Day 8 – Varkala

24.02.13

Aujourd’hui, une des femmes participant au stage avec moi a appris la mort de son mari en France, suite à un accident soudain. Elle a pris le premier avion et est rentrée. Je sais que ce n’est pas très fun de vous raconter cela mais cet événement m’a finalement aidé à relativiser et à retrouver mes objectifs. Je me rappelle maintenant pourquoi je suis là et ce que j’aimerais trouver au cours de ce voyage. C’est un peu personnel et je préfère vous faire des blagues sur les souris donc je ne vous expliquerai pas vraiment mais sachez que je suis zen maintenant. J’avoue quand même que c’est aussi dû à une vraie nuit de sommeil et à un changement de chambre…

Finalement, si je suis totalement honnête avec vous et encore plus avec moi-même, je crois maintenant que les souris étaient juste la matérialisation de mes angoisses à entreprendre ce voyage. J’avais sûrement besoin d’évacuer tout ça pour pouvoir avancer ensuite. Je ne vous dis pas bien sûr que dans d’autres conditions j’aurais kiffé dormir avec des souris. Non vraiment loin de là. Mais juste que j’en tire la bonne leçon et que je crois fermement au destin. Tout arrive pour une raison. J’en suis persuadée. Je ne suis pas tombée sur la seule cabane infestée de souris par hasard. Enfin si un peu. Je suis black, me dirait mon frère Edouard. Et c’est peut-être vrai. Mais à quoi bon croire que nous n’avons pas de chance, cela ne fait avancer personne. Tirons le positif de toutes nos expériences. Cultivons le positif. Ah ah ah, je serai un bon gourou. Je me tâte à monter ma petite secte d’ailleurs. Je l’appellerais « Nagaouika and mouses ».

Voilà, il se passe des choses vraiment dures par ici, presque violentes, l’Inde fait ressortir en chacun de nous des émotions très fortes, des étapes de vie à franchir, des expériences. Certains disent qu’on ne vient pas en Inde par hasard…

J’ai aussi pris conscience aujourd’hui d’une chose importante que j’aimerais partager avec vous. Plusieurs fois, Holly (la prof de méditation, je vous raconterai aussi promis) nous a répété que nous n’étions pas nos pensées, ni nos émotions, ni notre corps. J’ai entendu à chaque fois et acquiescé même mais finalement je n’avais pas vraiment compris.
Je ne suis pas mon corps. Ok, c’est la plus facile celle-là. Je ne suis pas mon corps ni ses perceptions sensorielles. Je peux regarder mon corps et accueillir mes perceptions sensorielles. J’ai froid, j’ai chaud, j’ai mal au ventre, je suis grande, petite, je suis grosse, moche et poilue.
Ensuite. Je ne suis pas mes émotions. Je suis triste, heureuse, angoissée, en colère… Tout cela ne me caractérise pas car je suis beaucoup plus que ça. Hier, je disais à Holly “je me vois angoissée et j’aime pas me voir comme ça”. Et elle m’a répondu “Camille, tu n’es pas ton angoisse”. Euh…ok. Sur le coup, ça m’a pas trop aidé. Qu’est-ce que cela veut dire “je ne suis pas mon angoisse”? Au contraire, j’avais l’impression que mon angoisse était si présente que je n’étais plus que ça. Puis finalement, elle m’a expliqué que je me voyais angoissée, donc que j’étais capable de prendre du recul sur ce sentiment et qu’il fallait maintenant que j’en trouve les facteurs déclencheurs. Ca fait sens finalement. Nos émotions ne sont jamais des états permanents. Nous les ressentons pour une raison, intérieure ou extérieure à nous-même. Lorsque c’est positif, nous essayons de le faire durer. Lorsque c’est négatif, nous en cherchons les causes et les solutions. Donc, je ne suis pas mes émotions. Et vous non plus !
Je ne suis pas mes pensées. Ca se complique sérieusement. Mais l’explication est la même. Je suis capable de me voir penser et réfléchir. Je suis sûre que cela vous est déjà arrivé de vous dire “Je pense trop” ou “Pourquoi je pense ça ?” ou “Il faut que je pense à ça demain” ou “J’aimerais prendre le temps de réfléchir au pourquoi du comment les petits noirs ont le ventre tout gonflé” ou “Bordel, pourquoi je suis tombée sur la seule cabane avec des souris” (ah ah ah, ça faisait longtemps…!!). Donc finalement, on se voit aussi penser. Mais c’est la partie la plus difficile à comprendre. Regardez, parfois on a envie de mettre notre cerveau sur off, comme quand on n’arrive pas à dormir ou qu’on essaie de méditer… Mais je comprends, c’est d’autant plus compliqué qu’on nous a toujours appris à l’école “Je pense donc je suis”. Descartes, grand philosophe français de mon époque, mon pote, mon voisin de cours de grec, avait alors tort ? Je suis une connasse de penser cela, me direz-vous. Mais alors, j’ai encore regardé mes pensées pour pouvoir dire cela… Ah ah ah, je vous vois tourner en rond. C’est l’erreur que nous avons tous commise, de s’assimiler à nos pensées. Vous n’êtes pas vos pensées. Point.

Ok donc, pour résumer, je ne suis pas mon corps, ni mes émotions, ni mes pensées. Mais alors, que suis-je ? Je suis conscience. J’ai conscience de mon corps, conscience de mes émotions et conscience de mes pensées. Je suis l’espace où tout cela se réalise dans le moment présent. Je suis le moment présent. On nous a toujours appris à vivre le moment présent, à être là, et profiter maintenant. Nous n’arrivons pas vraiment à le faire car nous avons souvent le poids du passé (les expériences, les colères enfouies, les frustrations) à digérer et l’appréhension du futur (proche ou lointain, genre la prochaine demi-heure ou dans 50ans). Mais finalement, si je vous disais que ce ne sont que des pensées et des émotions combinées. Lorsque nous arriverons à mettre cela de côté, nous pourrons alors être nous-même, présent dans l’instant. Consciences.

Voilà, non non vous me devez rien. Je suis contente de vous avoir fait partager ma science gratuitement…
(Je blague bien sûr. Non, je précise car vous pourriez penser que je suis devenue une bictch yogique prétentieuse… Point n’en faut).

Voilà, vous vous êtes tapé tout le blabla philosophique et vous vous demandez toujours pourquoi je souffle une bougie… Parce que cela fait une semaine que je suis là !!! C’est mon semainiversaire. Vous devez m’acheter un petit cadeau en France. Nous pourrons fêter ensemble mon 6ème semainiversaire, et alors vous devrez me donner tous mes cadeaux. Voilà, je suis une conscience qui ne perd jamais le nord. Hihi

Les

commentaires (4)

Faire corps avec son corps. - Camille's Breath
16 décembre 2014
[…] Il est possible alors que je soulève ici le débat du corps, des pensées, des émotions et de la conscience. Et plus précisément, dans le cas qui nous intéresse, de l’ambivalence être un corps – avoir une corps. C’est, je pense, la plus belle leçon philosophique que j’ai apprise en Inde. (ici). […]
J’y vais mais j’ai peur - CAMILLE'S BREATH
15 décembre 2017
[…] et que j’ai partagé avec vous dans les premiers jours de mon voyage en Inde en février 2013 (à lire ici), c’est que nous ne sommes pas nos émotions. Nous ne sommes non plus notre corps, ni nos […]
I am going but I am scared - CAMILLE'S BREATH
16 décembre 2017
[…] the first thing we learn in yoga, and that I shared with you in the first days of my trip in India (french article here), is that we are not our emotions. We are not either our body or our thoughts, but you will read […]
I think I met God - CAMILLE'S BREATH
18 juin 2018
[…] J’ai découvert en Inde une toute nouvelle relation à la religion. Une foi qui rend heureux, une foi beaucoup plus tournée vers l’intérieur que vers des rites et des traditions extérieures. J’ai appris en Inde et à travers le yoga le principe qui a changé ma vie à jamais : Nous ne sommes ni notre corps, ni nos émotions, ni nos pensées mais la conscience derrière tout ça. Si vous voulez plus de détails, j’ai raconté ça là. […]

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