Pourquoi avons-nous si peur du bonheur ?

11.08.15

Cher vous,

J’aimerais que vous puissiez ressentir ce que je ressens à cet instant présent. Je suis assise dans un café et il y a le sosie de James Franco en face de moi… Ha, bien que ce soit absolument vrai, ce n’est vraiment pas ce que je m’apprêtais à vous dire !

Non j’allais plutôt vous parler de ces choses de la vie. Si essentielles. Qu’on a tendance à oublier la plupart du temps. Vous savez, les choses les plus simples qui font que nous nous sentons vivants et heureux. La toute simple liberté de vivre l’instant présent. Je sais que c’est un cliché de notre société. Que vous l’avez sûrement entendu trois milliards de fois. Comme moi. Pour autant. L’avez-vous déjà ressenti ?

On a tous l’impression de vivre l’instant présent. Que c’est un truc inné. Que forcément, on est dans le moment puisqu’on le vit. Que toutes ces belles leçons de philosophes indiens nous gonflent à la longue. Vivre l’instant présent. Apprendre à se connaitre et à s’aimer. Suivre sa voie. Réaliser ses rêves. Blablabla. (Je caricature) (évidemment, moi, je crois à fond à tout ce genre de trucs).

Pourtant, pendant longtemps, tous ces concepts de vie me sont passés au-dessus. Je m’en foutais pas mal de vivre l’instant présent vu que j’étais en train de construire ma vie. Et que pour ça, j’avais plein de trucs à faire. Je devrais plutôt dire. J’avais plein d’obligations sociales à remplir. Travailler. Entretenir des relations amicales, familiales, amoureuses. Se cultiver. Justifier d’une vie sociale. S’occuper. Il fallait toujours que je m’occupe. Faire des trucs. N’importe quoi pourvu que je fasse quelque chose. Tout était une excuse à « faire un truc ». Une spirale qui nous pousse à faire des choses pour faire des choses sans pour autant faire des choses qu’on a envie de faire.

Dans cette configuration, vivre l’instant présent n’était pas quelque chose qui me parlait. Je n’en voyais pas l’intérêt. Je n’en comprenais même pas le sens. A quoi ça peut servir de vivre l’instant présent ? Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ?

Et puis, ça m’a frappé en pleine face. La toute première fois, j’étais en Inde. En l’espace de quelques secondes, je me suis sentie débarrassée d’un poids énorme. De mon poids. Littéralement. Je me suis sentie si libre et si légère que ça m’a presque fait mal. Comment avais-je pu passer à côté de ça pendant si longtemps ?

Je n’ai pas tout de suite compris ce que je vivais, ce que je ressentais. Je me disais que c’était le voyage, le dépaysement, un mélange de plein de trucs. Et puis, petit à petit, c’est devenu d’une évidence déconcertante. J’ai compris que la vie qu’on nous conseillait de vivre n’avait aucun sens. Qu’on n’était pas très loin de vivre dans Matrix finalement, ou dans n’importe quel autre film de science-fiction. Vous avez vu The Island ? Ok bon, j’arrête mes délires.

Quoiqu’il en soit. Cette sensation s’est estompée, petit à petit, en rentrant à Paris et en reprenant ma vie. Car, qu’on le veuille ou non, on se fait rattraper par ce qu’on construit, pas vrai ? Je suis obligée de m’inquiéter de comment je vais payer mon loyer. Je suis obligée de prendre soin de mes proches. Je suis obligée de me donner les moyens de faire ce que j’ai envie de faire. Et c’est bien ça le plus important. Se mériter soi-même.

Samedi soir. Je suis sortie chercher un truc à manger. A trois blocs de ma maison. J’avais passé la journée à regarder des séries avec mon coloc. Vous voyez, rien d’extraordinaire jusque là. J’avais repéré un petit resto thaï pas loin et j’avais juste envie de manger des nouilles dans une petite boite blanche en carton, devant un film. Pendant un instant, j’ai eu la flemme de sortir. Et puis, sans me poser de questions, j’ai juste enfilé des baskets et un pull. Et j’y suis allée.

Je ne pourrais pas vous expliquer ce qu’il s’est passé à ce moment-là. J’ai juste marché dix minutes. Mais j’ai ressenti ça. Ce moment présent. Dans chaque souffle, chaque geste, chaque centimètre de mon être. Je n’avais besoin de rien ni de personne. J’existais juste par le fait d’être là, présente, à cet instant. Et à cet instant, j’ai su que tout ce que j’avais cru être du bonheur avant n’en était pas.

Je sais que je l’écris souvent ici. Le bonheur est à l’intérieur. Oui. J’aimerais le compléter aujourd’hui. En vous disant. Que. De mon point de vue. Le bonheur est aussi dans l’instant.

Dans l’instant, on ne pense pas aux problèmes, on ne pense pas au matériel, on ne pense pas aux autres. On ne pense à rien d’ailleurs. On se contente de respirer et d’exister. On n’a pas besoin du reste.

Pendant un moment, je me suis dit que j’aurais aimé ne jamais ressentir cela. Car en l’ayant connu, j’allais être obligée de le chercher partout ailleurs. C’est tout le débat de l’imbécile heureux. Sauf que je pense, dur comme fer, que l’imbécile n’est pas heureux. L’imbécile ne peut pas être heureux s’il vit constamment dans une moyenne. Pas trop de bonheur, pas trop de malheur. La moyenne n’aide personne.

Donc. Forte de cette réflexion. Je me suis ensuite sentie si reconnaissante de vivre ça. Même si cela voudrait dire que j’allais devoir en trouver toutes les sources par la suite. Ca en vaudrait la peine. Et j’ai compris que je n’avais pas besoin de faire toutes ces choses que j’avais l’habitude de faire, je n’avais pas besoin de me donner une contenance sociale. Ni de posséder des milliards de choses. Est-ce qu’on n’essaierait pas de combler une peur en ayant des vies si remplies ? Remplies d’activités, remplies de connaissances, remplies de matériel. Nous voulons toujours plus, nous avons si peur du vide. Nous avons si peur du rien. Et pourtant, est-ce que le bonheur ne  résiderait-il pas dans ce vide ?

Rien de tout ça. Je n’ai besoin de rien. Rien est devenu mon mot préféré. Je n’ai besoin de rien, je ne veux rien faire. Rien de rien. Je ne veux rien.

Bien sûr, je me suis demandé si je devais venir habiter ici, à San Francisco. Est-ce que cette sensation était reliée à l’endroit où je me trouvais ? J’adore cette ville et j’adorerais habiter ici. Je pense. Mais si je suis honnête, ce n’est pas dépendant du lieu. C’est une philosophie de vie. A appliquer, peu importe où l’on se trouve.

James Franco a sa chaussette droite trouée. Si trouée que je vois le trou sortir de sa basket. Mauvais plan.

Je vous embrasse du fond du coeur et j’espère que vous allez bien là où vous êtes.

Camille

Cadeau :

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Les

commentaires (2)

Elie
11 août 2015
Chère Camille, Ton article m'a donné des frissons Bien à toi Elie
Camille
15 août 2015
Cher Elie, J'adore ton prénom Bien à toi Camille

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