SF – Day 10 – Qu’est-ce que je fous là ?

15.08.15

Cher vous,

Il arrive toujours un moment dans un voyage en solitaire où survient la question fatidique. Plus elle tarde et plus on espère qu’elle ne viendra jamais. Et pourtant elle finit toujours par pointer le bout de son nez. BORDEL, QU’EST-CE QUE JE FOUS LÀ ?

Etant donné que je suis dans un pays hyper occidental. Que je pourrais totalement envisager d’habiter ici. Et que je suis aussi dans des conditions qui me garantissent un niveau minimal de sécurité, aussi bien physique que psychologique. Etant donné tout ça, je me disais. Innocemment. Que je ne passerais pas par cette période de doutes. Qu’elle ne passerait pas non plus par moi. Non.

Tu es courageuse, Camille. C’est génial ce que tu fais. Tu vas voir, San Francisco, c’est une ville dingue. Moi je ne pourrais jamais partir seul aussi loin. Mais qu’est-ce que tu vas faire un mois toute seule là-bas ?

C’est vrai ça. Camille, que vas-tu faire un mois toute seule là-bas ? C’est une question rhétorique. Je sais ce que je fais là. Je sais comment je suis arrivée là, du moins. Et j’adore cette expérience. Jusqu’à maintenant. Pas de doute.

Quand je suis arrivée, les premiers jours. Je me voyais habiter ici. Personne ne me manquait. Et en quelques minutes. Je me suis dit que. Je détestais ma famille et mes amis. Je détestais mon boulot. Et mon appart. Je voyais tout sous un nouvel angle. Ma vie à San Francisco. C’est ici mon nouvel havre de paix.

Et puis. Ce sentiment s’estompe petit à petit. Quoi, mais j’adore ma famille. Et mon boulot. J’adore mon appart et mes copains. J’adore Paris. Mais oui, les parisiens sont les plus gentils du monde. Le peuple le plus accueillant de cette planète. (J’ai peut-être un peu trop exagéré) (les parisiens accueillants, pas très crédible celle-là, si ?).

Voyager en solitaire, finalement, ce n’est jamais des vacances. Car on se confronte sans cesse à soi-même. Et pour ma part, je me pose sans cesse beaucoup trop de questions existentielles en même temps. Cela va de la question la plus profonde à la question la plus superficielle. En passant devant un clochard, je vais me demander quel est le sens profond de notre monde. Et je vais bien réfléchir là-dessus quelques heures. Mais en passant chez Victoria’s Secret, je vais me demander pourquoi le mec devant moi achète dix ensembles à sa femme. Est-ce qu’il a quelque chose à se faire pardonner ? Est-ce qu’il a une maitresse ? Plusieurs maitresses ? Une double vie ? Et je vais bien réfléchir là-dessus quelques minutes.

Je vous rassure. Je vais bien. Très bien même, dans l’idée. Dans les faits, je suis fatiguée mais rien d’ingérable. Cette période me rappelle bien sûr ma première semaine en Inde. Celle où j’ai dormi avec des souris. Ici, je dors avec des chats. Et comme le chat mange la souris, je me dis que, l’un dans l’autre, j’ai franchi une étape. Yay!

La seule chose qui me tracasse dans tout ça. Ce sont les questions que je me pose sur moi et sur ma vie. Réfléchir sur les autres est une chose, ça va et ça vient. Réfléchir sur soi est bien plus anxiogène. Et je me demande si le voyage en solitaire est forcément associé à une remise en question personnelle. Je pense que malheureusement, c’est effectivement le cas.

Les questions que je me pose n’ont rien d’extraordinaire jusque-là. Mais toujours bien essentielles. Et elles se résument simplement en une seule. Une seule question : Est-ce que je serai contente de rentrer à Paris dans deux semaines ? Entendez bien sûr, caché dans tout ça. Est-ce que ma vie, telle que je l’ai construite jusqu’à maintenant, me rend assez heureuse pour avoir envie de la retrouver ?

Ce matin. Au moment d’enfiler mon jean, j’ai finalement décidé de remettre mon pyjama et de m’asseoir au petit bureau mis à ma disposition dans ma chambre. Chambre quoique sombre. Remplie de livres. Chat miaulant à ma porte. Ray LaMontagne chantant dans la chambre de Jana.

J’ai lu. J’ai regardé le dernier épisode de Pretty Little Liars en mangeant des Cheerios, Dieu merci on sait enfin qui est A. (Ne pas me juger sur les séries que je regarde, merci d’avance). J’ai discuté avec Jana, bien qu’elle parle trop vite et que je ne comprends pas tout ce qu’elle dit. Donc non, Jana a discuté avec moi. Je me suis baladée, sans mon sac à dos de touriste. Juste mes clés et 10 dollars en poche.

Depuis que je suis arrivée, j’ai marché. Tous les jours. J’ai fait tout San Francisco à pieds. En évitant soigneusement les endroits trop touristiques. Toujours emportant avec moi mon ordi, un bouquin et mon journal. (C’est à ça que je faisais allusion en disant mon sac à dos de touriste). On ne sait jamais quand viendra l’inspiration ou alors l’envie de lire. Tel Alice au pays des merveilles, allongée en bas d’un arbre. Et j’aime bien avoir ce dont j’ai besoin à portée de bras. D’ailleurs, je lis un livre très déroutant. J’ai très envie de vous en parler. Mais je vais m’abstenir.

Et à mesure que je marche. Je m’imagine être un petit bonhomme sur une grande ligne droite. Enfin, une petite bonne-femme. (Je n’aime pas trop le terme bonne-femme, ça me fait passer pour une mégère) (mais si on le met dans l’autre sens, ça donne femme bonne) (c’est mieux). Sur une ligne droite qui va de « San Francisco, nouvel havre de paix » à « Pitié, je veux rentrer chez moi ». Je suis un curseur sur cette ligne. Je me déplace sensiblement au milieu, en évitant les extrémités.

Hier en rentrant, j’ai trouvé le chat allongé sur mon oreiller. Tranquille. Oui, celui où je mets ma tête pour dormir. J’ai bien tenté de lui demander comment il était arrivé là. Qui lui avait ouvert la porte. Est-ce que quelqu’un était venu fouiller dans ma chambre pendant mon absence ?

Voilà. Tout ça. Rien d’autre. Et aussi plein d’autres trucs à la fois.

Où êtes-vous et que faites-vous ?

Camille

NB : Je me rends compte que la dernière fois aussi. Je vous avais écrit après avoir passé une journée à ne rien faire. Qu’on se comprenne bien. Je ne suis pas un guide touristique.

NB2 : Mais j’ai visité quand même des trucs très cools. Je vous en parlerai si vous voulez.

Les

commentaires (3)

Nini
15 août 2015
Ne rentre pas ! Il pleut de la déprime ! Beaucoup trop drôle ce chat sur ton oreiller ❤️️
Amna
15 août 2015
T as pas fini encore ... There is lot more to come ;) Je suis une voyageuse solitaire aussi et on a toujours l'impression d'avoir perdu la raison pour laquelle on part seule ... Mais on la retrouve très vite !:) Hang on ;) Bisouuuuus de Lyon
Pierre-yves
23 octobre 2015
Merci pour ces articles tres rafraichissant ! Mince, je commence a etre accro. Comment tu fais pour écrire aussi bien ? Tu meriterais de faire parti du groupe des bloggers francais aux US... mince, tu n'y habite pas. Pas encore ? Peut etre un jour. En tout ca, je suis super impressionnée par ce que tu fais comme ca toute seule, a l'aventure ! Bravo, je vais continuer les autres articles.

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