Est-ce qu’on rencontre dans les laveries ?

02.08.15

Je vous écris de la laverie. J’avais toujours rêvé d’aller laver mon linge dans une laverie en libre-service. Certains rêves sont super accessibles, pas vrai ?

Je me disais que cela devait être cool comme endroit, qu’on devait y rencontrer des gens cools. Et qu’en plus, sur un malentendu, je pourrais tomber sur Josh Hartnett comme dans 40 jours et 40 nuits.

J’arrive donc à la laverie. Dimanche 17h. Bas quartier de Boulogne. Mon sac de linge sur le bras. Plutôt enjouée et excitée de vivre une nouvelle expérience. Il m’en faut vraiment peu parfois. Je regarde partout autour de moi, j’analyse les lieux et les gens présents. Pas encore de Josh à l’horizon. Je m’approche des machines. Puis du distributeur de lessive. Puis de la machine où on doit payer. Je répète ce petit schéma deux fois. Je comprends pas comment ça marche. Je me sens conne. Oh, est-ce qu’il faut avoir fait Sciences Po pour avoir le droit de laver son linge ici ?

Concentre-toi, Camille. Tout le monde a réussi à le faire, réfléchis deux secondes. Un couple a quand même eu pitié de moi. Il faut que tu mettes le numéro de la machine, puis l’argent, puis tu appuies sur le bouton vert de la machine que tu as choisi. Ah ben voilà, quand on m’explique. Je m’exécute donc. Ma machine se lance. Je suis si contente. J’ai presque envie de l’inscrire sur mon CV.

Je vais m’asseoir sur une des chaises vacantes. Et je n’ai plus qu’à attendre. Observer. Attendre. Observer. Vous raconter.

Je vous confirme. Que, contre toutes attentes, la laverie n’a rien d’excitant. Quoique toute première expérience est toujours excitante. Mais que. Non, Josh n’est pas venu laver son linge en même temps que moi. Tristesse annoncée.

Il y a bien un espagnol en vélo, short, pieds nus dans baskets, Rayban et tee-shirt défoncé. Tatouage sur bras droit. Qui a débarqué. Mais quand je l’ai vu sortir le linge de son sac pour le mettre dans la machine. Je vous assure que mon coeur s’est soulevé. Le linge sale, ce n’est vraiment pas le premier truc qu’on a envie de voir des gens quand on les rencontre.

Temps infini. Chaleur infinie. Comme par hasard, il a été décidé qu’il ferait 30 degrés aujourd’hui, juste le jour où je dois rester enfermée dans une petite salle remplie de séchoirs en surchauffe.

Femme qui rentre. Petit chariot vert de marché. Ringard comme concept mais tellement pratique. Je parle du chariot de marché. A roulettes. Elle porte un legging noir transparent. Vous connaissez ces legging qui sont noirs mais quand même transparents ? Bien sûr qu’en-dessous, elle a mis un string. Pas marrant sinon. Un tee-shirt en léopard noir et blanc. Court, le tee-shirt. S’il te plait, dis moi pourquoi ? Et ce n’est pas Gisèle Bundchen. Non, non. Plutôt Angela Merkel, vous voyez.

Comme pour le micro-ondes, allez savoir pourquoi les minutes qui se décomptent sur les machines à laver sont d’une longueur infinie. Je vous jure que ma machine est restée bloquée sur 09 beaucoup trop longtemps. Je vois mon linge par le hublot tourner et tourner. J’ai peur qu’il se noie.

Sinon, il y a aussi le mec de Trio qui est assis à quelques sièges de moi. Vous voyez ces hippie-rasta des années 90 ? Queue de cheval de dreadlocks, vieilles baskets de skate, démarche rampante. Vous saviez que dreadlocks voulait dire littéralement « mèches de la peur » ? Ben voilà. Il ne fait pas peur. Non. Pas peur. Juste il dégoute. Il me dég. Vraiment. Il est arrivé avec un sac de linge mouillé qu’il avait du oublier une semaine entière au fond du coffre de sa 4L. Je vous laisse imaginer l’odeur du truc. Il a lancé sa machine. J’étais un peu énervée parce qu’il l’a fait en 3 secondes un quart. Est-ce que les hippies-rasta font Sciences Po ? Il est venu s’asseoir à deux sièges de moi. A mis ses écouteurs rouges. Et a juste rien fait. Immobile. On aurait presque pu croire qu’il était mort. Sauf qu’il puait trop pour ça.

Le couple qui m’a aidé à comprendre la science profonde de la laverie en libre-service est parti. Le mec m’a fait un grand sourire pour me dire au revoir. Pourquoi tu me souris alors que tu es avec ta meuf ?

Et un autre couple est rentré. Faudra que je pense à venir à la laverie avec mon mec, ça a l’air cool comme expérience à partager. Le mec avait l’air pommé. Et là, je me suis sentie super calée pour lui expliquer comment ça marchait. Ouais ouais. J’ai fait Sciences Po, mon p’tit.

Ma préférée. La nana qui a l’air bien propre sur elle. Qui, on ne sait pas vraiment pourquoi, vient un dimanche après-midi laver son linge. Comme moi, vous me direz. Elle est tranquille et organisée. Elle est clean. Elle a l’air intelligente genre Versaillaise studieuse. Elle trie son linge. Le clair à gauche, le foncé à droite. Tee-shirt blanc à gauche, culotte blanche à gauche. Oh tiens, un pantalon noir, à droite. Elle répète son petit processus. Ca dure bien 5 minutes. Jusqu’à ce qu’elle mette un tee-shirt noir à gauche. Noooooon. Ca me fait mal à mon TOC du rangement et de l’organisation. Elle ne s’en rend pas compte, ce qui me rend encore plus folle. Je ne lui dis pas, non. C’est tellement mieux d’observer.

Mon sèche-linge sonne enfin la fin de mon périple. Je suis presque triste de partir alors que j’en apprenais tellement sur le genre humain. J’essaie de ranger vite mon linge tout propre et tout chaud dans mon sac. Pas envie que tout le monde voit mes petites culottes. C’est quand même super intime la laverie. Je charge tout ça sur mon épaule. Et en sortant, je dis au revoir au mec que j’ai aidé en lui faisant un grand sourire. Pourquoi je lui souris alors qu’il est avec sa meuf ?

Ma conclusion se fera en trois points. 1. Ce serait un bon investissement de m’acheter une machine à laver. Aussi le sèche-linge. Et la table à repasser. Oh là, trop d’efforts d’un coup, trop de travail. 2. La laverie n’est définitivement pas le nouveau lieu de rencontres dans la vie réelle. Depuis que les réseaux sociaux se chargent des rencontres dans la vie virtuelle, je cherche encore comment on tombe sur des gens cools, en vrai. Et 3. Les films rendent vraiment sexy des trucs qui ne le sont pas du tout. Non mais sérieusement.

Des bisous partout

Camille

* Si tu es Josh Hartnett, il faut liker ma page .

** Si tu n’es pas Josh Hartnett, il faut aussi liker ma page .

Les

commentaires (3)

Mickaël Berguig
02 août 2015
Avec Debo, on lit Camille's Breath depuis la Croatie. Fans
Sofie
03 août 2015
Tu devrais tester Ça ;-) https://m.facebook.com/pages/Lavomatic/1583887058548400
Nini
04 août 2015
Génial ! J'ai tellement ri :)

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