L’autre vie de mon père.

26.01.15

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Hier j’ai aidé mon père à ranger des vieux cartons. Ce qui pourrait ne pas vous paraître très excitant comme ça. Et je le comprendrais parfaitement. Ceci étant, je dois avouer que. J’adore ranger. J’adore ranger et trouver la bonne place aux choses. J’adore redécouvrir des objets oubliés et me rappeler de leurs histoires. Ces objets qui rendent nostalgique. Et hier, en l’occurrence, j’ai adoré découvrir des objets de la vie de mon père, ceux d’une vie passée. D’une autre vie que je n’avais jamais considérée pour ce qu’elle était.

Pendant que je rangeais les cartons de la cuisine et trouvais des vestiges de mon enfance, mon père triait des vieux cartons de vêtements. Si vous vous demandiez d’où me vient ma passion pour les vêtements, aucun doute que mon père et ses douze armoires (pas une expression) y sont pour quelque chose. « Tu veux récupérer ça ? », « et ça ? », « Tu veux un short en jeans ? ». « Tiens, ma marinière de quand j’étais marin, ça me ferait plaisir que ce soit toi qui la garde. » J’ai récupéré deux sweats New Man totalement 90’s et incroyables. Un 501 coupé plus beau que celui que j’ai toujours espéré trouver en fripes. Et une vraie marinière, imprimée d’un vrai numéro de marin et pas n’importe lequel. Bien sûr, mon objectivité en prend un coup vu la portée affective qu’ont ces vêtements à mes yeux. Mais c’est aussi ça la magie des vêtements. Mes préférés n’étant pas les plus chers ou les plus beaux mais ceux qui ont une vraie histoire.

 

En rentrant hier soir. J’ai tout essayé avec la même excitation que quand je réessaie chez moi les fringues que je viens d’acheter. Je n’ai pas du tout envie qu’on parle du fait que mon père faisait la même taille que moi au même âge, cette vision m’a presque rendue anorexique l’espace de quinze minutes. Par contre. C’est à cet instant que j’ai réalisé qu’il y avait une partie de la vie de mon père que j’avais complètement occultée. Qu’en tant qu’enfant égocentrique de divorcés, je n’avais toujours vu en mon père que la vie qu’il avait par rapport à moi. Sans vouloir considérer qu’il avait déjà eu une vie, comme celle que je mène aujourd’hui, dénuée de responsabilités.

C’est que. Mon père m’a manqué. Quand mes parents se sont séparés, j’avais 17 ans. Même si à l’époque je me sentais vieille et adulte, j’étais une enfant. Sans mentionner les nombreuses complications dues au divorce qui m’ont poussée de manière trop précoce dans le monde des grands, j’ai gardé en moi pendant longtemps une blessure d’enfant. Mon père n’était plus là quand je rentrais à la maison ou quand je me réveillais le matin. Plus là pour me préparer le petit déjeuner les matins de lycée. Plus là pour me dire comment résoudre mes problèmes de maths ou me punir quand je m’engueulais avec mes frères. Plus là dans mon quotidien. Plus là.

J’en voulais à ces nouvelles personnes avec qui il habitait. Qui l’avaient le matin au réveil et le soir au coucher. Je me disais qu’elles ne pouvaient pas se rendre compte de la chance qu’elles avaient. Ni de la valeur que cela avait à mes yeux. Que c’était surement devenu leur routine. Alors que moi je restais avec un trou dans la mienne. Je n’avais pas le choix que de continuer à avancer. Difficilement par moment. Et ce n’est véritablement que lorsque j’ai commencé à vivre seule que je me suis détachée de ce manque. Ce sont des choses qu’on ne peut expliquer. Ou véritablement comprendre que lorsqu’on y est confronté. Le divorce est entré dans les mœurs. Les gens ne se rendent pas toujours compte de ce qui se cache derrière.

Alors, pendant toutes ces années, je demandais inconsciemment à mon père de combler ce manque par d’autres moyens. Il m’était redevable. Sa nouvelle vie m’était redevable. Je m’en foutais des cadeaux ou des restos. Ce que je voulais, c’était du temps. Du temps avec lui. Du temps de père. Du quotidien rendu. Je courrais après un idéal perdu.

 

On dit souvent qu’il arrive un moment dans notre vie où on se rend compte que nos parents ne sont pas parfaits. Qu’ils ne restent pas les héros de notre enfance toute la vie. Ce qu’on ne nous dit pas c’est que nos parents ne sont pas qu’un du. Ils ont leur vie. En dehors de nous. Comme la vie que je mène aujourd’hui et que j’aime tant. Une vie où ils sont qui ils sont avant d’être qui on demande qu’ils soient. Une vie qu’ils vivent pour eux parce qu’ils n’en ont qu’une. Une vie qu’ils ont choisi de partager avec nous.

 

Je pense aux enfants que j’aurai plus tard. Je pense à la vie que je construirai avec eux. Je me dis qu’on ne peut véritablement être heureux que si on la combine avec la vie qu’on vivait déjà avant eux. Et des parents heureux font des enfants heureux, non ?

 

Je vous ai parlé de mon père parce qu’il m’a manqué. Parce que je l’ai imaginé dans son short en jeans sur son skate à 25 ans. Je pense aussi à ma mère qui me rend si fière. Je les remercie de m’avoir faite et de m’avoir guidée pour que je devienne qui je suis aujourd’hui.

 

Du fond du cœur, je vous embrasse bien fort. Et j’espère que l’été arrivera pus vite que prévu. Que je puisse mettre mon short, mes compensées à paillettes et mes lunettes.

Camille

Les

commentaires (6)

Carole
26 janvier 2015
Tu ne peux imaginer a quel point t'es écrits me touchent ... Et ce soir, en rentrant du boulot, ma tablette sur les genoux en écoutant véronique sanson sur la 3 .... J ai découvert "l autre vie de mon père " et tous mes souvenirs sont remontes à la surface.... Ta petite enfance, tu étais tellement "cute" a croquer!!! Et tes parents qui (pour moi qui élevait seule Chloé )étaient The couple indissociable " tes parents qui m'ont ouvert leurs porte et chez qui je me sentais si bien.... Leurs générosité et cette famille parfaite ..... Et votre départ ..... Et la Séparation .... Je n arrivais pas a y croire!!!! Tout ça est remonté à la surface et je voulais te remercier pour tous ces textes magnifiques que tu nous offre... Je voulais aussi te dire que j'aime ton père autant que ta mère. Pour moi, il est devenu mon cousin au même titre que maman et à aucun moment je n ai voulu me mêler de quoi que ce soit. Je les aime tous les deux tout simplement ... Je te souhaite du plus profond de mon cœur de rencontrer le grand amour... Celui qui saura te rendre heureuse et près de qui tu te sentiras la plus belle femme du monde ... Je t embrasse jolie Camille et continue à nous faire partager ces émotions magiques....
Leslie
27 janvier 2015
Comme dab tu nous bluff Mais cette fois J'ai un vrai grain de sel à ajouter : Meme si t'es parents t'ont " bousculée" un peu fort, l'important c'est qu'ils ont été assez baleses pour que tu puisses avoir le grand bonheur de les aimer C'est pas donné à tout le monde
Camille
28 janvier 2015
Carole, merci pour ce gentil message ! Plein de bisous et à très bientôt
Camille
28 janvier 2015
Leslie, j'adore quand tu rajoutes tes grains de sel !
Manu
28 janvier 2015
Celui ci...forcément...
ElsaL
29 janvier 2015
Bravo ma biche! Tu as pris beaucoup de recul sur tout cela. C'est une belle preuve d'amour et de maturité. Keep going my friend... XX

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