Est-ce qu’on rencontre dans les cours de yoga ?

18.08.15

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Cher vous,

J’ai été à un cours de yoga ce matin à 9h. Depuis que je suis arrivée, j’avais envie d’y aller. Et puis la flemme. Et puis hier soir, j’ai eu un déclic. Allez savoir ce qu’il s’est passé dans ma tête. Et je me suis vue aussi excitée et pressée de me réveiller qu’une enfant de 6 ans à qui on venait de dire qu’elle irait à Disney demain.

Je vais confesser. Que je suis arrivée à la salle de yoga ce matin hyper en avance mais surtout super confiante. Genre je vais vous montrer comment on fait du yoga à Paris. Ouais, j’ai été dans un ashram en Inde. Ouais, je suis super calée. Ouais ouais.

Mais c’était sans anticiper le fait que je ne comprendrais rien à ce qu’allait raconter le prof. Pas un mot. Pendant tout le cours. Je parle anglais. Ok. Mais j’avoue que je sèche sur toute l’anatomie du corps humain. Vous savez dire omoplate en anglais, vous ? Eh bah voilà, moi non plus.

Cela m’a assez vite un peu déstabilisée. Et puis très vite, complètement soulée. J’étais fatiguée, je n’avais pas envie de faire tout ce que je voyais, j’avais envie de rentrer dormir, devant un film, avec des pancakes. Je me suis maudite. Mais pas tant que ça.

Le cours avait lieu dans une immense salle. Au début, j’ai pensé que c’était génial, qu’on aurait plein de place. Mais au fur et à mesure, de plus en plus de gens sont arrivés. Et on a fini à plus de quarante. (J’ai compté pendant que je m’ennuyais) (pendant que le prof expliquait des choses surement très intéressantes) (mais que je ne comprenais pas) (du genre retourne tes triceps vers le ciel en inspirant avec tes doigts de pieds). Quarante. Dans une salle surchauffée à 25 degrés. Je vous laisse imaginer l’oppression du truc.

Je me suis demandé pendant un moment ce que tous ces gens faisaient là. Est-ce qu’ils ne travaillaient pas un mardi matin de 9h à 10h30 ? Apparemment non.

Sean, le prof. Pas plus de 22 ans. Pas plus de 1m70. Pas vraiment bien foutu, limite grassouillet. Un short. Des chaussettes hautes de Mickey. Quand je dis chaussettes hautes, imaginez jusqu’aux genoux. Et puis, c’est tout. Pas de tee-shirt. Torse nu. La classe avec les chaussettes. Il est venu se présenter au début du cours. Et m’a serré la main. Une main moite et toute molle. J’ai eu la très forte envie de me lever pour aller me laver les mains. Mais je suis restée stoïque, assise sur mon tapis. Pense à autre chose, Camille.

A ma droite, il y avait cette fille qui n’a pas dit un mot. Elle avait l’air gentille mais fatigante à regarder. Trop de messages. Un corps entièrement tatoué. Des pierciengs éparpillés un peu partout. Des écarteurs dans les oreilles (vous savez ce que c’est, pas vrai ?). Et parce que son corps n’exprimait déjà pas assez de choses, elle portait un legging impression cosmique. Le genre de truc où même Kate Moss paraitrait obèse dedans. Et un tee-shirt avec un Ohm imprimé (vous savez ce que c’est, pas vrai ?).

A ma gauche, un couple. La cinquantaine bien tassée. Un genre de couple où ils sont deux, bien sûr, mais ils ne sont en fait qu’une seule personne. Ils font tout en même temps, comme à la natation synchronisée. Ils sont habillés pareil. Ils regardent dans la même direction. Parlent aux mêmes personnes. Vont faire pipi ensemble. Tout quoi. Et pendant les quelques minutes de repos où le prof montre des positions. Ils se mettent tous les deux sur le même tapis. Et se tiennent la main. Au secours.

En face. Au milieu. Robert Hue. Petit bonhomme. Gros ventre. Chauve. Barbe grise. Un Robert Hue hippie avec un piercing au téton gauche. Je vous jure que c’est vrai. Oui parce qu’évidemment, il ne portait pas non plus de tee-shirt. (vous savez qui c’est Robert Hue, pas vrai ?)

En face. A droite. L’homme qui respirait fort. Très fort. Trop fort. Par pitié, on sait que tu es là, on sait que tu as compris que le yoga se basait sur la respiration. A moins que tu aies une déformation nasale innée qui t’oblige à imiter la tondeuse à gazon. S’il te plait, respecte ma présence.

En face. A gauche. Ma préférée. Je me demande encore si elle n’a pas confondu le cours de yoga avec celui de danse hawaïenne. Elle était toute mignonne. Vieille dame, 70 ans. Des cheveux gris. Allez savoir pourquoi elle avait, elle aussi, un côté de la tête rasée. Est-ce que c’est une secte ? Où ai-je atterri ? Elle avait l’air calme et zen. Mais, il faut le dire, elle faisait des mouvements inconnus jusqu’ici.

Il y avait aussi tout un tas d’américaines californiennes blondes. De mecs hippies barbus avec des colliers de perles. Et parmi eux, perdu, un David Charvet. Le stéréotype du mec qui s’aime. Belle gueule, bien foutu, des cheveux noirs raides un peu longs tombant sur ses yeux. Le petit mouvement de tête latéral pour faire bouger sa mèche. Pouf. Les baskets de running. Le débardeur à grandes emmanchures pour qu’on voit sa carrure. Et la voix. Cette voix de série télé.

Pour tout ça. Je suis trop contente d’être allée au yoga ce matin. Me retrouver au réveil dans une salle surchauffée avec 40 personnes trop bizarres chantant des mantra en hindi. (Je déteste ces cours de yoga bullshit où l’ambiance est plus importante que la pratique). Transpirer non pas d’effort mais de chaleur. (Alors qu’il fait 15 degrés dehors aujourd’hui) (Je ne vous ai pas encore parlé du climat à San Francisco, si ?). Entendre les gens à la fin du cours « Oh that was amazing, right ? » « I can feel my heart chakras ». Ca m’a fait marrer.

Je vais vous en parler plus en détails bientôt. Mais ce cours de yoga est la concentration de toute l’atmosphère de San Francisco. En quelque sorte.

Il y a une ouverture d’esprit ici incroyable. Que je n’ai jamais ressenti nulle part ailleurs. Tu es qui tu veux être. Au moment que tu veux. Tu fais ce que tu veux. Tu portes ce que tu veux. Tu dis ce que tu veux. Tu vis simplement, sans te préoccuper du regard des autres. Car l’autre ne te regarde pas. L’autre ne te juge pas. L’autre est ouvert à la personne que tu es sans s’attarder sur des éléments extérieurs. L’autre s’en fout, en fait.

Le mec au café à côté de toi. Jean, tee-shirt, vielles baskets. Peut être le CEO d’une énorme start-up. Multi-millionaire. Et il va te demander tout simplement s’il peut brancher son ordi à la prise à côté de toi. Et toi, tu vas lui demander de regarder tes affaires pendant que tu vas aux toilettes. Sans même savoir. Tout est mixé, ici. On ne sait pas qui est qui, ni qui fait quoi. On ne repère pas les gens à leur manière de s’habiller ou de se comporter. Tout le monde est personne. Tout le monde est quelqu’un. Et ça c’est génial.

La contrepartie de ça. C’est la superficialité des relations entre les gens. Ce n’est pas un trait distinctif de San Francisco. Ca existe partout aux Etats-Unis, je pense. Mais ici, c’est d’autant plus troublant que l’atmosphère est basée sur le bien-être.

Je vous raconterai tout ça plus en détails. Là, faut que je vous laisse. Je vais chercher mon vélo pour traverser le Golden Gate Bridge. Il me reste trois jours à San Francisco, il est temps de faire les trucs de touriste.

Je vous embrasse bien fort,

Camille

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