépendance (psychologique) (c’est évident). Et dans certains cas, la religion est toxique (là, je vais pas me faire que des amis mais faut assumer ses choix, les gars). Vu l'état de notre monde, pas besoin d'argumenter des heures sur la toxicité de la religion. C'est évident. Alors dans certains cas, la religion serait-elle une drogue ? Certaines études auraient montré que la religion agit sur les mêmes parties du cerveau que les drogues dures. Je laisse ça là, vous en faites ce que vous voulez...

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Si les drogues sont toxiques, si les consommer revient à se tuer à petit feu, alors pourquoi s’acharne-t-on ? Pourquoi continuons-nous de considérer que certaines des meilleures choses de la vie sont les plus nocives ?

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Je ne te demande pas pourquoi tu fumes aujourd’hui. Je te demande pourquoi en 3ème, t’as commencé. Pourquoi t’as allumé ta première clope. Pourquoi t’as été t’acheter ton premier paquet. Pourquoi t’as continué.

On a voulu essayer. Tenter l'expérience. Comprendre ce que ça faisait. Et ne vous méprenez pas, je suis d'avis de toujours essayer. Dans la mesure du raisonnable. N'allez pas étrangler votre belle-mère pour le goût de l'expérience. Mais je me demande. Pourquoi avoir continué. Pourquoi être tombé dans la dépendance volontairement. Car on n'est pas dépendant la première fois, ni la deuxième, ni même la dixième. C'est que donc, d'un côté, on l'a bien voulu.

J’ai fumé pendant des années. J’allumais ma première cigarette à 8h10 en allant à la fac. J’avais rien dans le ventre. A chaque pause, je sortais fumer. C’était normal. On y pensait pas. C’était un réflexe. On va se fumer une clope ? Ouais, on y va. J'ai fait l'exercice. Je sais pourquoi j’ai commencé et quand. Je sais pourquoi j’ai arrêté. J’avais plus besoin de ce back-up psychologique ni d’une consistance sociale.

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Je me dis que. La drogue. C’est une forme de filet de sécurité psychologique, un truc auquel on se raccroche pour affronter la dureté de la vie. Se faire du bien en se faisant du mal. Se tuer à petit feu, c’est pas ça l’enjeu, c’est juste un risque qu’on est prêt à prendre. Croire qu’on se fait du bien en se faisant du mal.

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Il y a quelques semaines. On m’a reproché de ne pas fumer, de ne pas boire, de ne pas m’amuser. Allez savoir pourquoi les trois sont corrélés. Pire, la question qui a suivi était : « Mais t’es heureuse ? ».

Comment en arrive-t-on à considérer que si on ne se fout pas en l’air on ne peut pas être heureux ? Alors que c’est tout le contraire. C’est tout le contraire. C’est justement parce que je ne fume pas et que je n’ai pas besoin de ce recours-là, que je suis sûrement plus heureuse au fond de moi.

Cela marche pour toutes les drogues, bien sûr. Il est bien connu que les junkies sont malheureux au possible, mais le mécanisme est le même pour toutes (à chacune son échelle). Je ne fume plus, je ne bois pas beaucoup, je ne me drogue pas. Mais je vous rassure, je suis droguée à d'autres trucs. Je vous laisse voir quelles sont vos drogues à vous, chacun ses limites.

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Le film sur Amy Winehouse m’a hanté pendant des semaines. J’avais déjà été le voir au cinéma. Et en sortant, je m’étais sentie coupable et triste. Comment est-ce qu’on ne l’a pas aidée ? Comme si j’avais pu jouer un rôle là-dedans. Le deuxième livre de Virginie Despentes que j’ai enchainé commence par une citation de Kurt Cobain : « I hate myself and I want to die. »

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On arrête les drogues ensemble ?

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Je vous embrasse bien fort

Camille

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NB : Bien sûr, dans une autre mesure, mais toujours même mécanisme. Le shopping peut être une drogue. Les réseaux sociaux, aussi. Un mec ou une meilleure copine. Pokemon Go. Tout ça, mais vous avez compris, pas vrai ?