Day 6 – Good Bye Bertha

29.04.17

IMG_2474

Vendredi soir, je suis rentrée à pieds sur le petit chemin entre les rizières dans le noir. Je n’avais pas vraiment le choix. Je ne me suis pas vraiment laissé le choix. Je déteste me sentir prisonnière d’une situation. Ne pas pouvoir rentrer chez moi sous prétexte qu’il y a quinze minutes de marche à travers les rizières dans le noir. N’est pas une excuse. Je vous rassure quand même, dès que je suis arrivée dans ma chambre, j’ai fait ma valise. Pour partir. L’idée de quitter cet endroit demain (et donc un jour plus tôt) me réjouit tellement que j’aimerais ne pas en dormir. Ou alors dormir très vite. Déjà me réveiller. Allez Camille, on s’en va.

En fait, je crois que. Je déteste la chambre où je dors. J’ai beau tourner le problème dans tous les sens. Bertha a été très accueillante, tout ça. Mais je suis toujours bloquée par le chemin loin, j’aime pas l’énergie des gens, je me sens pas bien ici. Rien à sauver. Je me casse. Je me casse. Youhou.

Pendant la montée à travers les rizières dans le noir. Je pensais à la maison de mes grands-parents à Roquefort-les-Pins, dans le sud de la France. Ils ont cette maison depuis l’année de ma naissance. Autant dire que j’y ai passé quasiment tous mes étés. La maison est en haut d’une colline, au bout d’une petite route à travers la forêt. Pour entrer dans la maison, il y a un grand portail, puis une immense côte à travers un immense jardin. Aujourd’hui, je pense que tout est beau et moderne. Mais quand j’étais petite, la route était plongée dans le noir.

Parfois, le soir, il fallait descendre les poubelles ou aller débloquer le portail. Descendre la route dans le noir. Remonter la route dans le noir. Je revois mon père, faire sa blague de père, encore et encore. Lorsque nous étions en bas, prêts à remonter, il partait en flèche. Allez, on se retrouve là-haut. Il a fait pareil quand il m’a appris à faire du ski. Il m’aidait à chausser en haut la piste. Et puis, il partait. Allez, on se retrouve en bas.

Pendant toute la montée à travers les rizières dans le noir, j’ai pensé à mon père qui m’attendait en haut du chemin. Continuer à avancer. Marcher plus vite. Ne surtout pas écouter les bruits dans les feuillages. Ni avoir peur des chiens errants qui me suivent en file indienne. Avancer. Continuer à avancer. Papa est en haut du chemin.

Bien sûr, mon père n’était pas en haut du chemin. Mais une fois que j’étais en haut du chemin, j’étais en haut du chemin. Je l’avais fait. J’avais fait la route à pieds dans le noir. J’étais arrivée. Prête à faire ma valise et me casser de cet endroit.

Vous pensez que je vais manquer à Bertha ?

Pendant qu’on est dans les confessions de la loose. J’aimerais vous dire que si vous ne voyez pas de photos de moi bronzée dans les rizières, ce n’est pas que je veux vous épargner ça. Au contraire. C’est juste que j’ai rarement été aussi moche de toute ma vie. (L’adolescence ne compte pas). Je crois que je fais une allergie au soleil. Je ressemble à Hitch. Même si bien sûr, il n’y a que moi qui le vois. Faire une allergie au soleil signifie littéralement que mon corps n’a pas vu le soleil depuis si longtemps qu’il ne se souvient même plus de ce que ça fait. Je ne rentre pas encore dans le débat « on mène des vies débiles », j’y reviendrai prochainement.

On peut mourrir d’une allergie au soleil ?

Comme j’ai trois journées à vous raconter. Je vais vous les raconter rapidement. Très rapidement. Je sais que vous en avez besoin pour votre équilibre de vie. Et comme je tiens à vous, je veux bien faire ça pour vous.

Par opposition, si le moment que je déteste le plus est la tombée de la nuit, mon moment préféré est le petit-déjeuner. C’est là que tout commence. Que je décide ce que j’ai envie de faire et qui j’ai envie d’être. Jeudi matin, j’ai pris mon petit-déjeuner dans un endroit qui s’appelle « Soma – High vibes organic foods », pas besoin d’en dire plus. Et je suis partie en direction de Kerobokan pour passer un peu de temps avec ma cousine Marie-Alexandra. Elle vit à Bali depuis deux ans avec ses enfants. J’ai rencontré son incroyable vie balinaise, la sagesse et la tranquillité qui s’en dégagent. Elle m’a emmenée voir le coucher du soleil à la plage, un de ces moments où le temps s’arrête quelques instants. J’ai dormi là-bas jeudi soir avant de rentrer vendredi matin pour Ubud. Vendredi, j’ai été dans la forêt des singes. J’ai rencontré les singes. Les singes m’ont rencontrée. Ils ont joué avec ma robe. C’était marrant. Pendant cinq minutes. Puis, j’ai retrouvé ma copine Julia, on a été se faire masser. J’ai cru mourrir martyrisée par une masseuse sadomasochiste avec des tiges de bambou. Mais dieu merci, je vis toujours. On a dîné avec Yogi dans un restaurant japonais, et je suis rentrée. À pieds, dans le noir.

Ce matin (samedi matin), après avoir fini ma valise et retiré toutes traces de mon existence de ce lieu maudit, j’ai été à mon premier cours de yoga. Ça craint. J’ai quand même pris mon tapis avec moi pour revenir prof de yoga. La dure vérité est que : je ne peux pas tout faire. Tout le monde n’arrête pas de me demander ce que j’ai prévu, ce que j’ai organisé, où je vais après. Mais laissez-moi. Je n’ai pas envie d’organiser quoique ce soit. Juste me réveiller le matin. Me demander ce que j’ai envie de faire dans le moment. Vivre. Je loupe certainement plein de merveilleux temples dans l’eau et balades dans les rizières. Mais je me dis que. L’important est qui on est, pas ce qu’on fait. Pas vrai ? Rassurez-vous (ça me rassurera en même temps), j’ai mille listes de choses à voir et le Lonely Planet dans ma valise (qui pèse super lourd)(et que je n’ai jamais ouvert).

Ce matin, j’ai été à mon premier cours de yoga. Dans un endroit incroyable qui s’appelle The Yoga Barn. C’est un petit village dans le centre d’Ubud où il y a des cours de yoga toute la journée dans des salles suspendues en haut de cabanes en bambou, un centre de guérison ayurvédique, un centre de massage, un café, un bar à jus, un restaurant vegan, une salle de méditation à côté de la rivière aux nénuphars, une piscine et des chambres où dormir. Tu peux taper « Yoga Barn Ubud » sur Google pour voir.

Je crois que ma tête était très contente d’être là, au yoga. Mon corps, beaucoup moins. Il aurait préféré être allongé au bord d’une piscine, avec une crème solaire indice 110 et Ben Howard dans les oreilles. Finalement, il a quand même aimé la méditation de fin de cours. Pendant laquelle j’ai médité à ma façon. Je me suis allongée et j’ai dormi quelques minutes dans le silence de la nature. Le silence de la nature, c’est une expression. Entendez plutôt : le concert de tous les animaux environnants. Après ça, j’ai traîné à Yoga Barn tout l’après-midi avec Julia.

A cet instant, nous sommes samedi 18h07 exactement. Je suis dans la voiture avec Nikki. Nikki m’a emmenée d’Ubud à Kerobokan, puis de Kerobokan à Ubud, puis ce soir d’Ubud à Seminiyak. Vous vous y retrouvez, pas vrai ? Nikki vient de Java, elle habite à Bali depuis 8 ans avec son fils et son mari. Elle a quitté Java, elle trouvait que la vie là-bas était trop dangereuse. Nikki est si mignonne, elle a toujours une petite surprise pour moi quand je monte dans sa voiture. Hier, elle m’avait acheté un fruit qui s’appelle Salak. Elle me l’a épluché, puis elle me l’a tendu avec une petite serviette. J’ai dû goûter Salak par politesse, même si je savais d’avance que je détestais ça. Pour Nikki.

Nikki m’emmène passer le weekend à la plage avec mon copain Raph. La différence entre Bali et l’Inde, c’est qu’à Bali je peux retrouver des gens que je connais (ou presque). On a tous dans notre entourage un copain, un copain d’un copain, un cousin, un cousin d’un copain qui vit à Bali. Qui a tout lâché, sa vie parisienne et ses 35 heures, pour se la couler douce entre les rizières. Et il y aussi les gens qui peuvent te rejoindre pour quelques jours. Raph, on se connait depuis si longtemps que ça me fait mal aux années qui passent. Il habite à Singapour. Il avait un weekend de trois jours, et le voilà.

Je dois vous laisser. Écrire dans la voiture n’est pas la chose la plus incroyable à faire dans sa vie.

Je vous embrasse bien fort, comme toujours

Camille

PS : Désormais je ne pourrai plus vous donner de nouvelles de Bertha. J’espère que vous n’êtes pas trop tristes.

Laisser

un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.