Stockholm – Day 1

18.12.15

Je vous écris de la chambre 419 du Story Hotel de Stockholm. Hotel digital. Aucun humain en vue. J’ai fait mon check-in sur un ordinateur à l’entrée. J’ai reçu le numéro de ma chambre et un code. Le code m’a permis d’entrer dans l’ascenseur. De monter au 4ème étage. Et d’accéder à ma chambre. Pas de clé. Pas d’humain. Pas de vie. Mais une chambre très cool. Et vous savez ce qui est le plus cool, le carrelage chauffant de la salle de bain.

Je suis très bien dans ma chambre. La seule chose qui m’angoisse. C’est le froid qui règne dehors. Le froid me terrifie. Je me dis que s’il arrive quelque chose dans la nuit et que je doive sortir en urgence sans avoir le temps de prendre mes trois pulls, ma doudoune, mon manteau et mon écharpe. Je ne m’en remettrais pas. Je préférerais qu’on me retrouve morte sur le carrelage chauffant de la salle de bain. Quelle invention de génie.

J’ai pris l’avion ce matin à 9h35. Qui dit avion à 9h35 dit réveil à 6h. J’ai ouvert les yeux alors que les vieux de l’immeuble d’en face n’avaient même pas encore repris connaissance. Tout était mort et noir et nuit. Yeux qui piquent. Tête qui tape. Estomac qui cogne. Je suis à l’âge où on se rend compte à quel point on vieillit de jour en jour. J’aurais bientôt une canne super classe en bois ciselé avec un manche en argent incrustée de turquoises. Je m’aimerai bien, en vieille dame aux cheveux blancs, je crois.

J’arrive à l’aéroport en avance. J’ai le temps de boire un jus d’orange hors de prix et de commencer mon livre de 1005 pages (pas une blague). Je ne croise aucun miroir, je me sens livide. Je monte dans l’avion et j’ai une place côté fenêtre. Cool. A ma droite, un suédois blond qui a l’air de sortir tout droit d’une station météorologique du Pôle Nord. Grosse carrure, pull en polaire bleu marine plein d’écussons, treillis beige plein de poches, chaussures de randonnée version montagne. Il prend de la place mais il est respectueux et n’arrête pas d’enlever son coude de l’accoudoir pour que je me sente à l’aise. A sa droite, un indien occidentalisé, c’est-à-dire un homme à la tête d’indien mais au corps de mec banal français. Il lit un livre sur son IPad et est hyper concentré. Ils sont tranquilles et accueillants et calmes, comme on peut l’être dans moins de trois mètres carrés à trois. Mais bien sûr, ils n’ont rien de Brad Pitt. De près ou de loin. On nous sert une pizza à la dinde et au fromage. A 10h30 du matin, normal. Plutôt vomir. Je suis dans mon livre. Page 54. Un long chemin me reste à parcourir.

L’avion atterrit en avance. Je me dirige vers la sortie. Tout est écrit en suédois. Langue vraiment impolie à voir et à entendre. C’est comme si cela gênait dans mon champ de vision et dans mon esprit. Des accents bizarres. Des enchaînements de consonnes sans fin. C’est vraiment perturbant de voir des mots qu’on ne peut ni lire ni prononcer.

Je passe la porte des Arrivées. Et mon nom est écrit en gros sur une pancarte. Je me sens si attendue, et désirée. D’autant plus désirée qu’il y a en fait deux pancartes à mon nom. CAMILLE, en majuscules. C’est bien moi, je suis là. Je ne sais pas vers qui me tourner. Trop de propositions. Trop de demandes. Je suis surpassée. Ne vous battez pas, j’irai au plus offrant. Je n’ai aucune idée de l’adresse où je vais. Je suis complètement assistée sur ce coup-là. Le plus vieux des deux chauffeurs me raconte un truc (je ne sais plus vraiment quoi, je n’écoutais pas vraiment) et me dit que c’est lui que je dois suivre. Je m’exécute.

Je m’assois à l’arrière de ce taxi noir, où tout est noir et sombre. Il fait gris. Il pleut. Un gris pâle, presque blanc. Comme si personne n’avait rien à exprimer ici. Comme si tout était vide. J’adore découvrir des choses, des gens, des pays, des cultures. Tout, je suis curieuse de tout. Mais moi j’aime bien les couleurs et la chaleur. Moi je suis frileuse. Le froid est synonyme de tristesse dans mon monde. Je trouve ces paysages tristes. 30 minutes de taxi. 30 minutes de paysages tristes.

J’arrive enfin à l’agence. Je suis ici, à Stockholm, pour travailler. Avec une agence de stratégie musicale. Imaginez des geeks de la musique, qui connaissent chaque courant, chaque artiste paumés de chaque contrée, et qui conseillent des marques. Les marques ont aussi envie de s’exprimer en musique, la musique qui accompagne leurs films publicitaires, la musique qu’ils diffusent dans leurs magasins, les collaborations qu’ils font avec des artistes. Tout ça et encore d’autres choses.

J’arrive enfin à l’agence. Je suis stressée, je crois. De vivre ces deux jours ici, avec eux. Mais aussi super excitée. De vivre ces deux jours ici, avec eux. Johan m’accueille. Il est grand, blond, les cheveux longs, plus longs que moi, il sourit tout le temps. Il me présente toute l’équipe. J’ai toujours été nulle pour retenir les noms des choses et les prénoms des gens. Autant vous dire que là je n’ai même pas compris comment ils s’appelaient. Ce n’était que des sons que je ne pouvais pas reproduire. J’ai dit bonjour, nice to meet you. J’ai souri et c’est passé. Tranquille. Femme du monde. Ils sont huit. On va bien se marrer, c’est sûr. Je comprends presque tout ce qu’ils disent. Même si je ne comprends pas bien ce que je fous là alors que j’y connais que dalle en musique.

Ils me demandent ce que je veux manger. Je bafouille. Ils commandent des sushis. Des sushis suédois. A peu de choses près identiques aux sushis français mais avec des petits trucs en plus. Des sauces dedans. Des sauces dessus. Des fioritures nordiques.

On s’est installé dans le salon, autour d’une table basse. On s’est raconté nos vies. On a ri, on a pleuré. (Si vous reconnaissez de quelle chanson ça sort, vous gagnez un cadeau pour Noël, promesse tenue. Maman, tu joues pas.). On s’est raconté nos parcours plutôt. Ce que chacun faisait, ce que moi je faisais là. Ils sont cools. Ils sont hype. Ils ont tous des casques Marshall à proximité des oreilles. Et des noms imprononçables. Je raconte mon histoire. Comme dans un cercle de parole. Et elle prend une toute autre tournure en anglais, je n’utilise pas les mêmes mots, je ne dis pas les mêmes choses, je sors de mon blabla habituel. Oh mon Dieu, je suis une autre personne en Suède.

Après déjeuner. Je passe une heure avec Sari. Elle est blonde et fine. Elle a les cheveux si longs et si raides. Elle est grande. Elle porte une robe chemise noire, des collants noirs, des boots noires. Elle est la suédoise que j’ai toujours imaginé. Elle est hyper attentive et ouverte. Elle prend le temps de m’expliquer tout ce qu’elle fait dans les détails. Et elle porte un nom de costume traditionnel indien, bien sur que je ne suis pas là par hasard.

Et petit à petit, on change de sujet. On se raconte nos vies, pour de vrai. Je lui montre des clips de pubs qui m’ont marquée. Je lui fais découvrir des artistes français que j’adore (la liste est très courte). Elle m’épate. Elle a une connaissance infinie, c’est un iTunes vivant. Elle passe presque tout son temps à chercher de nouveaux artistes. A écouter des milliards de trucs. Elle écoute de la musique toute la journée. Et elle est si passionnée qu’elle en écoute même quand elle rentre chez elle. Ce qui est sûr, c’est que je ne jouerais jamais au Blind Test avec elle.

Je retrouve ensuite Johan et Teresa. Ceux que j’ai rencontrés en premier. Ceux qui m’ont demandé de venir les voir à Stockholm pour bosser avec eux. On se pose dans une salle de réunion si cool qu’elle a plus la dégaine d’un salon d’artiste rangé. On discute stratégies. Et collaborations. Et clients. On discute des tendances à Paris. Des marques qui montent. Des clients à aller chercher. Je me concentre, je suis fatiguée par mon voyage, par mon réveil à 6h, par tout ce mélange d’émotions et par ma personnalité suédoise qui parle anglais. Au détour d’un sujet, Johan évoque la boutique Acne qui est au coin de la rue. Il est 17h et c’est à ce moment-là que j’ai déconnecté.

Je pense à Acne, à tout ce que j’ai envie de ramener. J’ai envie de refaire toute mon armoire. De faire sortir la suédoise qui sommeille en moi. Mais je vais plutôt m’écrouler sur le lit de mon hôtel digital. On va diner dans 20 minutes. Et après, on va à la Christmas Party d’Universal, tout le gratin musical  suédois bourré et déguisé en père Noël, ça va être drôle. J’ai 20 minutes pour respirer. Dormir. Regarder un film. Rêver. Planifier ma vie. 20 minutes, c’est juste le temps de monter ma valise, de boire un verre d’eau et de changer de chaussettes. 20 minutes, quoi. 

Je me caille les miches ici, mais c’est si cool. C’est suédois.

Cheers from Stockholm

Camille

Les

commentaires (1)

Sofie
23 décembre 2015
Trop canon ce séjour!! Et pour le jeu, ce serait pas ziggy? <3

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un commentaire

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