Tu es invité à ma Surprise Party !

07.09.17

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Chers vous,

J’ai pensé à vous chaque jour, j’ai eu envie de vous écrire chaque jour, vous raconter l’incroyable expérience que j’étais en train de vivre, partager ça avec vous, vous faire vivre ça avec moi. Et à la fois, j’avais besoin de le vivre sans vous, rester dans ma bulle, mon expérience dans une boite, le partager avec les gens qui l’ont vécue avec moi. Dix-huit incroyables personnes qui viennent des quatre coins du monde et qui constituent une nouvelle famille pour moi. Mon autre famille. Je ne cesse de me demander si je les reverrai, si on se retrouvera un jour tous ensemble au même moment, au même endroit. Et à la fois cela n’a pas vraiment d’importance, ils vivent en moi, à moitié dans mon coeur, à moitié dans mes souvenirs.

Aujourd’hui, je me demande comment je vais vous raconter ça. Cette incroyable expérience-là, un mois entier à vous raconter, un mois où j’ai suivi une formation pour être professeur de yoga mais tellement plus que ça. Je suis à Bali depuis le début du mois, le mois dernier je veux dire, et j’y reste encore un mois. Alors je me dis que. Je vais vous raconter mon quotidien à Bali, mon quotidien de septembre, comme je le fais quand je voyage, et chaque jour j’y ajouterai un souvenir de mon mois d’août. Un souvenir, une chose merveilleuse que j’ai apprise, une anecdote, un moment de solitude, une posture de yoga. Ça vous va ? Ce n’est pas vraiment comme si je vous laissais le choix mais j’aime bien penser que nous avons une relation vous et moi. Et je suis sûre que c’est le cas.

Je suis à Ubud depuis plus d’un mois déjà et j’ai envie de rester quelques jours de plus, quelques semaines de plus. Je ne sais pas bien encore. C’est la première journée en plus d’un mois où je suis libre de faire ce que j’ai envie de faire. Une liberté retrouvée, seule avec moi. Et pourtant, je me suis levée à 5h30 ce matin, j’ai été au yoga, j’ai pris le même petit déjeuner que j’ai pris pendant un mois, au même endroit. Une salade de fruits, des toasts et un thé. J’avais besoin de ça. Garder mes repères, perpétuer ma routine, ne pas penser à l’après. Pas encore. Ne pas me sentir abandonnée, tout en étant profondément heureuse d’être laissée seule. Et c’est la première merveilleuse chose que j’ai envie de partager avec vous. La possibilité de vivre et ressentir des choses contradictoires au même instant.

Jusqu’à maintenant, jusqu’à y’a un mois, mon esprit pragmatique m’interdisait d’être heureuse et triste en même temps. Il fallait que je choisisse. Je ne pouvais pas non plus être en colère et joyeuse en même temps. Ou même manquer de quelque chose sans en avoir envie vraiment.

J’ai le sentiment qu’on m’a appris à choisir mes émotions, à les identifier, à les labelliser. Que la tristesse était le contraire de la joie. Le bonheur le contraire du malheur. La colère de la sérénité. La vie de la mort. On m’a appris la dualité des choses. Pour pouvoir comprendre ce qu’est le bonheur, tu dois comprendre ce qu’est le malheur. Et jusqu’à maintenant, jusqu’à y’a un mois, je n’avais jamais vraiment questionné ça. Il me paraissait évident que le blanc étant le contraire du noir, une chose ne pouvait pas être blanche et noire en même temps. Cela n’avait pas de sens.

Dans mes premiers soirs ici, lors d’un diner avec Melissa, ma colocataire pendant la première semaine (je vous raconterai ça dans un prochain article), on a beaucoup discuté, comme on le faisait à chaque fois, de ce qu’on ressentait, de ce par quoi on était passé, de ce qu’on aimerait réaliser. Les discussions avec Melissa sont intenses, durent longtemps (très longtemps) et souvent très profondes. Ce qui était génial en un sens parce que nous avons beaucoup appris l’une de l’autre. Et épuisant dans un autre car il m’arrivait de rentrer à la maison le soir et d’avoir juste envie de parler de films ou de séries ou de trucs débiles après une journée intense de training, mais cela n’était pas vraiment une option envisageable. Il m’arrivait de l’éviter discrètement pour ne pas avoir à parler, d’aller prendre ma douche pendant 1h avec le gros lézard qui habitait dans ma salle de bain ou même de me coucher à 19h. Mais lors d’un de nos premiers diners, elle a planté une petite graine dans mon esprit qui n’a cessé de grandir.

Je lui racontais à quel point j’étais stressée, et triste à la fois. Stressée d’avoir quitté toute ma vie pour vivre cette aventure, quitté mon boulot que j’ai tant aimé, vidé mon appartement, vendu des tas de trucs indispensables à mon quotidien d’avant. Triste d’être seule à Bali, loin de tout et de tout le monde pendant deux mois. Cela ne faisait même pas une semaine que j’étais partie que déjà je ressentais le manque de ma famille, de mes proches, de ma vie. J’avais cette angoisse profonde de ne pas avoir fait le bon choix, tout en étant complètement et profondément sûre dans mon coeur d’être exactement sur le chemin sur lequel je devais être. Melissa m’a regardée pleurer et elle m’a dit : « It is ok to miss your old life and in the same time not wanting to live it anymore. »

J’étais sûrement prête à entendre ça car cela a résonné dans mon esprit instantanément. Mais oui, ma vie d’avant me manque mais je n’ai plus envie de la vivre pour autant. Ma famille me manque mais je n’ai pas envie d’être près d’eux pour autant. Je l’ai compris en premier avec cette dualité du manque et de la présence physique. Mais cela marche de la même manière avec exactement tous les sentiments, toutes les émotions, tout ce qu’on peut ressentir à un instant donné. Je n’ai plus à choisir l’émotion qui prédomine en moi, je peux accepter de tout ressentir en même temps, même des émotions contradictoires. Et c’est totalement ok.

Ma deuxième semaine de formation a été très difficile. J’ai appris quelques tristes nouvelles et je me suis fait une entorse à la cheville. Tanya, ma prof de yoga, dit que la vie est une ‘surprise party’ et j’aime bien cette idée. Des choses arrivent tout le temps, tout change constamment, et la fête continue. J’avais une douleur émotionnelle forte et une douleur physique forte. Pour autant, je me sentais sereine et profondément heureuse. Confiante dans ce qui m’arrivait, si cela m’arrivait c’est qu’il y avait une raison. Peut-être que je ne la comprenais pas encore mais cela viendrait. Alors qu’avant, j’aurais inconsciemment choisi d’être malheureuse. Choisi d’être malheureuse, un choix inconscient mais un choix quand même. J’avais toutes les raisons du monde d’être malheureuse, je pouvais me le permettre et tout le monde l’aurait compris. Mais j’ai choisi d’être heureuse au profond de moi, de garder confiance dans mon chemin, et d’accepter d’être triste à certains moments, d’avoir mal à d’autres, d’être frustrée par ma cheville blessée, d’avoir peur aussi. Rien de tout cela n’avait vraiment d’importance. Rien de tout cela n’a vraiment d’importance. Ce sont des émotions qui viennent et qui s’en vont.

Et je me dis que, j’ai compris que, les émotions n’ont pas de raison d’être. Si nous cherchons des raisons à nos émotions, à notre bonheur, c’est qu’il y a un problème dans l’équation. Les raisons du bonheur sont souvent les mêmes : quand j’aurai de l’argent, quand j’aurai réussi, quand j’aurai fait le tour du monde, quand je me serai acheté ça ou ça, quand j’aurai trouvé la bonne personne avec qui partager ma vie, quand je serai en vacances, quand j’aurai décroché le job de mes rêves, quand j’aurai réalisé mes rêves, quand, quand, quand. On n’est pas heureux parce que, on ne sera pas heureux quand. On est heureux, c’est un état. Et puis, la vie fait sa vie. Surprise Party, tout le monde est invité.

Ce matin, j’ai le sentiment d’être un funambule qui marche sur une corde suspendue au-dessus du vide. Le chemin est long et la corde tremble avec le vent. À certains moments, je vais perdre l’équilibre, risquer de tomber. À d’autres, je courrai sur ma corde, téméraire et insouciante. Mais tout le temps, je garderai une confiance profonde en ma capacité à marcher sur ma corde peu importent les conditions extérieures.

Si tu trouves le vrai bonheur au fond de toi, celui qui t’enracine dans le sol, cette confiance profonde en qui tu es, ce qui te rend heureux au quotidien, la vie que tu as envie de vivre, alors tu pourras traverser toutes les épreuves de la vie sans encombres. Les émotions viennent et s’en vont. Toi, tu restes.

Je suis triste pour plein de raisons. D’ailleurs, j’aimerais arrêter de dire : je suis triste. Et plutôt dire : je ressens de la tristesse. Je le formulerai plutôt comme ça : je ressens de la tristesse pour plein de raisons et je suis profondément heureuse.

Vous me manquez beaucoup, je pense à vous beaucoup, je n’ai pas envie d’être près de vous pour l’instant.

Dans le livre incroyable que je suis en train de lire et dont je vous parlerai très bientôt, j’ai lu hier : « Si le destin ne te fait pas rire, c’est que tu n’as pas compris la plaisanterie. »

Je vous embrasse du fond du coeur

Camille, funambule-en-chef

Les

commentaires (1)

Herbak
07 septembre 2017
Le secret du bonheur, c'est d'être à la bonne heure...C'est tellement vrai qu'il arrive fréquemment qu'on ne soit pas dans le temps et ça fait notre mal heure... Et enfin, quand on est carrément en dehors du temps, et bien ça devient l'hors heure.... Alors Camille, plus que jamais Carpe Diem...

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