SF – Day 17 – Une maison bleue accrochée à ma mémoire.

21.08.15

Je suis triste. Je suis fatiguée. Surtout triste. Il est 18h20, c’est presque la fin de mon dernier jour à San Francisco. Je n’ai pas envie de partir demain. J’ai envie de tout recommencer au premier jour. Indéfiniment.

Je dois rentrer faire ma lessive et ma valise. Discuter un peu avec mes colocataires, leur dire au revoir. Tout ça. Excitant programme.

Ce matin est arrivé la fille qui va prendre ma chambre. Elle vient d’Allemagne. Elle est enceinte de quelques mois et a une petite fille d’un an et demi. Elle vient de quitter son mari (et accessoirement le père de ses enfants). Parce qu’il l’avait trompée. Triste histoire.

Je me suis réveillée à l’aube. Avec cette envie de profiter à fond de mon dernier jour. Mais c’est toujours dans ces moments-là que je me retrouve à n’avoir aucune idée de quoi faire. Quoi faire pour « profiter à fond de mon dernier jour » ? J’avais faim. J’ai commencé par aller prendre mon petit déjeuner dans mon endroit préféré. Bon début.

Il me restait un quartier que je n’avais pas fait. Le quartier le plus touristique de San Francisco. Je me disais que je ne pouvais pas partir sans l’avoir vu. Je me suis dirigée vers Fisherman’s Wharf. Il fait gris et froid. La ville est aussi triste que moi.

Mais en chemin. Je me suis rendue compte que je n’avais aucune envie d’aller là-bas. J’avais juste envie de retourner trainer dans mon quartier. Je crois que j’ai habité, pendant ces trois semaines, dans mon quartier préférée. C’est chez moi. Ma maison bleue.

J’étais à l’autre bout de la ville. J’ai donc rejoint l’arrêt de bus le plus proche. Et en attendant le bus, j’ai discuté avec une vieille dame mexicaine et sa fille. « You’re not from here » me dit-elle avec un fort accent espagnol. Non, je viens de Paris. Elle me dit de faire attention. Qu’il y a beaucoup de crimes, ici. Beaucoup de gangs. De vol. De meurtre. De bagarre. Beaucoup de clochards dangereux. Alors, je lui dis que je pars à Los Angeles, que ça devrait aller. Mais non, c’est encore pire à Los Angeles. Surtout, ne porte pas de rouge ou de bleu, c’est la couleur des gangs. Tu peux te faire tuer si tu portes le mauvais tee-shirt.

Vous croyez que notre humeur induit le comportement des gens ? Je veux dire. Est-ce parce que j’étais triste aujourd’hui que j’ai rencontré les gens les plus négatifs de la ville ?

J’habite dans Mission District. Le plus vieux quartier de San Francisco. Initialement le quartier espagnol. Et aujourd’hui, le quartier le plus populaire. Tout est mélangé ici. Toutes les origines. Toutes les classes sociales. Les mexicains côtoient les hipsters. Les murs sont peints de fresques. Partout. Tout exprime quelque chose. Tout est vivant.

J’écoute San Francisco, de Maxime Leforestier. En boucle. En vous écrivant. Et si je n’étais pas dans un café. Je pleurerais facile. Je n’ai pas envie de partir demain.

Je me demandais ce matin si ce voyage allait avoir des conséquences psychologiques sur moi. Est-ce qu’il allait me changer ? Est-ce qu’il allait y avoir une Camille d’avant et une Camille d’après ? Même si ce n’est pas un choc culturel comme ce que j’ai pu avoir en Inde, c’est un choc émotionnel.

J’ai envie de venir habiter ici. Je me demande comment pourrait être ma vie si je quittais tout ce que je connais et recommençais quelque chose de nouveau. Je ne suis pas sûre d’être prête à le faire. Je me demande si vraiment le lieu où on habite change notre « niveau de bonheur ». Je pense que certains facteurs aident, bien sûr. Le soleil. L’ambiance. La mentalité. Pour autant, je me dis que lorsqu’on est est heureux, on est heureux partout. Et à l’inverse, quand on est malheureux, on est malheureux partout. Est-ce si simple ?

Ce que j’aime ici ? Tout d’abord, le jugement n’existe pas. Peut-être que cela vous paraitra ne pas être grand chose. Mais seulement parce que vous ne vous rendez peut-être pas compte de tout ce que le jugement implique dans nos vies parisiennes. Les gens à San Francisco ne vivent que pour eux. Jamais pour ce qu’on va penser d’eux. Les conséquences de ça sont énormes. C’est à l’opposé de tout ce qu’on connait. Ils s’habillent comme ils ont envie, font ce qu’ils ont envie. La moitié des tables sont occupées par des gens seuls. Tu as envie de manger thaï, tu y vas. Au resto du coin. Même si personne n’est dispo pour y aller avec toi. Car le plus important c’est ton plaisir à toi, pas ce que tu vas donner à voir. Pas de codes vestimentaires, d’attitudes à avoir, de réputation à se construire. Tout le monde est accepté partout. (Et oui, tu rentres en boite ici en Vans, avec ton skate sous le bras).

La mixité est dingue et sans limite. Dans le café où je suis, à peu près une vingtaine de personnes, pas deux têtes qui se ressemblent. Ils sont tous en train de bosser, écrire dans un cahier, dessiner des trucs. J’aime bien regarder ce qu’il se passe sur leurs écrans parfois. Par curiosité. C’est excitant de rentrer dans la vie des gens. Surtout ceux d’un autre pays. La mixité est dingue. Pour autant. Toutes les communautés sont ouvertes. Tout le monde se mélange. Tout le monde vit ensemble. Dans le même bateau. Le ‘Jewish Community Center’ ici, c’est un énorme gymnase avec une piscine, un sauna, des terrains de tennis. Où tout le monde vient passer du temps. Peu importent ton origine, ta langue ou ta religion. Ouvert à tous. Et tout le temps.

L’architecture me rend heureuse. Et c’est vrai. J’aime habiter dans une maison bleue. J’aime que la maison voisine soit rose. Et l’autre jaune. J’aime les grandes rues aérées. Les parcs partout. La nature si présente. La forêt, la mer, les collines, les montagnes. Hier, j’ai passé la matinée dans une énorme forêt à 30 minutes de San Francisco. Des arbres vieux de mille ans. Immenses. J’ai déjeuné au bord de la mer, sur la baie de Sausalito. Et j’ai passé l’après-midi à marcher dans la ville. Des petites maisons de toutes les couleurs. Ca me donne le sentiment parfois que les maisons ressemblent aux gens qui y habitent.

Aussi. San Francisco est un incubateur. Il y a ici des innovations à chaque coin de rue. C’est une ville d’artistes, une ville de créatifs, une ville d’entrepreneurs. C’est excitant d’habiter dans la ville où sont nées toutes les applications qu’on utilise au quotidien. Et où des milliers d’autres naissent chaque jour. Peut-être que le mec assis à ma droite travaille sur le prochain Uber, le prochain Facebook ou Pinterest. Qui sait.

Bon il y a aussi plein de trucs que je n’aime pas ici. Mais je n’ai pas du tout envie d’y penser maintenant.

Demain. Je pars faire un road trip d’une semaine. Je suis sûre que ça va être trop cool aussi. J’ai loué une voiture cool. J’ai réservé des chambres sur Airbnb dans des villes cools. Jusqu’à Los Angeles. Mais je suis quand même triste de quitter ma maison bleue.

A partir de maintenant. Je pourrai aussi dire que. J’ai une maison bleue accrochée à ma mémoire.

J’espère que vous allez bien. Je vous embrasse bien fort,

Camille

Les

commentaires (2)

Yaël
21 août 2015
A chaque fois, un vrai plaisir de te lire Camille! Profite bien de ton voyage!
Vanessa
21 août 2015
Merci pour ces récits ! On a l'impression d être aussi parti a sfo !! Bon road trip

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