J’en ai ras-le-cul de savoir ce que vous pensez.

20.11.15

J’en ai ras-le-cul de savoir ce que vous pensez. Je vous entends d’ici : Oh Camille, la liberté d’expression quand même. Il faut laisser les gens s’exprimer, communiquer, partager leurs ressentis. Tout ça. Oui, oui. Faites. Mais sans moi.

Je sais pas pour vous. Moi, en ce moment, j’ai ce besoin irrépressible de discuter avec des gens, de rencontrer des gens, de me rappeler ce qu’est le contact humain, la discussion, le partage, la vie quoi. Mais bien sûr, toutes les conversations commencent par le même sujet. Qu’est-ce que tu en penses toi ? Colère. Tristesse. Théories en tout genre. Critiques du gouvernement. Propos extrémistes. C’est toujours le même schéma. Et sincèrement, je peux plus écouter.

Je vomis mon Facebook. Ce n’est pas contre vous. Je vous aime tout le reste du temps. Mais là, je peux plus. Je peux plus vous lire. Au début, c’était important de savoir ce que vous pensiez. Qui a partagé quoi. Qui rallie qui. Qui a vécu quoi. J’étais à deux doigt de répertorier tout ça dans un tableau Excel avec des cases en couleurs. Je pense que nous avons tous pleuré devant notre page Facebook cette dernière semaine. J’ai pleuré devant mon écran. J’ai passé des heures et des heures à lire. A lire encore. A lire. A regarder des vidéos, des interviews. Des sites bien louches, des petits blogs. Tout y passait. Soif d’informations.

A la fin du compte. On sait juste qu’on n’est pas plus avancé. On ne sait rien. Personne ne sait rien. Mais tout le monde croit savoir. On se rassure avec des poèmes. Des « je vais en terrasse ce soir ». Des « continuons à vivre ». Des photos de profil tricolores. Des chansons. Et des blagues.

La vérité. C’est que je flippe. Comme vous. Je me dis, au fin fond de moi, que peut être la vie qu’on a connu n’existera plus jamais. Je me dis que je n’ai aucun contrôle sur ce qui va arriver. Je me dis que je n’ai pas assez profité de tout ce qui s’offrait à moi quand j’en avais encore la possibilité. Je me dis que je ne sais rien. Et c’est bien cela le pire.

Nous sommes sur-informés. En continu. Partout. Tout le temps. Tout le monde parle. Tout le monde communique. Tout le monde partage. Mais personne ne dit rien. Je n’ai pas envie de participer à cela. Je suis sensible et concernée mais je n’ai rien à vous dire sur le sujet. Je ne suis pas experte en politique étrangère, ni en stratégie de guerre, ni même en sociologie religieuse. Je n’ai pas envie de comprendre comment fonctionnent ces gens. Je n’ai pas envie de comprendre à qui incombe la faute. A quoi cela me servirait ?

Nous vivons dans le monde que nous avons pour nous. Nous n’avons pas le choix que de le supporter, le porter, le faire évoluer du mieux que nous pouvons. Ca craint. Oui, ça craint grave même. On se sentait épargné de tout ça. De la guerre et de l’horreur. Je me sentais épargnée. Je ne connaitrais jamais ça. Parce que nous avons compris. C’est ce que je me disais. Je vis dans une époque où l’homme a compris que la guerre n’était pas la réponse. C’est ce que je me disais.

Finalement. Je pense que je vis la plus grande déception de ma vie. Mon optimisme en a pris un coup. Ma croyance profonde en la bonté de l’homme en a pris un coup. Ne pas baisser les bras, jamais.

Bien sûr, en étudiant les guerres à l’école, on s’est toujours imaginé qu’on ferait partie des gens biens. De ceux qui font changer les choses. Des résistants. Alors, et maintenant ? Jean Jacques Goldman chantait « Et qu’on nous épargne à toi et moi, si possible très longtemps, d’avoir à choisir un camp ». On y est. On le choisit notre camp. Et ne pas croire qu’il n’y en a que deux, des camps. Non. Dans mon Facebook, il y en a au moins dix.

Je n’ose plus parler à mes voisins ou même au commerçant en bas de chez moi. Je n’ai pas envie de savoir ce qu’ils pensent. Je n’ai pas envie de changer l’image que j’ai d’eux. Je n’ai pas envie de les mettre dans une des cases qu’on nous force à rejoindre. J’ai peur qu’ils disent des horreurs.

Finalement, j’ai ce sentiment. Que dans cette période où nous devrions être solidaires comme jamais. Nous sommes de plus en plus méfiants. Parce que c’est vraiment important. Parce qu’on ne sait pas ce qui nous attend. Parce que nous sommes impuissants.

Aujourd’hui, je vous écris pour vous dire que je suis perdue. Au milieu de tout cela. Je retrouverai mon chemin. Bientôt. Quand j’aurai retrouvé mes repères. Et j’espère que la paix en sera toujours le principal.

Je pense à vous.

Camille

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