Se gagner soi-même.

13.03.15

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C’est un sujet auquel je réfléchis depuis longtemps, sur lequel j’ai envie d’écrire depuis quelques temps et par lequel il ne fait aucun doute que rien de tout cela n’aurait été possible de tout temps. Il y a tant de choses que j’aimerais vous dire que j’ai peur d’en oublier mais, après tout, si c’est le cas, si j’en viens à omettre quelques-uns de mes arguments dans la concentration qui est la mienne à cet instant, c’est que peut-être ils n’en valaient pas la peine. Ou encore, que je n’étais pas prête à vous les exposer. Ce qui, dans ce dernier cas, nous vaudra, à vous et moi, un deuxième article sur le même sujet. Tout aussi passionnant.

Pour y avoir pensé durant de longues heures. Je suis aujourd’hui sûre de moi en vous disant que la plus grande injustice de ce monde n’est pas une question de richesse, de religion, de lieu de naissance, de couleur de peau ou de situation familiale. Il est vrai que vu de l’extérieur, vous pourriez penser que mon jugement est orienté tant j’ai eu la chance d’être bien née. Or, de l’intérieur, j’aimerais vous dire que cela n’a pas toujours été ma conviction et qu’à maintes reprises j’ai prié pour qu’on me transfère dans un corps de petit Amazonien. Comme quoi, peu importe le contexte, si tu n’es pas bien né dans ta tête, tu ne seras bien né nulle part.

Ce qui amène mon point. Pour moi, la plus grande injustice de ce monde relève du regard qu’on porte sur soi-même en grandissant. De ce qu’on appelle communément, la confiance en soi. Bien que cela ne soit pas totalement indépendant de notre éducation, du regard que nous portent nos parents et d’un lot génétique d’inconscients qu’on se traine de générations en générations. Il me semble qu’il y a quand même une disposition naturelle, propre à chacun. Qui fait que. Certains d’entre nous ont une confiance aveugle en eux-mêmes innée quand d’autres naissent sans trouver leur place.

 

Avant de raconter l’histoire qui est la mienne. Et le chemin que j’ai du parcourir pour passer d’un extrême à un autre. J’aimerais qu’on clarifie ensemble un point. Car avec le temps, j’ai appris à différencier deux types de confiance en soi. La première, la plus connue, est une confiance en soi extérieure. C’est avoir confiance en soi par rapport aux autres et devant le regard des autres. C’est avoir cette conviction que, quelque soit la situation, vous donnerez le meilleur de vous même. Sans même vous poser la question, car finalement, c’est ce que vous avez toujours fait.

La deuxième est une confiance en soi intérieure. C’est avoir confiance en soi par rapport à soi-même. C’est avoir cette conviction que vous savez exactement qui vous êtes et quel est le sens que vous avez envie de donner aux choses.

Vous pouvez penser que l’un ne va pas sans l’autre. Et pourtant. Il arrive que nous puissions avoir une confiance en soi extérieure sans limite sans pour autant savoir ce que nous voulons faire de notre vie. Pour le cliché, imaginez le tombeur du lycée qui finira pompiste. A l’inverse, certains naissent avec une vocation forte sans pour autant être capable de tout lien social. Attention, je parle de capacité et non de volonté. Des exemples sur des artistes qui se consacrent à leur art sans jamais parler à personne, il y en a mille. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont aucune confiance extérieure en eux. Juste qu’ils emmerdent le monde. Ce deuxième cas est moins courant car finalement, il est vrai que lorsqu’on atteint une confiance en soi intérieure suffisante, la confiance en soi extérieure est quasi acquise.

 

L’histoire qui est la mienne, j’ai envie de vous la raconter. Parce que non seulement, je suis née sans trouver ma place dans le monde extérieur mais je suis née sans trouver ma place non plus dans mon monde intérieur. Je n’avais aucune idée de qui j’étais, de ce que je foutais là et de ce que les autres pourraient bien me trouver. Je suis née avec un fardeau de moi-même si lourd… Alors j’ai fait semblant. Je ne savais pas bien ce que je pouvais faire d’autre. J’ai fait semblant que je savais exactement ce que je faisais. Je me concentrais dans les domaines où j’avais l’air d’avoir du talent. Et je me construisais des rôles. Il fallait bien que je me donne une contenance !

Souffrant de tous les maux sans pouvoir les définir vraiment, j’ai développé ce besoin irrépressible de me faire aimer par tout le monde, partout, tout le temps. Je m’adaptais constamment à la personne qui se trouvait en face. Je repérais ses gouts, ses envies, ses attentes et je construisais mon rôle en fonction. (J’exagère un peu bien sûr). Seule ma manière de m’habiller ne m’a jamais trahie. J’ai grandi avec une croyance terrible, une croyance que j’ai mise des années à oublier, la croyance qu’il suffisait de faire pour être aimé.

Je n’étais donc jamais moi-même en présence des autres. Mais je n’étais jamais moi-même non plus en présence de moi-même. Ce qui m’a valu des longs textes torturés dans mon journal de l’époque. Vers mes quinze ans. En les relisant, j’ai compris deux choses. La première est que j’avais conscience de la gravité de la situation sans trouver les armes pour me battre. La deuxième est que je savais déjà écrire à l’époque et ce constat m’a confirmé ce que je vais vous raconter maintenant.

 

Vous allez me dire. Encore, elle nous parle de l’Inde. Eh oui, encore. Mais je ne vais pas vous parler de l’Inde pour l’Inde. Je vais vous parler de l’Inde dans sa symbolique. L’Inde m’a réveillée. (C’est une des phrases les plus cliché qui soient mais pour une fois, prenez-là au sens littéral). J’ai compris là-bas où étaient mes problèmes. J’ai compris là-bas que je n’étais pas vouée à être malheureuse toute ma vie. J’ai compris là-bas que j’avais toutes les cartes en mains pour faire de ma vie exactement ce que j’avais envie d’en faire. J’ai réalisé que la souffrance que je portais ne m’appartenait pas. Et que c’était à moi de m’en débarrasser. J’avais compris et on dit qu’avoir conscience du problème est l’étape la plus importante. Ceci étant, il me restait un si long chemin à parcourir.

En rentrant, j’ai commencé à travailler. J’ai d’abord travaillé pour comprendre qui j’étais. Et pour ça, il n’y a aucun mode d’emploi. Je ne savais même pas ce que je cherchais. J’ai lu énormément. J’ai été à des expos. J’ai vu des films. J’ai voyagé. Et je me suis attachée à noter tout ce qui pouvait me toucher. Dans le bon comme dans le mauvais. Je me suis analysée. Et j’ai su, petit à petit, ce qui me faisait vibrer. Ce qui me faisait me sentir vivante. J’ai ensuite cherché à me comprendre. A comprendre mes ressentis, mes pensées, mes agissements. Et à déceler toutes les formes d’angoisses que je pouvais avoir, et Dieu sait qu’elles étaient nombreuses. J’ai écrit énormément. Je vous ai écrit à vous mais je me suis surtout écrit à moi. L’écriture est salvatrice. Je me suis laissée vivre et réagir. Pour tenter de déterrer ce « moi » enfoui depuis trop longtemps.

Et petit à petit, j’ai ressenti le calme intérieur. J’ai appris à m’aimer comme je suis vraiment et pas dans le rôle que je me donnais. J’ai appris à me modifier aux endroits qui me faisaient souffrir. J’ai appris à me connaître et à me faire du bien. Je me suis gagnée.

 

Cela fait deux ans que je suis rentrée d’Inde. Et souvent, on me demande ce que j’ai fait pendant ces deux ans. Ce que je vous raconte à vous aujourd’hui, je ne le raconte pas spontanément à tout celui qui passe. Alors, je me vois bafouiller que j’ai commencé à travailler à mon compte, que j’ai ouvert mon blog blablabla. Ce que j’ai fait pendant ces deux ans ? J’ai travaillé. J’ai travaillé si dur. J’ai travaillé pour me sauver. J’ai travaillé pour me trouver. Et j’ai travaillé pour me rendre heureuse.

 

Il y a peu, on m’a posé la question fatidique : « Camille, tu te vois où dans 10 ans ? ». J’ai pensé que c’était la pire question de formatage qui soit. Vous aimeriez qu’on réponde quoi à ça ? Je me vois mariée, avec deux enfants, un petit garçon de 7 ans et une petite fille de 4 ans. Ma fille s’appelle Jeanne, comme ma grand-mère. Et mon fils, j’imagine que mon mari aura choisi son prénom parce qu’il ne me revient pas là.

J’en sais rien. Où je serai dans 10 ans. Mais ce que je peux vous dire aujourd’hui. Et qui fait ma plus grande fierté. C’est que j’ai assez confiance en moi-même et je me connais suffisamment aujourd’hui, pour savoir que dans 10 ans, je serai exactement où je devrais être.

 

Comme je le prévoyais, il y a encore tellement de choses que j’aimerais vous dire sur le sujet. J’aimerais vous parler de mes recherches de sens, de mes questionnements sur la religion. J’aimerais aussi vous faire lire mes textes de quand j’avais 15 ans, ces textes qui m’ont fait comprendre que j’avais aussi une vocation forte quand j’étais jeune mais que je ne la voyais pas encore.

 

Je vous embrasse bien fort,

Camille

Les

commentaires (2)

ela
13 mars 2015
:) :) :) :)
Nini
15 mars 2015
Magnifique !!

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un commentaire

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