La subjectivité de la vérité.

19.10.14

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Parce que je respecte mes dimanches matins. Et qu’ils me respectent. Ce matin. J’ai regardé le pilote d’une nouvelle série « The Affair ». Vous en avez entendu parler ?

En mangeant mon petit déjeuner. Dans mon lit. L’incroyable soleil de ce 19 octobre réchauffant mes pieds et mon cœur. C’était un merveilleux moyen de commencer sa journée. Et d’éviter l’inévitable déprime du dimanche.

 

J’ai trouvé cette série passionnante. Pas vraiment dans l’histoire. Vous imaginez bien qu’une série qui s’appelle « The Affair » va traiter d’adultère. Et c’est bien le cas. Un père de famille, quatre enfants, grande maison à NY. Et une serveuse des Hamptons, pleurant la mort de son enfant, incomprise par son mari. Classique. La rencontre. Pouf. Le regard. Pouf. La liaison amoureuse interdite. Pouf pouf. Jusque là, rien d’incroyable.

Le scénario, quant à lui, est passionnant. La première moitié de l’épisode est tourné selon l’angle de vue de l’homme, Noah. Et la deuxième moitié de l’épisode est tourné selon l’angle de vue de la femme, Alison. Ils racontent la même histoire. Sauf qu’ils n’ont pas la même vision des événements. Ils n’ont pas la même vérité. Et c’est en ça que ça me passionne.

 

Mises à part les vérités factuelles. Y-a-t-il une objectivité dans la vérité ? Ma vérité sera t-elle votre vérité ? Je ne crois pas. Pour un même événement partagé, ma vérité dépendra de mes ressentis. Quand votre vérité dépendra des vôtres. Car finalement, on ne retient pas des paroles ou des faits. On retient ce que ces paroles ou ces faits nous ont fait ressentir. Et nos ressentis. Sont eux-mêmes dépendants de notre caractère, de notre histoire, de nos expériences, de notre état physique et psychique au moment des faits, de nos sentiments. Et de plein d’autres choses conscientes et inconscientes.

C’est notamment la raison pour laquelle les conflits sont si difficiles à gérer. Que ce soit en amitié ou en amour ou même en famille. Les personnes en jeu n’ont pas la même vision des faits. Car elles n’ont pas ressenti les mêmes choses. Elles n’ont pas la même vérité.

Avez-vous déjà reproché à quelqu’un « Tu n’entends que ce que tu veux entendre » ? Si c’est le cas, vous comprendrez alors que la personne à qui vous avez fait ce reproche n’avait juste pas la même vérité que vous. La personne à qui vous avez fait ce reproche n’a pas ressenti les mêmes choses que vous, ni au même moment, ni pour les mêmes raisons. Dans votre dispute, elle n’a pas retenu les mêmes arguments que vous. Et ça rend fou. Parce que nous sommes personnellement tellement persuadés de nos propres ressentis qu’on a l’impression qu’ils sont partagés. Ce n’est pas le cas.

Pensez à une dispute qui vous a fait souffrir. Dernièrement. Et remplacez la personne avec qui vous vous êtes disputés par quelqu’un d’autre. D’abord par une personne à qui vous tenez plus. Puis par une personne à qui vous tenez moins. Constatez-vous que l’ampleur de la dispute est modifiée suivant les sentiments que vous avez pour la personne qui est en face. Vous comprendrez alors que pour une même dispute, pour un même fait, votre propre vérité fluctue.

 

Prêtez-y attention la prochaine fois que vous raconterez quelque chose à quelqu’un. Cela peut être un événement totalement anodin ou extrêmement grave. Cela n’a pas d’importance. Car, dans tous les cas, la version de l’histoire que vous raconterez dépendra de vos émotions. Dépendra de ce que vous avez ressenti au moment où vous avez vécu la chose. Mais attention. La version de l’histoire que vous raconterez dépendra aussi de la personne à qui vous la raconterez. Car, de manière inconsciente, vous n’attendrez pas la même écoute suivant la personne qui se trouve en face de vous (que ce soit votre mère, votre meilleure amie, votre mari ou juste une connaissance). Et cela influera encore, un peu plus, sur la manière dont vous raconterez votre histoire.

Par exemple. Pour ma part. Lorsque je raconte quelque chose à ma mère, je me place dans un rôle d’enfant. Je n’utilise pas les mêmes termes, le même ton ou les mêmes émotions pour raconter mon histoire. Car j’attends de ma mère qu’elle ait un regard de mère. Qu’elle ait une réaction de mère. Envers son enfant. Car qu’on ait deux ans ou cinquante, notre mère reste notre mère, pas vrai ?

Idem. Si je raconte la même histoire à ma meilleure copine ou à mon mec. Je n’attends pas les mêmes réactions de chacun d’eux. Je n’ai pas le même rôle.

Même si de l’extérieur, cela peut être totalement imperceptible. Je n’emploierais pas exactement les mêmes mots, ni les mêmes constructions de phrases, ni le même ton. C’est inconscient. C’est comme ça. Faites le test.

Et puis. La personne à qui vous raconterez votre histoire l’analysera en tenant compte de ses propres ressentis. De ce qu’elle a ressenti en entendant votre histoire. Elle se créera ainsi sa propre vérité sur votre histoire. Et nous aurons encore une version différente pour des faits similaires.

 

Il y a quelques jours, on m’a accusée de régler mes histoires personnelles sur mon blog. En lisant l’article « Ta réponse m’a fait un peu de peine ». Une personne proche de mon entourage s’est sentie visée. Mon blog est personnel. Bien sûr que je fais part de mon histoire, de mes ressentis. Mon blog n’a pas vocation à attaquer qui que ce soit ou à régler des histoires non résolues. Mon blog n’a pas non plus vocation à éduquer qui que ce soit ou à donner des leçons de vie. C’est un partage. J’ai décidé de partager avec vous des pensées, des ressentis, des moments vécus. Je partage avec vous ma vérité.

Parce que j’ai envie qu’elle se confronte à la vôtre. Parce que j’ai envie que, vous aussi, vous partagiez avec moi votre vérité. Car ainsi, nous pourrions grandir ensemble.

J’ai promis d’être transparente. Cet article ne fait pas référence à un conflit non résolu, ni même à toi, chère personne de mon entourage qui s’est sentie visée. J’en suis désolée si tu l’as ressenti de cette façon. Et finalement, je me dis que si tu l’as toi-même ressenti ainsi, ta vérité est peut-être un peu plus éloignée de la mienne que prévu.

 

Nous n’avons pas la même notion de la vérité. Nous n’avons pas la même notion de la normalité. D’ailleurs, y-a-t-il réellement une normalité ? Qu’est-ce que la normalité ? J’aime à penser que la normalité n’existe pas. Que c’est un concept qui a permis de contrôler les gens et les pensées. Nous sommes tous incroyablement différents et beaux dans notre différence. J’ai ma normalité. Quelle est la tienne ?

Nous n’avons pas les mêmes limites. Nous n’avons pas les mêmes ressentis. N’est-ce pas l’incroyable richesse de ce monde ?

 

Continuez à essayer de comprendre l’autre. Soyez tolérants et rappelez-vous que chacun a sa propre vérité. La fierté, c’est pour les pessimistes.

 

Je vous embrasse.

Camille

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