Je pars à San Francisco

05.08.15

Dear you,

Je suis dans l’avion. Je suis (un tout) (petit peu) (super) angoissée. Rayez la mention inutile. Je pense que des larmes ne mettraient pas trois secondes à couler si j’en avais envie. Je suis (un tout) (petit peu) (super) excitée. Rayez la mention inutile. Bordel, ce que ça fait du bien de sortir de sa zone de confort.

Je pars à San Francisco. Pour un mois. Seule. Pas marrant sinon. J’ai loué une chambre dans une maison avec deux colocs. Que je n’ai jamais vus. Et qui ont l’air cool. Je n’ai jamais été à San Francisco mais j’ai toujours eu le sentiment que c’était chez moi là-bas. Je ne pourrais pas vous expliquer pourquoi. Alors autant en avoir le coeur net le plus tôt possible, pas vrai ?

Je suis arrivée à l’aéroport pile au moment où ils ouvraient la file pour l’enregistrement de mon vol. Bien sûr que j’ai fait comme si je n’avais pas vu qu’il y avait déjà une queue de 3km. Et bien sûr que je me suis engouffrée dans la file toute vide dans les premiers. Tranquille. J’ai baissé la tête et j’ai feins une allure de débile. On ne reproche jamais rien aux débiles, ça prend trop de temps à expliquer.

Une fois que j’ai enregistré mon bagage et qu’il est passé détente. 18 kilos pour un mois. Je voyage léger. J’ai marché vers l’embarquement. Et là, j’ai vraiment vu la queue pour l’enregistrement de mon vol. Ah ah. Merde. Pauvres gens. 3km cela n’était pas juste une expression, finalement.

C’est donc toute fière de moi et de ma mini-fraude que je me suis dirigée vers le contrôle de sécurité. J’ai le temps. Je suis bien. Je suis super excitée de voir mon billet Paris-San Francisco dans les pages de mon passeport. En vrai, j’en ai deux, des billets. Paris-Washington et Washington-San Francisco. Premier vol de 9h, deuxième vol de 6h, 1h40 d’escale. Tout va bien. Ca va passer détente. (Psychologie positive).

Dans la queue pour le contrôle de passeport, je me sens tellement ouverte sur le monde et sur les autres que je parle à toutes les personnes autour de moi. Je ne pourrais pas vous expliquer pourquoi j’ai ressenti ce besoin urgent de savoir où tout le monde partait. Le plaisir de leur répondre « San Francisco » quand ils me demandaient « et toi ? » aide peut-être. Je dois avouer que les deux mecs qui partent à Kuala Lumpur me font quand même un peu rêver. Un tout petit peu. Mais pas tant que ça.

Mon calme teinté de fierté et d’excitation s’est vu déranger par. Une dame policière. Qui a surgi.  D’on ne sait où. Est-ce qu’il existe quelque part, dans ce bas monde, une dame policière jolie ? Non ok, trop dur comme challenge. Je baisse un peu mon exigence. Est-ce qu’il existe quelque part, dans ce bas monde, une dame policière aimable ? Non mais sérieusement. Est ce qu’ils ont une matière à l’école de police qui s’intitule « Comment être mal-aimable en toutes circonstances » ?

La dame policière. Elle nous dit. Enfin. Elle nous hurle. Qu’il y a un bagage abandonné à l’étage du dessous, juste en-dessous de là où on se trouve. Vu la taille de l’aéroport de Roissy, je me dis que ma chance est peut-être en train de tourner. Peut-être. On doit sortir de la zone de toute urgence. Le contrôle de passeport est suspendu jusqu’à ce que les démineurs aient inspecté le « colis suspect ». Ah ah. Colis suspect.

Alors nous avons du reculer. Et reculer. « Reculez encore », nous hurle-t-elle. Heureusement que je suis super calme de nature. Parce que sinon. Non mais sinon rien. Elle me prend douze têtes et fait le double de moi. Littéralement. Vous mettez deux moi à côté, vous avez elle. Donc non. Non. Je l’écoute, la gentille dame policière. Je recule. Et je recule.

J’attends. Et j’attends. Et j’attends. Une bonne heure. Debout dans un troupeau de gens qui râlent. De gens qui ont peur de louper leur vol. Ou d’exploser avec la bombe. Ah ah. La bombe. De gens qui veulent partir en vacances. Je suis fair. J’ai gagné une heure à ne pas faire la queue à l’enregistrement. Je la perds ici. Justice faite. Faut pas râler, Camille. Tout a un prix dans la vie.

Je discute avec mes deux copains qui partent à Kuala Lumpur. Ils me racontent qu’il est exactement l’heure à laquelle leur avion décolle. Merde. Triste pour eux. Mais pas vraiment.

Mal aux jambes. Mal au dos. Je ne suis même pas encore dans l’avion que j’ai déjà l’impression d’avoir 70 ans. La dame policière nous hurle. Qu’enfin on peut y aller. Passeport européen à gauche, passeport international à droite. La cohue. Le bordel. Tout le monde veut se casser de ce pays de merde où les dames policières hurlent et les vacanciers abandonnent leur valise et les démineurs sont bloqués dans les embouteillages. Non mais sérieusement, les gars ?

Je me faufile gentiment, avec mon allure de débile. Faites moi confiance, ça passe à tous les coups. J’abandonne mes deux copains malais. Chacun sa route, chacun pour soi. Même si eux, leur avion est à 11h50 et moi à 12h25. Pas de pitié. Je veux me casser, tu m’entends ?

En moins de 5 minutes, je suis devant la porte d’embarquement. Je monte dans l’avion. Je m’installe. Pas grave si y’a personne à part moi. Pas grave si je vais attendre encore une heure. Pas grave si le retard me fait louper ma correspondance.

Je flippe. Je me dis que je ne l’aurais jamais. Ma correspondance. Peut-être n’arriverai-je jamais à San Francisco. Mais étant donné le fait évident que je ne pilote pas cet avion. Dieu merci. Et que je n’ai aucun moyen de contrôler cette situation. N’est-ce pas. Où est l’intérêt de flipper ? Calme. Calme. Vous aviez remarqué que toutes les lettres du mot « calme » se retrouvaient dans Camille ? Non, moi non plus, je viens de le voir. Je partage tout avec vous. Y’a pas de quoi.

Une dernière chose que j’ai vraiment envie de partager avec vous. Avant de décoller. Et de vous laisser. Peut-être à tout jamais, qui sait. C’est ma faim. Ma faim intense et invasive. Elle résonne dans tout mon corps. J’en suis à ce stade où quand on a très faim, on n’a plus vraiment faim. Vous connaissez ? On se sent juste mal et au bord de la mort imminente. Non, sans exagération, vous me connaissez. Je comptais sur mon jus d’orange de l’aéroport à 23€. Il a un goût particulier ce jus d’orange. Je ne sais pas si c’est le goût de la culpabilité d’avoir dépensé le prix d’un repas entier dans un substitut de jus de fruits pressés. Ou peut-être juste le goût du départ en vacances.

Quoiqu’il en soit. Je n’ai pas bu mon jus d’orange de l’aéroport. A cause d’un connard fatigué qui a oublié sa valise avant de monter dans son avion. Non mais sérieusement, les gars ?

Estomac en famine. Corps en détresse. Ame en liesse.

Camille

——

Je vous confirme que j’ai raté ma correspondance à Washington. J’ai couru, j’ai transpiré, j’ai supplié. Rien n’y a fait. Les portes m’étaient fermées. Dans ma malchance, j’ai eu la chance d’avoir un vol une heure plus tard. Parfait. J’ai même le temps de m’acheter un truc à manger. Pas un jus d’orange mais une barre aux céréales à 7$. Avec les frais bancaires et la commission sur le change, je vous laisse imaginer combien m’a couté ma barre aux céréales. Mais j’avais encore si faim.

Mon deuxième avion a eu 2h de retard. Pas une blague. 2h de retard + 6h de vol. Cumulés à 1h30 de retard + 9h de vol. J’ai passé 18h30 dans un avion aujourd’hui !

Je suis enfin arrivée à San Francisco. Je ne vous parle pas du fait que j’ai mis 30 minutes à trouver l’endroit où je devais récupérer ma valise. Hein, ce n’est pas la peine.

Je vous dirais juste cela. C’est le deuxième voyage de l’enfer que je fais. Et le premier, c’était quand je suis partie en Inde.

Je vais me coucher, il est temps.

Je vous raconterai demain ma maison, mes colocs, et le reste.

Camille

Les

commentaires (2)

BENHAMOU
05 août 2015
Comme d'hab....un petit délice ! La suite stp !!!! bisous Michèle
Zerdoun
09 août 2015
Génial!!!!

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un commentaire

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