Meurs dans ton jean APC.

17.07.15

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J’ai fait l’acquisition de mon premier jean APC. Le mois dernier. Denim brut japonais. Toile très rigide qui s’assouplit avec le temps. C’est ce qui est marqué sur leur site.

Un jean APC, comme une paire de Vans ou un marcel Petit Bateau. C’est un truc qu’on a dans nos armoires. Un classique, un essentiel. Je reculais quand même l’échéance, préférant toujours essayer le short à paillettes multicolores que le jean brut banal. Mais plus j’attendais, plus je perdais de temps. Tout l’intérêt de ton jean APC, c’est qu’il vieillit avec toi, il est à toi, il porte ton histoire. Tout ça. Donc plus j’attendais et moins il serait usé de souvenirs et d’anecdotes.

 

Donc j’ai débarqué chez APC. Rue royale. Et un des pires quarts d’heure de mon existence a commencé. Le vendeur m’a d’abord demandé quelle taille je souhaitais essayer. Je n’ai pas fait attention à sa question. Il ne me demandait pas quelle taille je faisais. Mais quelle taille je souhaitais essayer. Nuance. Nuance. Innocemment, je lui ai donné la taille du jean que je portais. Quand je suis arrivée dans la cabine d’essayage et que je me suis rendue compte que je ne rentrais pas un demi-doigt de pied dans ce fucking denim brut japonais. Je me suis sentie mythomane pathologique. Et obèse. Super obèse. Genre merde j’ai pris trois kilos sans m’en rendre compte. Complexe. Dépression. Colère. Relativisation.

J’ai ouvert le rideau de la cabine. A peine. Juste de quoi passer la tête. Ne pleure pas Camille, respire. Euh, excusez-moi, est-ce que je pourrais essayer la taille au-dessus ? Voire deux ou trois tailles au-dessus ? Comme ça, pour voir.

Finalement, l’étape du demi-doigt de pied était loin d’être la plus déstabilisante. Car enfiler un jean APC, denim brut japonais, c’est pire que d’enfiler une combinaison de plongée déjà mouillée. Mille fois pire. Pire que d’enfiler ton slim alors que tu viens de mettre de la crème. Mille fois pire. C’est une expérience nouvelle, un truc jamais vécu, une petite part d’enfer descendue sur terre. Un sport nouvelle génération.

Quand je suis enfin rentrée dedans, j’ai vraiment eu le sentiment de gagner la course. Exploit. J’ai donc fini par comprendre quelle était ma taille de jean APC. Je ne l’avouerai jamais à personne. Ca me fait mal à la balance. Donc j’étais dedans. Mais voilà. Petit problème pas grave du tout. Je ne pouvais pas m’asseoir. Ni marcher. Ni me baisser. Aucun mouvement possible. Je me tourne vers le vendeur, regard inquisiteur. Euh, dites-moi, ça va durer combien de temps la camisole de denim brut japonais ? Il me répond le plus naturellement du monde : 3 jours. Un vendeur quoique gentil mais mythomane pathologique. Comme moi. Enfin non. Mais si.

 

Je l’ai cru au mot bien sûr. Il disait ce que j’avais envie d’entendre. 3 jours. Ca vaaaaa. Caisse. Carte bleue. Sac APC sur l’épaule. Fierté dans l’armoire. Complexe dans la graisse des cuisses.

Je suis arrivée chez moi. Et j’ai enfilé mon jean APC. 3 jours à tuer, autant s’y prendre tout de suite. Le premier jour est passé tranquille. Le deuxième aussi. Prête à souffrir. Le troisième s’est cumulé à la canicule. J’ai commencé à beaucoup moins rigoler. Beaucoup beaucoup moins rigoler. Quand en plus, à la fin du troisième jour, j’ai réalisé que mon jean n’avait pas bougé d’un poil. Genre rien. Même pas un dixième de demi-centimère. J’ai commencé à déchanter.

Je porte des talons, oui. Et j’en souffre. La plupart du temps. La fille qui essaie de faire croire qu’on ne souffre pas sur des talons, ment. Que des mythos, hein. Même s’il existe des talons super confortables, rien à avoir avec une bonne paire de baskets. Comparaison impossible. Donc je souffre en talons. Comme toutes les femmes. Mais, quand on porte des talons, je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, je me sens un peu plus femme, j’ai une démarche plus assurée, une confiance plus maitrisée. J’irai même jusqu’à dire que j’ai le sentiment de me battre pour la cause des femmes partout dans le monde. Juste en portant mes talons. Comme ça. Non mais alors pas du tout, je n’exagère pas du tout.

Alors que. Dans mon jean APC, je souffre aussi. Ah ça oui. Mais j’ai une dégaine de sac. Voilà. Faut le dire. Je marche comme un canard, je m’assois en biais, j’ai des jambes de 50cm et des fesses aplaties. J’ai l’impression d’être une renoi avec un déhanché de japonaise. Et j’ai chaud. Mon dieu ce que j’ai chaud. Donc bilan, je souffre et je souffre et j’ai une dégaine de sac. What’s the point?

 

Mon frère a un jean APC depuis des années. Il y a été à fond, il s’est baigné dans la mer avec, frotté sur le sable, tout ça. Son jean est dingue. Dingue. Et il est juste à lui.

Vous pensez bien que cela a été ma motivation première. Moi aussi, j’en veux un. Alors je persévère, je me le dois. Aller au bout de ses rêves, ça passe aussi par là (ah ah). Mais en attendant, je vais vous laisser là, faut que j’aille l’enlever.

 

Japonaisement (pas vraiment mais presque) vôtre,

Camille

 

*Si tu veux mourir avec moi dans ton jean APC à toi, tu peux me suivre là : Fan et là : Super Fan

Les

commentaires (7)

Nini
17 juillet 2015
Ahaha je ris !!!! Il faut savoir qu'en fonction du modèle - et parfois de la toile - et ben certains se détendent bien et d'autres ne bougent pas à vie. Exemple: mon 1er jean APC acheté fièrement à New York en taille 24 (psychopathe sadomaso de vendeur) ne s'est JAMAIS fait de la vie Allez courage hein on t'aime
Didi
17 juillet 2015
Ah ah ah, j'ai tellement ri en te lisant ma couz!!! J'en ai pleuré même j'avoue!!! "Jai l'impression d'être une renoi avec un déhanché de japonaise"!!! Exceptionnel!!! Va acheter le short à paillettes multico ça fera son effet au moins! ❤️❤️❤️
Michèle Benhamou
17 juillet 2015
Je viens de passer un moment de lecture comme j'aime : drôle, intéressant, surprenant... et d'une clarté... on ne peut mieux faire. Vive ton jean (increvable à ce que je lis) , Vive Toi .... (j'aimerais bien voir ce que cela donne dans la mer) ! Bises Camille A quand ton premier roman....? Bises Cousine Michèle
Caroline Bellito
21 juillet 2015
Chère Camille, J'adore te lire : quel talent ! J'ai beaucoup ri et j'en redemande ! Je remercie ta mère de m'avoir fait découvrir ton blog :-) Bises
Pia
11 octobre 2016
Je suis tombée sur ton blog car je m'apprête à mourir dans un jean APC moi aussi, sauf que j'ai pas du tout envie de venir l'essayer en boutique :s Certains disent qu'il faut prendre une taille en dessous mais en lisant ton post ça me paraît plus compliqué que ça, aurais-tu un petit conseil? Et ton jean il finit par bien se détendre au final? Merci!! ps. J'adore tes articles, un vrai blog avec des mots et des phrases comme au bon vieux temps, bravo!
Camille
13 octobre 2016
Hey Pia, merci pour ton commentaire ! Alors oui, c'est un peu plus compliqué que ça. Moi pour info, j'avais pris 2 tailles en plus de ma taille normale. Je l'ai porté avec souffrances, je me suis même baignée dans la mer avec (#supermotivee). Il s'est bien détendu. Et plus je le porte, plus il est beau. Donc super achat, vas-y fonce. Mais attends-toi à le haïr quelques mois :-)
Yaël
30 octobre 2017
Hello Camille, Super article ! Quelle belle plume ! J'ai bien ri ... J'ai acheté un jean APC, qui a maintenant 2 ans. Je ne l'ai pas porté pendant un an (il est resté dans mon placard, je sais c'est un peu bizarre). Puis j'ai dû le porter 3 ou 4 fois la deuxième année. Depuis une semaine, je le porte tous les jours, il n'a pas bougé d'un poil ! J'ai tiré dessus de toutes mes forces, je l'ai mis en tension sur une dossier de chaise ! Rien à faire, il ne se détend pas ... Purée, c'est quoi ce délire ? Le tien a mis combien de temps à se détendre ? Et de combien s'est-il détendu ? Une taille ? Moins ? Plus ? Merci à toi, Yaël

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