SF – Day 18 – Sur la route de Carmel

22.08.15

J’ai donc fait ma valise. Allez savoir pourquoi, quand on refait sa valise, plus rien ne rentre dedans. J’aimerais bien que quelqu’un écrive une théorie là-dessus. J’ai vérifié que je n’avais rien oublié. Et puis j’ai dit au revoir vite vite à mes colocataires. Aucune envie de prolonger des adieux. Je suis déjà assez triste. Et puis, paradoxalement, on n’est pas si proche que ça. C’est très particulier de vivre avec des colocataires. Je trouve.

Je suis partie de ma maison bleue. Pour aller louer ma voiture rouge. En arrivant chez Avis, le mec me dit qu’il n’y a plus la voiture que j’ai loué. Je lui dis que je m’en fous pas mal. Tant que j’ai quand même une voiture décapotable pour arpenter les routes de Californie les cheveux au vent. Il me demande la couleur que je souhaite. Je lui dis que je m’en fous pas mal. Tant que ça roule. Il me dit qu’il a pris soin de moi et que je vais adorer ce qui m’attend.

Je n’ai jamais loué de voiture en France. Je ne sais pas comment ça se passe. Mais là, il m’a juste donné un numéro de place de parking. J17. En me disant que je trouverais les clés dessus. Ok grande fille, on y va.

Ma première réaction en voyant la voiture. L’excitation. Puis, est venu le stress. Ils sont malades, je ne pourrais jamais conduire ça. Elle fait quatre fois la taille de ma Smart en longueur et deux fois en largeur. Et puis, la raison. Je vais vraiment faire bitch qui va à son cours de golf là-dedans. Et puis, la sur-excitation. On y vaaaa.

J’ai passé un premier quart d’heure un peu stressant. Puis je me suis rappelée d’une phrase cruciale que m’a dit le loueur avant que je parte. La voiture est assurée à 100%, peu importe ce qu’il vous arrive avec. C’est bien ça. Il faut juste que j’évite d’y laisser ma vie, et tout ira bien. Et j’ai commencé à me détendre. Sur la route de Palo Alto.

Je me suis arrêtée à Stanford, j’avais envie de visiter le campus. Mais en arrivant sur le parking, j’avais surtout envie de ne pas quitter ma voiture une seule seconde. Je me suis garée. Et je me suis dit qu’il était temps de décapoter. Il fait un temps incroyable. Mais voilà. Je ne comprends pas comment ça marche. Il y a bien un écran qui me dit quoi faire. Mais il y a écrit « Put the shades on ». Allez savoir ce que ça veut dire. Alors j’ai cherché un tutoriel sur Youtube. J’ai tapé un truc du genre « Comment décapoter Camaro ». Et le pire, c’est que j’ai trouvé. Un mec qui se filme et qui explique toutes les étapes. Que celui qui me dit qu’internet n’est pas une révolution se cogne le petit orteil dans une porte.

Finalement, j’ai visité Stanford en voiture. Les cheveux au vent. Et je me suis dirigée vers la Highway 1, cette autoroute qui longe toute la côte californienne. J’ai branché mon Ipod. La première chanson qui est venue était ‘California Soul’ de Marlena Shaw. Et à cet instant, j’ai su que j’étais exactement là où je devais être.

Je me suis sentie tellement bien, je me suis dit que quelqu’un devrait vivre ça avec moi. J’ai regardé le siège passager, en pensant que la solitude était un luxe incroyable. Je n’avais aucune envie de partager ça avec quiconque. Mais c’était trop de bonheur pour une seule personne. Je devrais peut-être en donner un peu à quelqu’un d’autre.

Matinée déroutante. L’angoisse et les pleurs de tristesse de quitter ma maison bleue. Et de tourner une page. Et puis, le bonheur intense et les pleurs de joie de commencer mon road trip. Et d’en écrire une nouvelle (de page).

J’ai roulé jusqu’à Carmel. Une heure et demi de route. Je suis passée par des forêts. Des champs d’artichauts. Des vignobles. Et aussi des trucs un peu glauques, genre des décharges et des airs d’autoroute suspectes.

Je dois avouer. Qu’à la moitié du chemin. Il a commencé à faire gris et froid. Pas question de recapoter pour autant. Non. J’ai mis un pull. Et j’ai eu quand même un peu froid. J’ai mis le chauffage. Et j’ai eu quand même un peu froid.

Quand je suis arrivée à Carmel. J’étais triste. D’être déjà arrivée. Je voulais continuer à rouler toute la journée. Et ma première réaction a été. De détester cet endroit. J’ai eu l’impression d’arriver dans le St Tropez américain. Je n’étais vraiment pas dans ce genre d’ambiance. Je déteste ce genre d’ambiance. Et j’ai une voiture de bitch qui va à son cours de golf.

Mais. J’avais l’estomac en famine. Comme trop souvent. Et il était primordial que je m’arrête dans le premier restaurant que je voyais. Comme par hasard. Ce premier restaurant s’est appelé ‘Le St Tropez’ (je vous jure que c’est vrai). Et c’était une carte française. Il y avait des américains partout qui mangeaient de la soupe à l’oignon en pensant déguster de la fine nourriture française. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai jamais mangé de la soupe à l’oignon en France. J’ai eu cette envie mesquine de leur dire. Que j’étais française. Et que ce restaurant était une arnaque. Mais bien sûr, je me suis contentée de commander ma pizza (dans un restaurant français) et d’attendre patiemment.

Je suis sortie de là, un peu déprimée. Mauvaise pizza. Mauvais temps. Mauvais karma. Je suis passée devant un glacier. Pizza + glace, on n’avait jamais mieux fait comme déjeuner équilibré. J’ai pris mon petit pot de glace, qui avait plutôt la taille d’un bol de céréales, et j’ai été m’asseoir sur un banc en face. A côté d’une dame.

Ce qui est génial dans ce pays. C’est que les gens parlent. J’ai commencé à discuter avec cette dame. Et nous avons discuté pendant une heure. Elle m’a raconté sa vie. Elle a un fils qui vit en France depuis toujours. Elle était architecte et a supervisé la création de nombreux bâtiments partout aux Etats-Unis. Jusqu’au jour où elle a reçu un lourd truc (je n’ai pas compris quoi) sur la tête et a eu une commotion cérébrale (ça, j’ai compris parce que j’ai regardé toutes les saisons de Grey’s Anatomy). Après cet accident, elle a quitté San Francisco pour venir habiter à Carmel. Et a commencé une formation d’écrivain à UCLA. Curieux hasard.

Elle a écrit un bouquin sur une nana de la CIA et m’a raconté à quel point la CIA jouait un rôle important dans le gouvernement ici. Mais ne l’a jamais publié. (Je ne vous dirai pas pourquoi, c’est trop triste comme raison).

Elle m’a ensuite raconté des trucs sur Carmel. Clint Eastwood a été maire de la ville pendant quelques temps. Il a encore une maison ici. C’est un endroit très calme et paisible quand il fait beau et qu’il n’y a pas de touristes. (Mais aujourd’hui, il fait gris et il y a du monde partout). Et elle m’a conseillé de faire une balade sur la plage.

Je me suis donc dirigée vers la plage. Avec trois pulls. Et j’ai marché au bord de l’eau. C’était revigorant. (Manière de dire que l’eau était gelée). C’est toujours magique de marcher au bord de la mer. Il y a des gens en maillot qui se baignent. J’ai froid avec ma chemise, mon pull en cachemire et mon sweat.

J’ai ensuite retrouvé ma voiture rouge. Et je me suis baladée dans Carmel en voiture. Tourner au hasard des rues. Se perdre. Ca m’a rappelé quand je le faisais à pieds à San Francisco. Et la voiture, c’est quand même bien moins fatiguant.

Et puis. J’ai rejoint la maison de Lisa. Dans les hauteurs. Là où je vais dormir cette nuit. Je vous écris de ma chambre temporaire. Elle est cool et propre. Et il y a des petits éléphants partout.

Je vous laisse. Je vais prendre ma douche.

Je vous embrasse bien fort,

Camille

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