Détox virtuelle J+7 – Détachement

13.12.15

detox virtuelle J+7 - détachement - camillesbreath

Scénario. Vous rencontrez une personne. Dans la rue. Dans un café. A un anniversaire. Au mariage auquel vous n’aviez aucune envie d’aller. Ou sur Meetic. On est ouvert à tout, ici. Vous rencontrez cette personne. Et vous avez ce feeling. Ce ressenti que vous ne vous expliquez pas. Il n’est pas si beau. Elle n’est pas si drôle. Il n’est pas vraiment comme vous vous l’imaginiez. Et pourtant, il se passe quelque chose. C’est inévitable. Il y a cette connexion. Comme si vous vous étiez aimé dans une autre vie. Comme si vous aviez toujours vécu l’un à côté de l’autre. Comme si vous vous connaissiez déjà. Au bout de 7 jours, vous avez déjà changé la vie l’un de l’autre. Et vous avez cette impression d’avoir oublié ce que c’était avant lui (elle). Finalement, votre vie n’a jamais été autrement.

Eh ben voilà. Ca fait 7 jours que j’ai rompu avec les réseaux sociaux. Et que je vis le phénomène inverse. Ah ah. Je n’ai pas accueilli une nouvelle personne merveilleuse dans ma vie. Mais plutôt j’en ai sorties des centaines de mon quotidien. Et bizarrement, je ressens ça. Comme si ma vie n’avait jamais été autrement.

Je sais, vous êtes déçus. J’étais bien partie pour vous raconter une belle histoire d’amour comme on aime les lire et les imaginer. Un jour promis, je vous écrirai un roman à l’eau de rose. Où tout le monde est si heureux, si bienveillant et si aimant. J’en ai déjà mal à ma réalité. Mais passons pour l’instant.

Je trouve cela étrange par moments. Pourquoi est-ce que cela ne me manque pas ? Tous ces gens, ce partage, ces informations ? Je me dis que c’est peut-être parce que tout ce qu’on partage, tout ce qu’on a l’impression de donner dans le virtuel. Ne nourrit pas nos relations. Je ne me sens pas plus proche de vous quand vous changez votre photo de profil ou partagez une photo de vos vacances. Et inversement. On ne partage pas pour les autres. On partage pour soi, bien sûr. Finalement. Un flux Facebook, un flux Instagram, c’est un mélange de tout ce que les gens ont envie qu’on voit d’eux. C’est du filtré, du choisi, du bien choisi pour faire plaisir à son égo. Et ça, cela ne me manque pas.

Je ne me sens pas plus seule. Parce que les conversations que je n’ai plus sur Facebook, je les ai ailleurs. Il y a toujours un moyen de joindre les gens qu’on a envie de joindre. Il se peut que j’ai loupé un ou deux diners, une fête ou un concert. Aussi quelques anniversaires, et j’en suis désolée si c’est le cas.

Vous savez. Je me rappelle quand j’étais petite. A l’école primaire. Je connaissais par coeur les anniversaires de mes copines. On les écrivait dans nos cahiers de texte, dans nos agendas. Je me rappelle encore les dates précises des anniversaires de mes meilleures amies de l’époque, elles sont restées gravées dans ma mémoire. Même si j’ai perdu contact avec elles. Cela fait un peu souvenir de dinosaure, j’en ai conscience, mais j’assume. Oui, les gens de ma génération se reconnaitront.

Aussi. Je me dis que cela ne me manque pas. Parce que c’est encore le début, hein. 7 jours sur 25, ça fait moins d’un tiers ça. Forcément, c’est facile encore de se la raconter. Non, vous me manquez pas. Oui, j’adore la vie loin du virtuel (moi qui ai eu AIM avant même d’avoir 12 ans, un compte Caramail et des milliers d’amis virtuels dans mon adolescence). Et je dois le dire, heureusement que mon téléphone est tout neuf. Sinon je l’aurais balancé plus d’une fois tellement il m’est inutile. Qui téléphone encore de nos jours ?

Aussi. C’est vrai. Que j’ai l’air con parfois. Je déconnecte dans quelques conversations. Pas au courant des derniers buzzs, des dernières nouvelles. Je vis comme dans une bulle où l’information ne me parvient plus.

Et j’ai surtout eu l’air con, il y a deux jours, pendant un entretien. Où on m’a demandé quelles étaient mes sources d’inspiration. Et mes comptes Instagram préférés. Alors, c’est-à-dire que… J’ai bien tenté de lui vendre ma retraite virtuelle comme une expérience sociologique pour le bien de mon analyse. Ce qui est un peu vrai aussi. Mais pas très crédible, de nos jours. Je crois.

Enfin bref. Tout ça pour vous dire. Que je tiens pour l’instant. Je suis dans ma phase de théorisation du processus. Je parle davantage aux gens dans la vraie vie, je traine encore plus longtemps dans les libraires. Et aussi, j’ai fait une démarche pour parrainer un enfant dans un pays en difficulté. Ne me demandez pas le rapport.

Si je craque, vous serez les premiers au courant. Parole de scout.

Je vous laisse. J’ai plein de trucs à faire (= plein d’épisodes d’une nouvelle série à regarder).

Chaque jour de plus est un jour de moins.

Votre dévouée, Camille

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