SF – Day 1 – Je tourne Les Experts à SF.

06.08.15

Dear you,

Je vis neuf heures en retard de vous. Et cette sensation me perturbe parfois. Quand je commence ma journée, vous avez déjà vécu la votre. J’ai le sentiment de gagner du temps sur vous et en même temps d’en perdre sur ma vie. C’est très bizarre comme sensation et, avouons-le, complètement inutile aussi.

Après mon voyage de l’enfer, j’ai pris un Uber à l’aéroport de San Francisco pour rejoindre ma petite maison bleue. Il est alors 8 heures du matin, heure de Paris et 11 heures du soir, heure de San Francisco. L’excitation surpasse la fatigue, de peu mais quand même.

Le chauffeur me gonfle à vouloir me parler de l’immigration en France. Pas la force de chercher à comprendre son accent. Pas la force de parler politique. Je veux juste arriver. S’il vous plait.

La maison est vraiment bleue. Bleue turquoise même. Excitation à son comble. Le chauffeur me dit qu’il va attendre que je rentre pour être sûr qu’il ne m’arrive rien. Je regrette presque de l’avoir maudit cinq minutes plus tôt. Mais voilà. Je me trompe de porte. Je réveille une meuf, pas l’air très sympa. Et je vois le chauffeur me regarder de sa voiture, je me sens conne. Par pitié, pars. J’ai encore le choix entre deux portes. Je me vois dans un jeu télévisé. J’hésite. J’hésite. Applaudissements du public. Stresse à son comble. Joker. Appel à un ami. « Antoine, c’est Camille, tu peux venir m’ouvrir la porte ? » Le chauffeur m’observe encore. Par pitié, pars. Antoine sort de la porte de gauche. Gauche. Ce sera donc celle de gauche la porte de ma vie ici.

Antoine. C’est un des mes colocataires. Il m’aide à monter ma valise. Me regarde et me dit que je dois être exténuée. Euphémisme. Il me fait visiter la maison, ma chambre. M’explique les deux ou trois trucs à savoir. Me sert un grand verre d’eau. Dieu merci, l’eau existe.

On discute quelques minutes. Je ne tiens plus debout mais je suis si curieuse de connaitre les personnes avec qui je vais habiter les prochaines semaines. Jana rentre aussi. Et il y a deux chats. Je hais les chats. Mais je me vois caresser Oscar. Ca y’est, je suis déjà une autre personne.

Je retarde le moment d’aller me coucher. Je défais ma valise, range mes affaires, fais le tour de ma chambre dix fois, lis mes mails et checke mon Facebook. Est-ce parce qu’il est 10h du matin à Paris ? Ou parce que je suis un peu angoissée d’éteindre la lumière dans cette nouvelle maison aux chats ?

La petite lumière de ma table de nuit est toujours allumée quand je me réveille trois heures plus tard. Il fait encore nuit noire. J’ai l’estomac vide et le corps fatigué. Impossible de me rendormir. Impossible de trouver de quoi me nourrir.

Après un temps infini, je vois enfin le jour se lever. Et Antoine avec. Merde, pourquoi j’ai pas été prendre ma douche avant. Priorité aux gens qui travaillent. J’attends encore. Qu’il se prépare et claque la porte. Je n’ai jamais habité avec des gens que je ne connais pas. Pas du tout. Du tout. Je n’ai aucune idée du genre de conversation à tenir au réveil en pyjama puant et faminant. Je préfère éviter ça pour mon premier jour. Je sors la tête de ma chambre comme une petite souris prête à commettre un délit. C’est bon, y’a plus personne. On y va.

La douche est un concept incroyable et incroyablement thérapeutique. Il faut le dire quand même. Mais pas besoin d’en dire plus non plus. Je quitte enfin la maison sur les coups de 9h20. J’appréhende presque d’ouvrir la porte pour voir comment tout est dehors. Je me sens si libre. Libre de moi. De faire exactement ce que j’ai envie de faire. Si libre que j’en oublie de fermer la porte à clé. Bien joué, Camille. Jana dort encore et je n’ai pas envie qu’on vienne la violer dans son sommeil. Je fais demi-tour et je me fais la réflexion en chemin : ça n’existe pas encore Les Experts à San Francisco, si ?

J’arrive enfin au Café Jorge vers 10h30. Hallleluiah. Je m’installe, je commande et j’observe. Il n’y a pratiquement que des personnes seules à leur table. Et je me dis que ce n’est pas à Paris qu’on verrait ça. Ils lisent, travaillent ou juste profitent du moment. Et j’adore ce concept. Pourquoi est-ce que les Parisiens ont-ils toujours besoin de quelqu’un pour passer un bon moment ? Je sors mon cahier. Je prends un air d’écrivain faussement cool. Toujours plus excitant que l’allure de débile. Et je me mets à écrire. Je me fixe à moi-même trois objectifs pour mon mois à venir. Avancer sur mon projet (peux pas vous en dire plus maintenant). Ne pas recommencer à fumer (non même pas une) (non même pas pour les vacances) (non et non). Ne pas prendre 12 kilos (même pas 3) (même pas 1) (même pas 500 grammes, tu m’entends ?).

Vous connaissez ce moment où on a décidé de ses résolutions et on se sent fier et courageux et fier et courageux ? Comme si on les avait déjà réalisées. Mais qu’il était hors de question de commencer tout de suite pour autant. Voilà, j’ai commandé une gaufre au sirop d’érable.

Estomac plein. Je suis repartie. Pas de destination particulière. Juste envie de me balader, de m’imprégner de cette ville. Je marche. Et marche. Je tombe sur une herboristerie. Comme par hasard. J’adore déjà cette ville. Je flâne, j’achète du thé et aussi des extraits de plante pour renforcer mon système immunitaire (j’ai toujours la mononucléose même si je ne vous en parle plus, dure vie). Je discute avec les deux vendeuses. Et l’une d’elle me dit que sa copine est française aussi. Et qu’elle est à San Francisco en ce moment. Et je m’entends lui répondre « Oh maybe, we can hang out ». Elle me dit que oui, ça serait trop cool. Et je me dis que la vie est si simple quand on ne se pose plus de questions.

Je continue de marcher. Et marcher. Et m’arrête chez T-Mobile pour acheter une puce de téléphone américaine. Il y a beaucoup de monde. Dans mon attente, je vois un mec entrer, tourner, discuter avec les gens. Et puis, en cachette mais quand même devant tout le monde, couper l’antivol d’une paire d’écouteurs Beats et la mettre dans son sac-à-dos. Je n’arrive pas à détourner le regard. Il sait que je l’ai vu. J’ai peur de dire quoique ce soit. Je n’ai pas envie de me faire enlever par un gang portoricain pour avoir balancer un vol à 200$. Je détourne la tête. Ce n’est pas mes histoires, je ne suis là que depuis quelques heures et j’ai plein de trucs à vivre ici. A vivre tout court. Je ne veux pas mourrir dans un règlement de compte. Peut-être qu’il en a besoin de ces écouteurs. Peut-être que c’est pour un enfant malade du cancer en phase terminale. S’il vous plait, que quelqu’un tourne Les Experts à San Francisco. C’est enfin mon tour. J’enlève ma puce française de mon iPhone sans aucune hésitation et y met l’américaine. Pas la peine donc de m’envoyer des textos enflammés ou de me faire des déclarations par messages vocaux, je ne les aurais pas avant un mois ! Si vous le voulez, je vous donnerai mon numéro américain. Sinon, vous pouvez m’envoyer des messages par What’s App ou Facebook. Par mail aussi. Ca devrait aller, non ?

Après ça, j’ai marché pendant près de 3h, je voulais aller à la plage. Je me sentais si bien et si libre, tout ça. Jusqu’à ce que mes mollets me rappellent que je n’étais pas qu’une âme en errance mais que j’avais bien un corps. Merci bien. J’ai eu mal d’abord aux mollets, à l’arrière. C’est ensuite remonté dans mes cuisses, à l’arrière. Et puis dans mes fesses, forcément à l’arrière. J’ai eu aussi mal à mon pied droit progressivement. Je me trainais, littéralement. Un pied après l’autre. Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas montée dans un fucking taxi plus tôt.

Je me suis arrêtée manger une salade quelque part. Après mes exploits, j’aurais mieux fait de manger des pâtes mais comme les salades font autant grossir que des pâtes ici-bas, l’un dans l’autre, je m’y retrouve. J’ai erré dans Chinatown. Vraiment erré comme un zombie. Doucement doucement, un pied après l’autre. J’avais tellement envie d’être en forme et de continuer à marcher des heures. Mais mon corps me demandait expressément d’arrêter sur le champ. Je suis passée chez Nike, acheter une bonne paire de baskets. Si je dois marcher 8 heures par jour, autant le faire dans le bon équipement. J’ai mis une heure à choisir. J’ai essayé 6 paires. Je les trouvais moches. Toutes. Je me suis résolue à me dire que c’était pour le bien de mon corps.

J’ai bien essayé de rentrer à pieds après ça. 2 heures de marche. Je me sentais forte avec mes nouvelles baskets. Même si elles étaient encore dans la boite. J’ai tenu une heure. Et j’ai appelé un Uber. Il m’a ramassée sur le trottoir d’une station service. Presque cadavérique.

Ca, c’était ma journée d’hier. A l’instant où je vous écris, nous sommes jeudi matin. Et je ne peux pas sortir de mon lit. Je ne sens plus mes jambes. Ni mon dos. Mes pieds ? Où sont mes pieds ?

Je peux quand même vous embrasser bien fort virtuellement,

Camille

Les

commentaires (1)

Sofie
07 août 2015
A l heure qu il est Je me couche Et ta journee ne fait que commencer. Ménage toi un peu qd mm bichette! Bisous bisous

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