La fierté est-elle toujours mal placée ?

03.11.15

la fierté est-elle toujours mal placée - camillesbreath

C’est un sujet sur lequel j’ai envie d’écrire depuis longtemps. J’ai commencé, plusieurs fois. Mais je ne sais jamais vraiment par quel bout le prendre. C’est ce genre de sujet où quand j’arrive à la fin de mes arguments, je trouve des contre-exemples. Je m’embrouille toute seule derrière mon ordinateur. Je réfléchis. Je m’engueule. Je réfléchis. Je m’énerve. Ca m’énerve. C’est énervant. Je voudrais vous parler de fierté.

Je l’ai déjà évoqué une fois ou deux. Notamment quand je parlais de pleurer de fierté. Pleurer de fierté, larmes d’accomplissement. Il s’agissait là de fierté de soi-même envers soi-même. Lorsqu’on atteint ses objectifs ou qu’on sort de sa zone de confort ou qu’on surmonte ses peurs. Ce genre de choses. Cette fierté-là est intime et personnelle. Je suis fière de moi. Elle ne concerne que le profond de nous. Et elle ne m’intéresse pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de la fierté que nous avons envers les autres. De cette projection d’ego que nous mettons entre nous et les autres. Et qui nous empêche de faire les bons choix, parfois.

Nous avons tous déjà vécu des conflits. Nous avons tous déjà fait des erreurs. Oui oui. Nous avons tous déjà fait de la peine à quelqu’un, eu tort, crié pour rien, pleuré pour tricher, menti pour cacher. Oui oui. Nous sommes humain, nous ne contrôlons pas toujours nos émotions. Aussi nous avons tous déjà subi les erreurs de quelqu’un. C’est plus facile dans ce sens-là, hein ? Nous avons tous déjà eu de la peine, été déçus, trahis, jugés, spoliés, volés, dépossédés. Ok, je m’arrête là. L’autre n’a pas toujours la réponse qu’on en attend. Pas besoin de m’attarder là-dessus plus longtemps.

J’ai eu tendance à être très fière quand j’étais plus jeune. J’ai perdu beaucoup de temps, beaucoup d’énergie et surtout, beaucoup d’amis. Parce que je n’avais pas la capacité à prendre du recul sur les situations que je vivais. Et surtout, parce que je n’avais pas la capacité à m’excuser. Je ne savais pas m’excuser. Je ne savais pas dire pardon. Je ne pouvais pas admettre mes torts. C’était plus fort que moi. C’était impossible pour moi. Aussi, je ne savais pas pardonner. Ca va généralement ensemble. J’étais excessivement entière et outrageusement extrémiste. Une erreur était une erreur. Comme dans une équation mathématique. Quand il y a une erreur, le résultat n’est pas bon. Une erreur fausse tout le problème. C’est irréparable. Je sortais les gens de ma vie aussi vite que je mangeais des M&Ms. Et j’adore les M&Ms.

En grandissant et en comprenant mon penchant, j’ai eu tendance à passer à l’extrême opposé. J’ai commencé à considérer mes proches comme la chose la plus importante de ma vie. Je n’ai plus eu aucune fierté avec les gens qui comptaient pour moi. Je me disais souvent que je devais être plus intelligente que le conflit. Que ce n’était pas grave. Que rien n’était grave. La seule chose qui m’importait était de garder proches de moi, les personnes importantes de ma vie. J’ai appris à discuter, à expliquer, à pardonner et à m’excuser. J’ai appris à dire les choses que je ressentais. Avec ma famille, j’ai développé une peur panique du dernier moment. J’ai commencé à prendre le réflexe, après une dispute, de réaliser qu’il pouvait arriver quelque chose à ma mère, mon père ou mes frères à tout moment. Et que je ne pouvais pas laisser une situation de conflit s’installer. Jamais plus de quelques heures. Quelqu’en soit le sujet.

Passer d’un extrême à l’autre n’est jamais vraiment une bonne idée. Pourtant. Ma deuxième tentative était bien sûr, comme vous pouvez l’imaginer, bien plus fructueuse que la première.

La question que je me pose aujourd’hui. Est une question de limites. Si nous n’avons plus de fierté avec nos proches. Comment savoir où se trouvent les limites ? Existent-elles ? Et si oui, quelles sont-elles ?

Dans certaines situations. Il arrive que la parole ne suffise pas. Que la discussion ne suffise plus. Comment savoir, à ce moment-là, si la distance qui s’installe entre deux personnes est une distance de fierté ou d’incompatibilité ? Et doit-on tout pardonner ?

Mon premier réflexe, et le vôtre aussi j’imagine. Serait de dire non. Bien sûr que non, on ne peut pas tout pardonner. J’imagine les situations les plus tragiques, les trahisons les plus terribles. Je ne pardonnerai jamais ça. Et pourtant. Je suis sûre que c’est ce qu’une femme trompée aurait aussi dit avant d’être trompée et de pardonner. Combien de femmes battues pardonnent et restent dans leur mariage ? Combien de meilleures amies se sont fait les pires crasses et sont toujours proches comme des soeurs ? (Messieurs, pardon pour mes exemples orientés, je serai ravie que vous me parliez de vos problèmes !).

On ne sait jamais ce que cela fait avant d’y être vraiment confronté. Mais je me dis de plus en plus souvent. Que nous devons tout pardonner. Nous devons tout pardonner. Car chacun fait ce qu’il peut ici-bas, pas vrai ? Avec les dispositions qui sont les nôtres à un moment donné. Avec les vies qui sont les nôtres. On fait de notre mieux, même quand on fait des erreurs. Pardonner. Pas pour la personne en face, ni pour ce qu’elle a fait. Mais pour nous. Pardonner pour que cela ne devienne pas un poids. Pour avancer. Et ne pas garder des rancoeurs, des colères ou des tristesses inutiles.

Vous avez vu ‘Human’ de Yann Arthus Bertrand ? C’est un film magnifique. L’un des premiers témoignages est celui d’un homme qui a tué une femme et un enfant. Il parle de sa vision de l’amour et l’évolution de celle-ci tout au long de sa vie. Et de la révélation qu’il a eue lorsque la mère de la femme qu’il avait tuée, lui a dit qu’elle le pardonnait. Il explique à quel point ce pardon a changé sa vie et sa définition de l’amour. Elle l’a pardonné. Simplement parce qu’elle ne peut pas garder une telle haine en elle. Elle a déjà assez perdu pour ne pas avoir à se perdre elle-même.

Si cette femme-là a la force de pardonner, nous l’avons aussi.

Pardonner. Et puis. Ne pas être fier avec les gens qu’on aime. La fierté est toujours mal placée. La fierté n’a jamais servi personne. Apprendre à dire « Je suis désolée » et « Je te pardonne ». Prendre le temps qu’il faut pour ça. Rien ne presse. Ne pas perdre les gens qu’on aime par ego. Se demander ce qui compte le plus. Ouvrir la discussion et s’exprimer. Même si on ne se comprend pas, se donner les moyens d’essayer.

Après ça. Bien sûr, libre à nous de couper les ponts. Ah. Je te pardonne mais je pense que nous sommes différents et que nous n’avons pas la même vision des choses. Paf, et voilà. Je m’excuse mais nous en resterons là. Comprendre qui sont les gens qui nous font du bien. Comprendre que tout le monde n’a pas la capacité de s’excuser. Comprendre que ce sont les différences qui font la beauté de ce monde. Comprendre qui sont les gens qui nous font du bien. Et ceux, au contraire, qui sont trop différents de nous. Il y a des personnes qu’on garde dans nos vies par la force des années et qui n’évoluent pas comme nous. Il y a celles sur lesquelles on se trompe. Celles qui nous déçoivent et nous blessent. Les relations humaines sont si compliquées. Mais je suis convaincue qu’au fond de nous, nous avons toujours la réponse. Souvent, les personnes qu’on décide de ne plus voir. Ne nous manquent pas à la fin du compte. Car, inconsciemment, on le savait déjà. On le savait déjà mais on avait besoin de plus de preuves. Et voilà.

Plus facile à dire qu’à faire. Je sais. Je vous avais prévenus. Les contre-exemples, tout ça.

Des bisous

Camille

Les

commentaires (1)

nini
11 novembre 2015
Trop beau ❤️️

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un commentaire

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