Day 24 – On my way back to Paris

29.08.15

day-24-on-my-way-back-to-paris-camillesbreath

Cher vous,

Je suis dans l’avion. Entre Washington et Paris. Sur mon chemin retour. Je me suis perdue dans les fuseaux horaires et je n’ai plus aucune idée de l’heure qu’il est. Ni s’il est judicieux que je dorme maintenant ou au contraire que je reste éveillée pour me débarrasser du décalage horaire. Et reprendre ma vie sans encombres.

En un sens. J’ai hâte de rentrer chez moi. De retrouver mon quotidien et mes habitudes. Ma sécurité et les doutes qui l’accompagnent. Mon passé et mon ancrage. L’histoire à laquelle j’ai appartenu jusqu’à maintenant.

En un sens. C’est plus facile de faire abstraction de tout ce que je viens de vivre. Et de ressentir. De prendre ce voyage pour ce qu’il était au sens premier. Des vacances. Ne pas lui donner trop d’importance ou d’envergure. Ni ne lui permettre de remettre en question tout un système établi.

Mais en un autre sens. Et je sais que vous m’avez vue venir de loin. En un autre sens. Doit-on se conforter dans la facilité ? Sans jamais remettre en question nos acquis ? Bien sur que non. Chaque voyage, chaque rencontre est l’opportunité de se confronter à la manière dont d’autres ont choisi de construire leur vie. Et de réfléchir à la manière dont nous vivons la nôtre.

On ne peut jamais contrôler tous les paramètres. Et chaque configuration de vie aura des avantages et des inconvénients. L’herbe n’est jamais vraiment plus verte ailleurs, n’est-ce pas ? Pour autant, je pense que prendre conscience des choix de vie que nous faisons nous permettra d’en être responsable. On pense souvent que partir habiter à l’autre bout du monde et quitter tout ce qu’on a toujours connu est un choix de vie. Mais. Rester habiter dans la ville où on a grandi, où notre famille et nos amis sont établis, où on a des habitudes et une sécurité de vie. En est aussi un. Nous faisons aussi des choix dans les non-choix. Et ne jamais se poser la question est un choix. Qu’il faudra assumer. 

Assez de considérations philosophiques profondes. Je n’ai pas dormi depuis bien trop longtemps pour ça. Je vous ai laissés à Los Angeles, je crois. Il y a de ça trois jours. Et je vous racontais à quel point je détestais cette ville.

Je n’aime pas me faire des idées trop vite sur les choses. Et en même temps, je me force à toujours faire confiance à mon instinct. Dur challenge. Les derniers jours que j’ai passé à Los Angeles ne m’ont pas vraiment convaincue à aimer cette ville. Mais je nuancerai en disant ceci. Ce n’est pas une ville qui se visite. Et seul de surcroit. Je me dis que c’est une ville qu’il faut bien connaitre et où il faut être introduit pour pouvoir l’apprécier. Ce qui en fait donc une ville pas très accueillante. Et je n’aime pas trop ça non plus. Mais c’est surement ce qui la rend si désirable.

En partant jeudi matin. J’ai quand même eu ce sentiment d’inachevé. D’avoir manqué un truc. Encore. Et bien que pour l’instant, je n’ai aucune envie d’y retourner. Je me dis que je n’ai peut-être pas fait ce qu’il fallait et que je devrais réessayer dans d’autres circonstances. Juste comprendre.

En partant jeudi matin. J’étais soulagée et j’avais hâte de retrouver San Francisco. Je me suis réveillée bien trop tôt. J’ai fini de préparer mes affaires tranquillement. Et cette fois, j’ai rangé ma valise mieux que jamais. Au millimètre près. Quand Vickie est rentrée de son tour en vélo. Elle a voulu absolument m’aider à tout boucler. A tel point, qu’elle m’a presque foutue dehors. En moins de 5 minutes. Ok ok, je m’en vais.

Je suis passée prendre un petit-déj à emporter. Pour aller le manger au bord de la plage. Et j’ai pris la route sur les coups de 10h.

La route que j’ai pris au retour n’était pas la route que j’avais pris à l’aller. La route qui longe la côte est bien plus longue et prend plus de douze heures. La route la plus courte entre Los Angeles et San Francisco passe par les terres et ne prend que six heures. J’avais entendu que l’autoroute 5 était la pire route jamais construite tant elle était ennuyeuse. Mais bien sûr, cela ne m’a pas fait peur une seconde. J’étais sûre que j’allais lui trouver un truc cool et contredire les médisants.

La première heure, j’ai traversé un désert. Il faisait plus de 40 degrés et j’ai du recapoter ma voiture pour ne pas mourir d’une insolation avancée. Dure vie. J’avais l’impression de me balader dans un des paysages de Mario. Le jeu sur GameBoy (si tu as grandi dans les années 90, tape dans tes mains). Vous savez, le niveau du désert où il avance au milieu des collines de sable. Où il a l’air de faire une chaleur insupportable mais il y a quand même des tortues qui se baladent et des plantes carnivores qui grandissent. A la différence que mon désert à moi était fait d’herbe, couleur jaune paille. Et d’arbres morts carbonisés. J’ai bien aimé. Pendant une heure. Me balader dans les collines jaunes. Et puis. Je me suis fait chier. J’étais littéralement perdue au milieu de nulle part. Dans des non-paysages. Des lignes droites qui traversent du rien. Des espaces infinis où il n’y a pas âmes qui vivent à des centaines de kilomètres. Un vide de tout.

J’ai bien cru que je ne tiendrais jamais six heures comme ça. J’avais les yeux fatigués et les paupières lourdes. Je regardais l’heure sans cesse. Les minutes me paraissaient être des heures. Comme à l’école. Et j’ai eu peur de m’endormir au volant. De ne pas être capable d’arriver jusqu’au bout. J’étais seule face à moi-même. Et je ne pouvais compter que sur moi-même. Je crois qu’à un moment, je me suis parlée à haute voix. Pour ne pas devenir folle. Ou alors justement parce que je devenais folle. Je devais juste m’occuper. Pour que le temps passe. Et puis finalement, le temps a passé.

Quand je suis re-rentrée dans San Francisco. Je me suis sentie si bien à nouveau. Je ne pourrais pas vous l’expliquer. Ni vous le décrire vraiment. Il y a certaines choses qui ne s’expliquent pas. Et c’est bien comme ça. J’ai fait le tour de la ville. J’avais envie de tout revoir encore une fois. Et de me rappeler ce que j’aimais tant ici. Et puis j’ai fini par aller m’allonger à Alamo Park. Tapez « Alamo Park » sur Google Images pour voir.

En fin d’après-midi, j’ai retrouvé mon seul ami qui habite ici. Et sa femme Monica. Ils m’ont emmené boire un verre dans un bar sur un toit. Et puis dans un autre bar mexicain. Et puis, à 4 heures du matin, j’ai repris ma voiture rouge. Dans la nuit noire californienne. Pour aller à l’aéroport. Je l’ai rendue avec un petit pincement au coeur, en vérifiant que je n’avais rien oublié dedans. J’ai récupéré ma valise et mon sac-à-dos. Et je me suis interdit d’être nostalgique. Juste efficace. Prendre l’avion. Dormir. Regarder des films. Vous écrire. Efficace.

Je vous embrasse bien fort,

Camille

Laisser

un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.