NY – Les coussins d’avion

23.02.16

Je suis à l’aéroport. Je rentre. Je pense que c’est le retour à Paris le plus triste que je n’ai jamais connu. Quoique j’ai acheté un coussin d’avion. Le truc rond moche qui ressemble à un siège orthopédique. L’espèce de boudin mou dans des couleurs improbables. Genre rose fluo. Tout est moche dans ce truc. Le tissu est moche. La forme est moche. Le rembourrage a l’air moche. Même les gens qui l’accrochent à leur sac cabine sont moches. Ils ont l’air coincé et chiants. Les gens qui accrochent un coussin d’avion à leur sac cabine sont prévoyants. Ils ne parlent à personne. Ils se mettent déjà en condition. Ils sont concentrés. Ils se la racontent.

Bien sûr. Je prends mon avion dans le terminal le plus pommé de JFK. Celui où il y a un McDo. Le McDo aux Etats-Unis, c’est là où tu ne vas jamais. C’est le KFC français. Et j’avais quelques dollars en poche. Et deux heures de temps. Dans un terminal pommé. Alors j’ai été essayé tous les coussins d’avion. Je vieillis.

Je suis triste de rentrer. J’étais à New-York pendant 5 jours. Avant de partir, tout le monde m’a dit que j’étais débile. Oui oui. Débile. De ne partir que 5 jours à New-York. Que je devais rester plus longtemps. Et moi, j’étais confiante. Mais pas du tout. Je connais très bien New-York, j’y ai habité. Je n’y vais pas pour voir la ville ou visiter ou faire du shopping. J’y vais pour voir mon frère. Et puis, je travaille hein les amis. Tout le monde pense que j’en fous pas une. Mais ouh là, vous êtes loin du compte. Il m’arrive de travailler de temps en temps. Et puis, je pense à plein de nouvelles choses pour 2016. Se venger de 2015. Faire de 2016 la meilleure des années.

Mais là. Je pense surtout à tous ces gens. Ceux-là même qui m’ont dit que j’étais débile. Je suis débile. En effet. J’aurais du rester plus longtemps. J’ai envie de rester plus longtemps. Attendez, je monte dans l’avion.

Non seulement, je pars du terminal le plus pourri. Mais je prends aussi l’avion le plus pourri. J’avais le même à l’aller. Un mini-avion. Avec des sièges en cuir. C’est vraiment une idée à la con de mettre des sièges en cuir dans un avion. Ca colle, tu transpires, tu glisses, tu as chaud. C’est le seul avion que je n’ai jamais pris où je crève de chaud. J’ai toujours froid en avion. Et aussi pas en avion d’ailleurs. J’ai trois pulls dont deux en cachemire. Je suis au bord de l’évanouissement. Sur le siège en cuir. Je sue à grosses gouttes.

Je vais devoir vous laisser dans trois minutes pour le décollage. Et vous reprendre en vol. Je suis à côté du hublot, j’ai au moins pu sauver ça. Et il y a un couple à ma gauche. Ils sont tout mignons et ils n’ont pas de coussin d’avion. Mais bien sûr, ce n’est encore ni Brad Pitt ni James Franco. Assis à ma gauche dans l’avion.

Mon frère est venu habiter à New-York en septembre. Et comme je suis du genre à toujours prendre les faits pour les faits, à ne pas me laisser atteindre par des choses sur lesquelles je n’ai aucun contrôle. Je ne voyais dans son départ que l’incroyable expérience qu’il allait vivre. Sans me demander une seconde comment j’allais le vivre moi. Il me manquait au quotidien, bien évidemment, mais je le ressentais comme un mal nécessaire sur lequel je n’avais aucune prise. Donc aucune raison de m’attarder dessus.

Et puis. J’ai pris mes billets pour aller le voir. J’adore voyager. Cela faisait un bail que je n’avais pas été à New-York. C’était son anniversaire. J’avais un peu d’argent de côté, ce qui est un exploit en soi. Aucun doute que c’était la bonne décision à prendre. Il était trop content. J’étais trop contente. Cinq jours à passer ensemble. Entre temps, ma copine de Sydney que je ne vois qu’une fois tous les dix ans m’annonce qu’elle me rejoint aussi pour quelques jours. Tout s’aligne. C’est l’excitation suprême.

Comme énormément de choses dans la vie, le manque est très paradoxal pour moi. C’est-à-dire que c’est en voyant mon frère, en passant autant de temps avec lui. Que je me suis rendue compte à quel point il me manquait. Pas seulement dans ma vie. Dans ma routine et mon quotidien. Mais dans mon coeur.

En nous voyant, ma copine de Sydney m’a dit. Je comprends pourquoi tu me parles tout le temps de ta famille. Vous n’êtes pas seulement proches. Vous êtes connectés. Et c’est en l’entendant que j’ai compris. Pourquoi je n’étais pas déjà partie habiter à l’autre bout du monde depuis des millénaires. J’y pense tous les jours. Partir vendre des glaces sur la plage à Bali. Tous les jours sans exception. Prendre mon ordinateur sous le bras et vous faire voyager avec moi. Et je ne suis jamais partie. Je voyage dès que j’ai du temps et un compte bancaire dans le positif. Mais je n’ai jamais réussi à ne pas rentrer.

Le bonheur n’est réel que s’il est partagé. On en a déjà parlé. C’est la conclusion d’Into the Wild. Même si je sais, je suis convaincue que. Les choses les plus importantes de la vie se réalisent quand on est seul. Ce n’est qu’en endurant la solitude qu’on apprend à se connaitre, à s’aimer, à se réaliser, à se rendre heureux. Soi avec soi-même. Mais ce n’est qu’avec les autres que la vie vaut le coup. Alors autant la vivre avec les gens qu’on aime le plus au monde, pas vrai ?

C’est le retour à Paris le plus triste que j’ai jamais connu. Car, même si je reviens avec une incroyable paire de boots Pierre Hardy dans ma valise – je vous en reparlerai très certainement très vite -, j’ai laissé une petite partie de moi à New-York. Une petite partie qui a l’air très heureux de vivre sa vie là-bas. Alors moi je suis très heureuse pour lui et très triste pour moi. C’est toujours le schéma. Heureusement que j’ai deux autres frères à retrouver à Paris.

Je vous laisse maintenant. Le couple à ma gauche me regarde comme si je venais de me faire larguer par mon mec. Avec cet air d’apitoiement terrible. La pauvre fille qui pleure dans l’avion collé à son hublot. La fille vient de me donner un mouchoir, fort utile, fort gentil, fort prévoyant. Mais aussi fort pitoyable. Il est temps pour moi de me plonger dans un film. Deux films. Dix films.

Je vous embrasse bien tendrement. Comme toujours.

Camille

Les

commentaires (2)

Michèle Benhamou
23 février 2016
Chère Camille, L'authenticité de ce texte me ravit. C'est beau....le soleil dans ton coeur....l'attachement aux tiens et la joie de mieux se connaître intrinsèquement d'où tes précieux écrits, cet intérieur qui vibre...plein de sagesse, ses larmes qui surgissent de ta peine exprimée et toute cette beauté qui est la tienne et que nous apprécions... Vive ta curiosité....tu vois...elle te promène sur de beaux chemins, quels qu'ils soient...Je me suis encore régalée.
Camille
23 février 2016
Merci pour ton commentaire qui me fait chaud au coeur. Des bisous

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