Bali – Day 1 – Paris, Bangkok, Bali

24.04.17

Je ne pourrais pas vraiment vous dire sur quel réseau horaire se trouve mon corps actuellement. Bien sûr, en cet instant, je suis à Bali. La nuit tombe doucement. Et avec elle, les bruits bizarres. Tous les bruits bizarres. Les oiseaux qui chantent. Le vent dans les feuilles de bananiers. Le bois qui craque. La clim qui saute. L’aération de la salle de bain. Les moustiques. Le chat qui miaule devant ma fenêtre. La jolie voisine balinaise (elle s’appelle Putu)(si ça c’est pas un sacré signe, poutou poutou) qui prépare son dîner. Au dehors la forêt qui m’entoure. Et puis, au dedans, une mouche qui se cogne dans la fenêtre, se cogne encore, et encore. Est-ce que la mouche qui se cogne dans la fenêtre ne serait pas une jolie métaphore des erreurs qu’on commet en tant qu’humain doté de conscience ?

La mouche se cogne dans la fenêtre, ne comprend pas, recommence, se cogne encore, recommence, se cogne toujours. On a tendance à la juger comme un être stupide. Tu vois bien que tu passes pas, pourquoi tu t’acharnes. Pour autant, il nous arrive si souvent de faire la mouche qui se cogne, et se cogne encore. Répéter les mêmes erreurs, ne se rendre compte de rien, recommencer encore, se promettre de ne pas recommencer, recommencer toujours. Être stupide. On a tous une petite mouche qui vit en nous. Et le pire, c’est qu’on l’aime bien.

Je suis à Bali. Depuis exactement quatre heures et deux minutes. (Accrochez-vous, je vais vous donner tous les détails de mon voyage à la minute près, ça va être passionnant). J’ai pris l’avion hier de Paris à 13h40. 10 heures et 30 minutes de vol pour arriver à Bangkok à 5h55 du matin, heure locale, dans un aéroport désert. Tout le monde dort à 5h55 du matin. Sauf moi.

Je pouvais prendre le problème dans les deux sens. Heure française, il était 00h55. Heure thaïlandaise, 5h55. Peu importe là où j’avais envie de me placer, j’étais foutue. Je devrais être en train de dormir. Foutue. Un peu comme les élections, peu importe où tu te places, tout est foutu. Personne n’a rien à dire. On répète les mêmes erreurs. On fait la mouche. Pas en train de dormir, je faisais le tour de l’aéroport. Super réveillée. Complètement seule. Comme si j’avais été enfermée dans un grand magasin aux heures de fermeture. Tout était à moi. Suspendu au-dessus du temps.

J’ai visité chaque recoin. Et l’âme en peine, quand y’a plus rien eu à voir, j’ai marché jusqu’à ma porte d’embarquement. Il me restait deux heures à attendre. Je me suis assise sur les chaises en cuir violet devant le comptoir. En super forme. Je voulais lire. Je voulais écrire. Je voulais finir la série que j’avais commencé dans l’avion. Vous connaissez le regain du dernier souffle ? On dit que juste avant de mourrir, quand on est très affaibli et très fatigué, on a un regain d’énergie. Comme si toute l’énergie qui restait dans ton corps se concentrait sur un dernier instant, un instant magique où tu te retrouves, où tu es toi à nouveau, où tu peux dire au revoir paisiblement et partir sans encombres. J’en étais au regain du dernier souffle. Regain d’énergie, tour de l’aéroport, motivation à son maximum. Et puis, doucement, tendrement, j’ai glissé. D’abord la tête sur mon sac. Puis mes jambes sur le siège d’à-côté. En moins de deux, je dormais profondément, allongée comme une réfugiée sur les banquettes de l’aéroport.

J’ai pris mon deuxième avion à 4h35 du matin, heure française. Versez une petite larme pour moi, merci. Quatre heures de vol et deux films plus tard, je suis à Bali. J’ai attendu ma valise pendant une heure (sinon ce n’est pas assez drôle). À cet instant précis, je crois que mon corps a eu envie de me laisser là. M’abandonner devant le tapis roulant, à attendre ma valise. Rentrer dormir, oublier toute cette histoire et ne plus jamais me revoir. J’avais les yeux si rouges que je ne voyais pas à 10 mètres. Bien sûr, c’est faux, je voyais très bien. Une tête beaucoup trop lourde pour mon cou. La peau transparente. L’épaule gauche disloquée. Et l’estomac vide. Archi-vide. J’ai rien mangé en 24 heures, je crois. À part deux abricots secs et trois amandes.

Je me demande toujours si ça arrive de se faire voler sa valise à l’aéroport. Je pourrais bien prendre n’importe quelle valise sur le tapis roulant. Partir avec. Personne ne saurait jamais que c’est moi. Dieu merci, personne n’a volé la mienne. Elle n’est pas non plus restée coincée sur un chariot maudit au fin fond de la Thaïlande. Je la récupère et je me casse, les gars. Je me casse de cet aéroport. Je me tire. Vous ne me reverrez plus jamais.

En sortant, je me suis revue à la sortie d’école primaire. Quatre heures et demi, la cloche sonne. Tous les enfants se précipitent vers la sortie. Où est ma mère ? Où est ma mère ? Qu’est-ce qu’elle m’a amené comme goûter ? Il y avait des tas de gens dehors. Avec des pancartes. Partout, des pancartes. Je regardais attentivement avec mes yeux rouges. Je cherchais mon nom. Je voyais les rencontres se faire. Mais moi je ne trouvais pas ma mère. Triste et abandonnée de tous, j’ai continué mon chemin. J’ai appelé Rudi, l’homme qui devait venir me chercher. Je n’ai pas compris un mot de ce qu’il a raconté. Anglais-balinais. Et puis, je l’ai vu traverser la foule, allure fière, en portant très haut une incroyable pancarte, la plus belle de toutes, avec écrit, en grandes lettres majuscules, ce mot si doux à l’oreille : CAMILLE.

Rudi m’a dit qu’on en avait pour 1h30 de route pour aller de l’aéroport à Ubud. 2h30 plus tard, on était encore dans la voiture. Il s’est finalement garé dans une petite cour si mignonne. Je me voyais déjà m’installer et boire un jus bien frais sur la terrasse. Il sort la valise du coffre et me dit qu’on ne peut plus continuer en voiture, il faut finir à pieds. Euh, quoi ? Pas longtemps, juste 20 minutes de marche. J’ai rattrapé mon corps du bout des doigts, pour pas qu’il foute le camps. Dernière ligne droite. Ne m’abandonne pas là. 20 minutes de marche, dont une montée sans fin, petit chemin en terre à travers les rizières, descente sans fin, escaliers. Maison. Maison de mes six prochains jours. Je suis enfin arrivée.

Peu importe l’heure qu’il est à Paris, à Bangkok ou à Bali. Peu importe qui est au second tour des élections et ce qui nous attend. Peu importe tous les bruits bizarres. Je vais me coucher.

Je vais me coucher. En espérant qu’il n’y ait pas un serpent sous l’oreiller.

Mon corps et moi, enfin surtout moi, on vous embrasse.

Camille

PS : La clim fuit, il y a plein d’eau qui coule par terre. Qu’est-ce que je dois faire ? Ne me dites pas de l’éteindre, il fait 35 degrés.

Les

commentaires (1)

Mélanie
24 avril 2017
Relâche tout, continue à écrire et fais toi du bien Cam !

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