La souffrance de la réussite.

16.03.15

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J’ai vu Whiplash la semaine dernière. Je n’avais pas entendu parler de ce film. Et puis, en une semaine, tout le monde ne m’a parlé que de ça. Jusqu’à ma dear Léa qui a formulé le ressenti qui a fini de me convaincre : « Toutes les personnes qui ont une passion se retrouvent là-dedans. » J’ai donc regardé Whiplash. Et bien sûr, j’ai adoré.

Je ne vais pas vous raconter l’histoire, bien que ça me démange. Mais comme vous finirez par le voir. Je me dis que je n’ai pas trop le droit de vous faire ça. Ouais je sais, je suis sympa.

 

Whiplash. Ca parle de passion donc. La musique, en l’occurrence. Mais finalement Whiplash parle de toutes les passions. Et de tout ce qu’on est prêt à sacrifier pour atteindre ses buts.

Deux notions m’ont interpellée dans ce film. Et vous interpelleront aussi, sans doute. La première est la relation à la souffrance. Une souffrance physique évidente mais aussi une souffrance morale. La deuxième relève de l’importance du feedback de l’autre pendant le processus d’apprentissage et de perfectionnement. Non pas un feedback positif, bien sûr il est important de se sentir soutenu, mais un feedback négatif. Je m’en vais vous raconter tout ça.

 

La passion. Qu’est-ce qu’une passion ? Si vous avez la curiosité d‘en chercher les définitions, vous verrez peut-être que la passion a toujours eu un lien très étroit avec la souffrance. Dans son sens moderne le plus basique, la passion est une émotion, un amour intense pour quelque chose qui va à l’encontre de la raison. Mais dans son sens premier, la passion est un supplice, une forme de passivité, l’état de celui qui subit. Peut-on dire qu’avoir une passion est un phénomène inconscient si fort que nous n’avons pas d’autres choix que de la subir ? Ainsi, les enfants qui naissent en ayant un don inné pour le dessin (ou la musique, ou la peinture, ou l’écriture, ou ce que vous voulez), une passion pour le dessin, ne peuvent pas faire autrement que de dessiner, tout le temps. Ils aiment ça, ils sont bons à ça, sans vraiment savoir pourquoi, c’est comme ça. La passion serait alors une source de bonheur dans le sens où elle nous permet d’être fidèle à nous-même. Et une source de souffrance dans le sens où nous n’avons pas d’autres choix que de l’assouvir. Comme si nous étions dépendants d’elle. Tout le temps.

Bien sûr, je peux vous parler de la Passion du Christ. Ma « passion » pour les religions me pousse à le faire. Je m’abstiendrai de tout discours théologique qui durerait des heures. Je vous dirai juste cela : la Passion du Christ représente toutes les souffrances et les supplices qui accompagnent sa mort. Je me dis donc. Que la Passion du Christ fut une source de bonheur dans le sens où elle a permis à Jésus d’être Jésus, dans son cœur et dans le cœur de tous ses croyants (dont je ne fais pas partie, sorry dude !) et bien sûr une source de souffrances physiques et morales qu’il n’a pas eu d’autres choix que de subir.

Il me semble que la souffrance, telle qu’elle est décrite dans ce film, n’a pas l’air de faire mal car elle est nécessaire à assouvir une passion. Et je me dis alors. Que la souffrance ne fait pas nécessairement mal à partir du moment où nous sommes prêts à l’accepter pour ses contreparties.

 

J’ai grandi avec un père qui avait pour meilleur compliment « C’est pas mal ». Dans n’importe quel domaine, pour des choses graves comme pour des choses anodines, rien n’a jamais été mieux que « pas mal ». Encore aujourd’hui, mes frères et moi, il nous arrive de nous offenser et de lui demander si jamais dans sa vie, il trouvera enfin quelque chose de bien. Finalement, avec le temps, on a plutôt essayé d’analyser ses « pas mal » pour savoir ceux qui étaient « pas mal » moins et ceux qui étaient « pas mal » plus.

Le moment le plus marquant, pour moi, dans ce film fait référence à une phrase. Lorsque le professeur, quoique totalement tyrannique, explique à son élève que le pire conseil qu’on n’ait jamais pu donner à quelqu’un est « good job ! ». Car cela n’a jamais poussé personne à aller plus loin. Et c’est si vrai.

Je sais par exemple que si j’ai des retours très positifs sur mes articles, cela ne me pousse pas à les améliorer, ni à améliorer mon style. Cela ne me pousse pas à m’améliorer tout court. Cela fait du bien à mon ego, du bien à mes doutes, du bien à mon cheminement. (Par pitié, continuez !) Je suis du genre à fuir la critique mais il est temps que je me dépasse un peu. Je me suis inscrite à des ateliers d’écriture quand je rentre. Je sens que ça va me faire très mal. Et paradoxalement beaucoup de bien. Rappelez-vous, la souffrance ne fait pas nécessairement mal à partir du moment où nous sommes prêts à l’accepter pour ses contreparties.

 

Ce matin, je me suis réveillée encore à l’aube. 7h14 au réveil. J’ai fini de regarder le film que j’avais commencé la veille. Song One. Un joli film sur la musique (encore) avec Anne Hatawhay. Je me suis levée. Je me suis habillée. Je suis sortie prendre mon petit déjeuner. Je commence à avoir quelques habitudes ici. Et ça me fait dire que je pourrais être bien n’importe où. Je suis sortie prendre mon petit déjeuner en me disant que j’irai me balader après et que j’essaierai de ne pas rentrer trop tard pour écrire. Et puis. En engloutissant mes incroyables pancakes dégoulinant de sirop d’érable, je me suis dit que je ne souffrais pas assez. Que si je voulais vraiment être fidèle à ce que je suis, je devais faire le contraire. Rentrer écrire et sortir me balader une fois que j’aurais fini.

Donc je suis rentrée travailler. Laissant la plage et le soleil aux autres. En me disant bien que ceux qui réussissent ne sont pas ceux qui ont le plus de talent mais ceux qui se battent le plus. Si c’était facile, ce ne serait pas drôle. La souffrance de la réussite.

 

Agonisement vôtre,

Camille

 

* Vous pouvez bien sûr partager votre souffrance avec moi. Pendant que moi je partage la mienne avec vous. Tout ça. Et .

Les

commentaires (1)

sofie
16 mars 2015
Coucou Camille! Tu as tout compris! Tu décris la passion tellement passionément! Tâche de profiter un peu quand même! bisou

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