Day 18 – Back in Ubud

10.05.17

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J’aimerais que vous soyez avec moi à cet instant. Je suis assise à ma table de petit-déjeuner. Sur une terrasse en bambou suspendue entre les palmiers. Une légère petite brise dans les cheveux. Les bienfaits du cours de yoga au lever du soleil dans le corps. Tranquille. Paisible. Avec une incroyable dernière journée en pleine nature qui m’attend. J’aimerais que vous soyez avec moi à cet instant. Pas vraiment assis avec moi. Pas vraiment avec moi. C’est quelque chose qu’on doit apprécier seul avec soi. Être bien avec soi. Si bien avec moi. Peut-être à la table d’à-côté. Ou deux tables plus loin. Juste pour que vous puissiez vivre ça, vous aussi.

Je suis revenue passer quelques jours à The Yoga Barn. Je suis revenue à Ubud. Comme je le prévoyais, je savais que je reviendrais. Je suis arrivée lundi soir. Après avoir passé un cool weekend à Singapour. J’étais contente de retrouver la nature, l’air si paisible des rizières et la version balinaise de mon être.

À l’aéroport, quand j’ai enregistré, j’ai donné ma valise et j’ai demandé si c’était ok de garder mon tapis de yoga avec moi dans l’avion. L’homme du comptoir m’a regardée et s’est simplement contenté de répondre : « Do you know the Bali spirit? ». Ce qui voulait dire : Bien sûr, tu peux garder ton tapis de yoga avec toi et même toute ta famille si tu veux. J’ai repensé à tous les hommes du comptoir de l’aéroport que j’avais rencontrés dans ma vie et qui m’ont fait chier sur le poids de ma valise, le nombre de sacs à enregistrer ou la date de fin de validité de mon passeport. J’aurais aimé leur répondre ça. Do you know the Bali Spirit?

Hier matin, je me suis réveillée à l’aube. J’ai traîné jusqu’au cours de yoga de 9h puis j’ai pris mon petit-déjeuner. Au bout de la grande table où j’étais assise, il y avait une fille super concentrée à écrire dans son journal. Elle écrivait lentement au crayon à papier, gommait quand elle se trompait et continuait à remplir ses pages d’une écriture toute régulière, presque scolaire. Elle était si appliquée que cela m’intriguait. Je me suis demandée si elle n’était pas en train d’écrire un long roman à succès sur un cahier au crayon à papier. Quand elle a rangé son crayon dans une petite serviette puis dans une trousse. Je me suis dit que c’était le bon moment pour partir à sa rencontre.

Elle s’appelle Casey, elle est australienne, elle vit à Perth. Elle vient d’arriver à Bali et elle s’apprête à voyager pendant trois mois en Asie. Elle m’a raconté ce qu’elle avait prévu. Elle m’a très vite dit que sa prochaine destination était l’Inde et je l’ai très vite super aimée. Elle devait voyager avec son boyfriend aux Etats-Unis pendant trois mois puis partir vivre en Angleterre. Mais juste avant de partir, le boyfriend a perdu tout son argent au jeu, ils se sont séparés et elle a pris ses billets pour Bali la semaine dernière. Elle est triste mais consciente qu’elle est sur le point de faire une incroyable chose pour elle-même. Comme tous les débuts de voyage en solitaire. Le tiraillement entre la vie laissée pleine de sécurité et la vie à venir remplie d’inconnu.

J’avais prévu ma journée. Un premier musée le matin, la visite du palace et du temple d’Ubud, déjeuner dans une petite rue piétonne que j’adore, un deuxième musée dans l’après-midi et revenir pour le cours de yoga de 18h. Casey m’a demandé si elle pouvait m’accompagner. Cela m’a rappelé mon premier jour avec Burcu. Je me suis sentie super expérimentée pour l’emmener avec moi, lui montrer les endroits cool et le bon chemin.

Casey ne parle pas beaucoup. Et comme moi non plus, nous étions paisibles. Elle m’a expliqué qu’elle aimait beaucoup comprendre la démarche créative des peintres. Nous avons traîné longtemps dans le premier musée. C’était cool de confronter sa vision et la mienne sur des oeuvres d’une culture complètement différente des nôtres. On a marché pieds nus dans le musée. On s’est baladé longuement dans le jardin. Et sans vraiment nous en rendre compte, le temps a filé, il était déjà 15h quand nous sommes parties.

On a déjeuné dans un tout petit restaurant balinais. On a continué notre tournée de visites. On a marché marché marché. Puis on est revenue juste à temps pour le cours de yoga.

À mon cours de yoga de 18h, j’aurais aimé que vous soyez avec moi. Vraiment avec moi. Juste à côté. Genre le plus près possible. Cela m’aurait peut-être évité de me faire attaquer par tous les moustiques des trois kilomètres à la ronde. Je pense que j’ai vécu un de mes pires cours de yoga de toute ma vie. Le prof était génial. Mais je ne pouvais absolument pas me concentrer. Sachant que je me faisais piquer sur toutes les parties de mon corps simultanément.

À la moitié du cours, j’étais à bout de nerfs. Ce moment où tu as juste envie de tout laisser tomber. Fuck it. Vous me faites chier. Tout me fait chier. Je vous déteste. Et puis, j’ai vu le mec devant moi se gratter les deux pieds en même temps. Je me suis dit qu’il y avait une justice. Cela m’a apaisée. Et j’ai fini le cours en me concentrant sur lui.

En sortant, Casey m’a proposé d’aller boire un verre. J’ai trouvé ça cool. On s’est donné rendez-vous une heure plus tard dans le lobby. Dans les escaliers, en remontant vers nos chambres, on a croisé une fille qui revenait d’un autre cours de yoga. On a discuté. On lui a proposé de se joindre à nous. Elle s’appelle Jill. Elle est belge, mais elle parle flamand. Elle est assistante pharmacie et elle a plein de piercings.

On a diné toutes les trois dans un restaurant vegan au bord d’une rizière. C’est assez incroyable de réaliser que tu peux partager tant de choses avec des gens que tu viens de rencontrer à l’autre bout du monde, qui ont entrepris la même démarche que toi. Tu les comprends et ils te comprennent. Parfois bien mieux que les gens qui vivent tout près de toi dans ton quotidien.

Jill nous a raconté que quand elle est arrivée à Yoga Barn, elle a pleuré. Sans vraiment savoir pourquoi. Elle a tellement pleuré. Alors je lui ai dit que moi aussi. Lundi après-midi, quand je suis arrivée dans ma chambre à Yoga Barn, que Kade m’a montré où était la télécommande de la clim et l’interrupteur pour la salle de bain. J’ai pleuré. J’ai tellement pleuré. Sans vraiment savoir pourquoi. J’aime bien penser que quand on pleure, ce n’est parce qu’on est fragile mais parce qu’on a été fort trop longtemps. (Ce n’est pas de moi, c’est Johnny Depp qui l’a dit)(poète du 3ème siècle avant Jésus Christ).

Peut-être que j’ai été forte trop longtemps. J’ai pleuré toutes les araignées croisées sur mon chemin (big up Bertha), les lézards derrière les rideaux, la grenouille dans la douche, les marches nocturnes pour rentrer dans ma chambre, les bruits de la jungle, et les craquements dans le toit. J’ai pleuré la lumière que j’ai laissé allumée certaines nuits par peur du noir, les moustiques, les souris que j’ai fait semblant de ne pas voir. J’ai pleuré la fois où je suis montée derrière Wayan en scooter et où je me suis demandé s’il allait vraiment m’amener à la villa de Julia où s’il allait m’abandonner nue dans un coin et que personne ne me retrouve jamais.

J’ai pleuré mon envie de rester ici. D’arrêter de faire partie d’une société formatée. J’ai pleuré mes 35 heures (en fait mes 37,5 heures), mon réveil tous les matins, le métro, le froid, le ciel gris et bas. J’ai pleuré mon loyer à payer, mes impôts et ma taxe d’habitation. J’ai pleuré les histoires de fierté mal-placée et d’ego mal-contrôlé. J’ai pleuré aussi les histoires dans les histoires, de celles qui font vieillir avant l’âge et perdre confiance en l’intelligence humaine.

J’ai pleuré de vivre le moment présent tout le temps sans penser à l’après. Et quand l’après revient, détester ça. Détester ça si fort. J’ai pleuré la difficulté de réaliser mes rêves. Mais en même temps, si ce n’était pas difficile, cela n’en vaudrait pas la peine.

J’ai pleuré mes contradictions. Et le bonheur d’être ici, à ce moment précis, loin de tout, seule avec moi, à pleurer. J’ai pleuré de pleurer. En une seconde, j’ai réalisé que mes larmes ne coulaient plus pour les mêmes raisons. Elles avaient fait le chemin depuis mon angoisse et mon trop-plein vers mon bonheur d’être moi et d’être là.

Nikki vient d’arriver. Je dois vous laisser. Dernière journée en pleine nature. Je vous raconterai ce soir.

Je vous embrasse de tout mon coeur,

Camille-Coeur-Pur

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