Pourquoi je ne peux pas m’empêcher de juger ?

31.08.15

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Saaaaalut Paris ! Comment ça va Paris ? Ouais, Wouh, Yay.

Je suis de bonne humeur. Je reviens d’un mariage. J’adore les mariages. Je vous raconterai peut-être plus tard. Pour l’instant. Je dois vous dire. Que. Je me sens conne. Je me sens très conne. Je me sens si conne. Attendez que je vous raconte.

Vous vous rappelez. A Los Angeles. J’ai (gentiment) (atrocement) descendu un mec qui avait une tige bizarre sur la tête. Et c’est là que je vais voir si vous êtes des lecteurs assidus. J’ai même fourni une photo à mon argumentation sous la légende « Cadeau ». Pour les derniers de la classe, c’est à lire ici.

Je disais donc à quel point cet homme avait l’air con avec sa tige sur la tête. Qu’il l’avait poussé beaucoup trop loin dans le ridicule. Qu’il avait l’air insupportable. Qu’il faisait partie de toutes les choses que je détestais à Los Angeles. Et encore tout plein de trucs super sympas dans le même genre.

Figurez-vous. Que. Cet homme s’appelle Neil Harbisson. Je le sais parce qu’on me l’a fait remarquer. (Yohan, je te salue) (Je te remercie d’être le plus grand geek que je connaisse). Neil Harbisson est un artiste contemporain. Mais surtout. Neil Harbisson est achromate. Il est né sans pouvoir distinguer les couleurs. Il voit la vie en noir et blanc. Sa tige sur la tête. Est un oeil cybernétique qu’il s’est fait greffer afin de pouvoir entendre les couleurs. Chaque couleur émettant une fréquence sonore propre. Si vous avez envie d’en savoir plus, vous pouvez faire des recherches, hein. Il a fait une conférence Ted pour expliquer tout ça.

Voilà. Donc. On n’aurait pas pu m’annoncer pire. C’est comme si je m’étais moquée de la démarche d’un mec qui porte des prothèses de jambes. Ou de la mauvaise prononciation d’un malentendant. Je me sens conne. J’ai honte. Je me sens conne.

Pour ma défense. Si vous regardez une ou deux vidéos de lui. Vous verrez qu’il a quand même un peu l’air insupportable. Un tout petit peu. Non ?

Bref. Donc. Je vous faisais des belles leçons sur le jugement. A quel point le jugement n’existait pas à San Francisco. Que c’était un modèle de vie. Que c’était une liberté incroyable de ne jamais se sentir jugé nulle part. Qu’on devrait tous vivre ensemble et en communauté plutôt qu’individuellement et en concurrence. Tout ça. Et me voilà. Paf.

Je me rends compte. Que je juge constamment malgré moi. Tout ce qu’il y a autour de moi. Que j’ai été élevée au jugement. J’en ai bouffé dans mon biberon. Comme si c’était dans mon ADN. Dans ma culture. Dans notre culture. Notre chère France. Et même si j’ai l’impression et surtout l’envie de m’en détacher le plus possible, c’est un réflexe constant. Je juge.

Je n’ai pas encore eu le temps de beaucoup réfléchir sur le sujet. Un peu bien sûr, vous me connaissez. Mais pas assez. Pour l’instant. Je me dis. Que nous jugeons pour nous rassurer nous-mêmes. Comme un moyen de nous comparer aux autres. De mesurer notre vie par rapport à celle des autres. Le jugement n’est pas gratuit. Il sert personnellement celui qui le fait. C’est une démarche purement égoïste. Je te juge pour me confirmer que tu n’es pas mieux que moi.

Nous jugeons tout. Tout le temps. Du détail insignifiant. Comme la couleur d’un vernis à ongles. Oh mais mettre du vernis bleu turquoise à cinquante ans, c’est vraiment mauvais gout. Pardon, mais qu’est-ce que ça peut te fouttre en fait ? A des éléments bien plus importants. Comme la manière de comprendre et de mener sa vie. Oh mais tu ne crois pas en Dieu, tu n’as vraiment rien compris. Pardon, mais ça va pas changer ta vie que je sache alors lâche-moi.

Si encore le jugement était constructif et bienveillant. Il serait utile et nous permettrait tous de nous tirer vers le haut. Mais, vous le savez comme moi, le jugement est méchant. Plus c’est méchant et plus ça fait du bien. Je te descends pour me faire monter. Laisse-moi te marcher sur la tête pour arriver plus haut plus vite. Je caricature un peu. Mais je ne suis pas très loin de la vérité.

Saviez-vous que les étrangers avaient peur d’arriver à Paris ? Qu’ils préparaient leur valise des mois à l’avance. Qu’ils allaient acheter des vêtements en conséquence. Pour ne pas se sentir « mal-regardé » quand ils marcheront dans les belles rues de notre capitale.

Le jugement est anxiogène. Il nous empêche de vivre normalement et complètement librement. Nous nous habillons pour ne pas être mal jugé. Nous nous comportons pour ne pas être mal jugé. Nous menons des vies en pensant à l’avance à la manière dont nous serons jugés.

J’en ai marre que la mégère de la voiture d’à-côté me dévisage au feu rouge. En se demandant qui peut bien conduire cette Smart noire immatriculée 75. T’es moche, arrête de me regarder. Ah ah. Pardon. Non mais si encore, elle me regardait pour me faire un sourire. Ou me dire bonjour.

(Je vais faire ma relou qui reviens des Etats-Unis et qui pense avoir tout compris) (je préviens) (ne m’en voulez pas) (merci d’avance). Vous voyez, les américains. Quand ils te regardent, c’est pour te faire un sourire et te dire bonjour. « Hey, how are you ? » Est leur phrase fétiche. Et aussi « Have a good one ». Ils discutent. Ils te considèrent. Ils s’intéressent. Ils sont ouverts. Ils en ont rien à taper que tu portes un jogging violet pas assorti à tes baskets oranges. Ils voient l’humain avant de voir le matériel.

Bref. Je vous dis ça. Mais je suis la première à juger. Je fais des efforts constamment. Pour que cela ne soit plus un mauvais réflexe. Mais il est vrai aussi que je me sens jugée constamment et qu’il est dur de ne pas juger les gens qui nous jugent. Mais il faut montrer l’exemple, pas vrai ?

Montrons l’exemple. Arrêtons de nous mettre en compétition les uns avec les autres. Il y a assez de place pour tout le monde ici-bas. Et nous avons tant à apprendre de chacun. Je suis sûre que Neil Harbisson aurait eu plein de choses à m’apprendre. Si au lieu de me fouttre de sa gueule et de sa tige métallique, je m’étais intéressée au pourquoi. Ne pas prendre les résultats pour ce qu’ils sont mais chercher à en comprendre le processus.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous jugez aussi ? Est-ce que vous vous sentez jugés souvent ? Racontez-moi. Que je me sente moins seule. Et moins conne !

Je vous embrasse toujours bien fort,

Camille

Les

commentaires (1)

Day 21 – Je déteste Los Angeles - CAMILLE'S BREATH
31 août 2015
[…] Ajout du 31 aout 15 : S’il vous plait, pour le bien de ma conscience, il faut que vous lisiez tout de suite cet article-là : « Pourquoi je ne peux pas m’empêcher de juger ?«  […]

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