Day 11 – Mets ton tutu à Uluwatu

03.05.17

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Je suis dans la voiture avec Nikki. J’écris encore en roulant. Peut-être bien que je vais vomir avant d’arriver. Mais je dirai à Nikki que c’est de votre faute. Vous me forcez à faire des trucs pas possibles. La bonne nouvelle, c’est que je ne vomis jamais en voiture. Au pire, je pourrais mourir d’un mal de tête combiné à un mal au coeur combiné à des cheveux frisés dans l’humidité.

Ce matin, j’ai été au yoga à 7h30. Je me suis levée quand vous alliez vous coucher. Ou presque. Et comme j’y ai été aussi deux fois hier. Je pense que c’est bon. Je suis rentrée à fond dans mon voyage. Je suis balinaise. Je suis Camille, la balinaise. Une version de moi si cool et si détendue. Plus rien n’est un problème. D’ailleurs, le mot problème ne fait même plus partie de mon vocabulaire. Il n’existe plus. Il n’a même jamais existé.

Dans la philosophie indienne, on appelle ça « maya ». La dualité. Pour les indiens, maya est le pire des fléaux. C’est considérer qu’il y a toujours deux choses qui s’opposent. Le bien s’oppose au mal. Le beau au moche. La solution s’oppose au problème. (Je peux continuer longtemps comme ça, mais je pense que vous avez compris) (pas vrai ?). Maya, c’est le jugement. C’est constamment donner un avis sur les choses. Quand tu arrives à te détacher de maya, tu commences à considérer le monde et la vie comme un tout. Il n’y a ni bien ni mal. C’est un ensemble où tout est connecté, où toutes les choses ne sont en fait qu’une. Tout est un. (Si on considère l’atome comme unité commune de toutes choses, il ne fait aucun doute que tout est un)(N’est-ce pas ? Bien sûr, bien sûr).

On ne peut pas changer les choses sur lesquelles on n’a aucun contrôle. Par exemple, en cet instant, je suis bloquée dans les embouteillages avec Nikki. Je n’y peux rien. Nikki n’y peut rien. J’arriverai quand j’arriverai. Je n’ai qu’à occuper autrement le temps qui m’est imparti. Si tant est que j’ai envie de l’occuper. Ce n’est pas un problème.

Plus rien n’est un problème. La vie suit son cours. Et si on suit son instinct (et ses rêves profonds) tout le temps, on sera exactement là où on devra être à chaque instant de notre vie.

Nikki écoute Céline Dion dans la voiture. Je l’adore. J’adore Nikki. Elle est si douce. Elle m’appelle « honey » tout le temps. « You ok honey? ». Bien sûr, c’est aussi parce qu’elle ne se rappelle pas de mon prénom. « You want coconut honey? ».

J’étais à Seminyak depuis samedi. J’ai passé deux jours avec Raph et aussi Julia sur la fin. Nous avons été à la plage, puis à la piscine, puis à la plage, puis à la piscine. Les vraies vacances. Incroyables vacances toute douces sous le soleil de l’Indonésie. Oui oui.

Julia et Raph sont partis lundi soir. Julia à Sydney et Raph à Singapour. Moi, je suis restée. Comme si Bali était ma maison et que j’habitais là. Au revoir mes amis, revenez quand vous voulez.

Hier matin, je voulais partir de Seminyak. Pour la première fois depuis mon arrivée, j’avais organisé ma journée. Quand je me suis réveillée, il pleuvait. Une pluie qui ne ressemblait pas vraiment à de la pluie. Imaginez plutôt un taux d’humidité extrême, un hamam géant ambiant. Du coup, j’ai annulé ma journée, tout décalé au lendemain. J’ai été au yoga, je me suis promenée tout l’aprem, je me suis achetée les trucs que je m’achète toujours en vacances (j’en ai à peu près trois cent mille chez moi). Des bracelets en coquillages. Des bracelets sans coquillages. Un panier avec des pompons. Des sandales. Une glace au chocolat et au caramel avec des amandes effilées. Trois jus de pastèque et douze litres d’eau. J’ai récupéré mon linge à la laundry. J’ai refait ma valise. J’aime bien quand tout est à sa place dans ma valise. Chaque chose à sa place et le monde se porte mieux. Je suis retournée au yoga. J’ai lavé mon tapis de yoga. (Je sais, tout ça est passionnant). J’ai dîné dans ma chambre, sur mon lit, au propre, avec la clim, devant un film. Tranquillement. Balinaisement moi.

Je viens d’arriver à Uluwatu. Là où je vais passer mes deux prochains jours. Je dors dans une petite maison fonctionnelle. C’est en ça que je vois que je vieillis. Alors qu’il y a quelques années, je pouvais dormir dans des micro-chambres, sur des lits sans draps, avec des douches sur le palier au bout du couloir. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus difficile. Ma petite maison est fonctionnelle. Elle n’est pas mignonne. Elle n’est pas accueillante. Elle ne me dit pas « Eh, je suis trop contente que tu sois là ». Elle est grande, spacieuse et froide. Par contre, je dois vous dire qu’en face de ma maison, il y a une immense piscine qui se jette dans une autre piscine qui donne sur la mer. Aussi que je suis en train de me faire attaquer par douze sortes de moustiques différents. Et que mes frites refroidissent.

Je vous laisse.

Camille

PS : Je vous embrasse.

PS 2 : Sur la photo là-haut, c’est le temple de la mer à Tanah Lot.

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