I am not brave

24.01.18

-English version below-

 

Mon départ se rapproche. Dans cinq jours exactement, je quitterai mon appartement, je mettrai la majeure partie de ma vie en cartons, les cartons dans une cave, mes meubles, l’armoire de quand j’étais petite et mes livres. Je rangerai avec soin mes indispensables dans une valise, les quelques vêtements qui vont m’accompagner dans ma prochaine vie, quelques livres, mes journaux des dernières années, quelques photos, quelques objets auxquels je tiens, qui me rappellent que je viens bien de quelque part, que j’ai toujours une place quelque part, que je n’ai pas tout jeté pour recommencer, je ne jette pas tout pour recommencer, je construis juste l’étape d’après. C’est comme construire l’étage du dessus sur des fondations existantes. Je ne pourrais rien construire si je n’avais pas les fondations existantes, les fondations d’avant. Je ne continuerai pas d’avancer si je n’avais pas appris de mon passé. Je garde tout pour partir. Et c’est probablement parce que je garde tout, que je peux partir.

 

Dans cinq jours exactement, je prendrai l’avion. Je pars habiter à Bali.

 

C’était sûrement la décision la plus facile que j’ai prise dans ma vie et aussi la plus difficile. Habiter à Bali est la partie facile. Imaginer ma petite maison dans les rizières est un rêve que j’ai depuis des années, rêve dont je vous avais fait part ici. La partie difficile, c’est ce que je quitte pour partir. La partie difficile commence maintenant. Organiser mon déménagement, trier mes vieux souvenirs, la prochaine locataire qui demande comment changer le nom sur la boîte aux lettres, les gens que je ne reverrai pas avant mon départ et à qui je commence à dire au revoir, résilier ma ligne Free et mon abonnement Amazon Premium, donner mes plantes, vendre mon canapé que j’adore mais qui ne rentre pas dans la cave de chez ma mère, compter les nuits qu’il me reste dans mon lit, n’avoir aucune idée du lit dans lequel je dormirai la semaine prochaine. Quitter un chez moi que j’aime tant sans avoir aucune idée du chez moi que je me construirai dans les mois à venir.

 

On me répète sans cesse à quel point je suis courageuse. Et pendant un temps, cela faisait plaisir à mon ego. C’est génial de faire ça, tu es tellement courageuse, je ne pourrais jamais faire ce que tu fais. Cela faisait plaisir à mon ego d’avoir pris une décision que véritablement tout le monde peut prendre, mais que peu de personnes pensent pouvoir prendre. Les questions qui suivent sont généralement toujours les mêmes. Tu connais des gens là-bas ? Tu vas habiter où ? T’as trouvé un boulot à Bali ? Tu vas faire quoi ? On mange quoi à Bali ? Que du matériel. Les seules questions qu’on me pose sont des questions matérielles.

Et puis, à mesure que mon départ se rapproche, à mesure que le stress monte peut-être, j’ai réalisé que j’en pouvais plus. J’en peux plus qu’on me dise à quel point je suis courageuse. J’ai réalisé que cela ne m’était d’aucun soutien. Au contraire. Les gens me renvoient sans cesse leurs propres insécurités. Je ne pourrais jamais faire ce que tu fais.

Je ne me sens pas courageuse, j’ai peur. Ce n’est pas parce que je le fais que je n’ai pas peur. J’ai peur, bien sûr. Mais j’ai confiance. Et c’est toute la différence. On ne prend pas des risques parce qu’on est courageux. Pas que. On prend des risques parce qu’on a confiance. J’ai confiance en moi, en mon instinct, en ma décision. J’ai confiance en ma sécurité intérieure. J’ai confiance en la vie, en ce que la vie me réserve. Et si ce n’est pas à Bali, alors ce sera ailleurs. 

Je ne doute pas une seconde de la bienveillance des gens qui m’entourent et du soutien qu’ils veulent me donner. Cela me fait me questionner sur le soutien que je donne, sur le soutien qu’on donne aux gens. Est-ce qu’on soutient les gens pour vraiment leur être utile ou pour nous-mêmes, pour ce qu’ils projettent sur nous ? Est-ce qu’on dit aux gens vraiment ce qu’ils ont besoin d’entendre ou juste ce qu’on a envie de leur dire ? 

 

Je me suis demandée quel soutien j’aimerais recevoir. On sait toujours ce qu’on ne veut pas, pas toujours facile de savoir ce dont on a besoin. J’ai repensé à un message que j’avais reçu d’un ami proche, probablement un guide pour moi ces dernières années, j’ai pleuré en le lisant (et je pleure encore en le retranscrivant) : « Si t’as besoin, y’aura toujours un lit pour toi chez moi, sache-le ». C’est exactement ça. Ma décision est prise, je pars. Je n’ai pas besoin qu’on vante les mérites de ma décision ni qu’on projette sur moi des insécurités qui ne sont pas les miennes, j’ai besoin qu’on soutienne mes peurs, j’ai besoin qu’on tende un filet de sécurité, avec une petite pancarte à l’entrée qui dirait : « Vas-y, réalise ton rêve, et si ça ne se passe pas comme tu veux, je serai là pour te rattraper. »

La plus grande peur que nous avons, dans les moments où nous prenons des risques, dans ces moments un peu fous de la vie où on se dit que tout est possible et qu’il est temps de réaliser nos rêves, est une peur matérielle. La peur de finir dans une tente Quechua, sous un pont. Et c’est exactement pour cette raison qu’on ne me pose que des questions matérielles. C’est ce qui inquiète tout le monde. Où je vais dormir, ce que je vais faire pour gagner ma vie, qui je vais côtoyer, ce que je vais manger.

Je me dis que c’est peut-être le seul soutien qui vaille finalement. Nous devons chacun faire notre chemin intérieur, pour nous-mêmes, personne ne peut le faire à notre place. Nous devons chacun réaliser nos rêves, pour nous-mêmes. Le seul soutien qu’on peut apporter à quelqu’un, c’est un soutien extérieur, un lit où dormir, une place à table, une main tendue, une oreille attentive. Des actes, beaucoup plus que des mots.

 

J’en parlais à ma copine Ketty cet après-midi, elle m’a comprise instantanément et elle m’a dit : « Le vrai soutien c’est celui qui dirait : occupe-toi de ta sécurité intérieure, et si t’as besoin, je suis là pour prendre en charge ta sécurité extérieure. »

Peut-être que le vrai soutien, ce n’est pas gonfler nos egos inutilement. Tu es tellement courageuse. Mais ouvrir nos portes et nos coeurs. Où que j’aille, quoique je fasse, il y aura toujours un endroit où je pourrais revenir. Un lit où dormir. Un coeur prêt à m’aimer.

Je n’ai pas encore ma maison à Bali, je ne peux pas encore vous dire si le lit est confortable et si la salle de bain est fournie avec ou sans lézards. Sachez que, peu importe l’endroit où j’atterrirai, il y aura toujours une place pour vous dans ma maison, et dans mon coeur. Réalisez vos rêves, vous vous le devez. Pour vous-mêmes.

 

Je vous embrasse bien fort, comme toujours

Camille

 

 

 

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My departure is getting closer. In exactly seven days, I will leave my apartment; I will put most of my life in boxes, the boxes in the cellar, my furniture, my childhood wardrobe and my books. I will pack with care my essentials in a suitcase, few clothes that​ ​will come with me on the next step of my life, a few books, my journals from the last years, a few pictures, and a​ ​few objects that I care about​,​ ​t​hese objects which remind me that I am coming from somewhere, that I still have a place somewhere, that I didn’t throw everything away to start over. I am not throwing everything away to start over; I am building the next step. It is like building the above floor on existing foundations. I couldn’t build anything if I didn’t have the existing foundations, the past foundations. I wouldn’t be moving forward if I hadn’t learnt form my past. I am taking everything with me to leave. And it is probably because I am taking everything, that I can leave.

 

In exactly seven days, I will take the plane. I am moving to Bali.

 

It was probably the easiest decision I made in my life, and also the most difficult one. Living in Bali is the easy part. Imagining my little home in the rice fields is a dream I had for many years; a dream I told you about here. The difficult part, it’s what I am leaving here to go. The difficult part begins now. To organize my move, to sort my old memories, the next tenant who asks how to change the name on the mailbox, people I won’t see again before I leave and to whom I begin to say goodbye, to terminate my phone subscription, to give my plants away, to sell my couch that I love but doesn’t fit into my mother’s cellar​, ​to count the nights I have left in my bed, not having any idea of the bed I’ll be sleeping in next week. Leaving a home that I truly love without having any idea of the home I will build for myself in the next months.

 

People tell me all the time how brave I am. And for a while, it pleased my ego. It’s awesome, you are so brave, I couldn’t do what you’re doing. It pleased my ego to have made a decision that truly everybody can make, but that only few people think they can make. The questions that followed were always the same. Do you know people there? Where will you live? Did you find a job in Bali? What will you do? What do we eat in Bali? Only material. The only questions I’ve been asked are material questions.

And, as my departure is getting closer, as the stress increases maybe, I realized that I couldn’t take it anymore. I can’t hear that I am brave any longer. I realized that it was not helping. Quite the opposite actually. People are not stopping from​ ​throwing their own insecurities at me. I couldn’t do what you’re doing.

I don’t feel brave; I am scared. It is not because I am doing it that I am not scared. Of course, I am scared. But I have faith. And it makes all the difference. We’re not taking risks in life because we are brave. Not just that. We’re taking risks because we have faith. I have faith in myself, in my intuition, in my decision. I have faith in my inner safety. I have faith in life, and in what life is planning for me. And if it’s not in Bali, then it will be somewhere else.

I have no doubt in the kindness of the people around me and of the support they want to give me. It makes me wonder about the support I give to people. Do we support people to really help them or for ourselves, for what they’re projecting on us? Do we tell people really what they need to hear or just what we want to tell them?

 

I asked myself what support I’d wish to receive. We always know what we don’t want; it is not easy to know what we really need. I thought about a message I received from a really good friend, probably someone who guided me these last years, I cried when I received it (and I am still crying now that I am writing it here): « If you need, there will always be a bed for you at my place, know that ». This is it. I have made my decision. I am leaving. I don’t need to be congratulated about what I am doing, I don’t need people to project on me insecurities that aren’t mine, I need my fears to be supported, I need to get a safety net with a little notice at the entry which would say: « Go ahead, achieve your dream, and if it is not going like you want, I will be there to catch you. »

The biggest fear we have, when we’re taking risks, when we think that everything is possible and that it is time to achieve our dreams, is a material fear. The fear to end in a tent, under a bridge. And this is exactly why people ask me only material questions. It is what everybody worries about. Where I will sleep, what will I do to earn money, who I will see, what I will eat.

I wonder if it is not the only support that matters at the end. We all have to do our inner path, for ourselves, nobody can do it for us. We all have to achieve our dreams, for ourselves. The only support that we can give to someone, is an external support, a bed to sleep in, a place at a table, a holding hand, an attentive ear. Actions, more than words.

 

I talked about it to my friend Ketty this afternoon, she understood in a flash what I meant and she said: « The real support is the one who would say: take care of your inner safety, and if you need, I am here to help you with your outer safety. »

Maybe the real support, it is not uselessly swelling our egos. You are so brave. But open our doors and our hearts. Wherever I go, whatever I do, there will always be a place that I can come back to. A bed to sleep in. A heart ready to love me.

I don’t have my home in Bali yet, I can’t tell you if the bed is confortable and if the bathroom comes with or without lizards. Know that, wherever the place I end up at, there will always be a place for you in my home, and in my heart. Achieve your dreams; you have to, for yourself.

 

With all my love, as always

Camille

 

Les

commentaires (4)

Ela
26 janvier 2018
Je suis ravie pour toi ! Je te souhaite plein de bonheur et plein de sécurité affective dans ta "nouvelle" vie. Ela
Ela
26 janvier 2018
Plein de sécurité intérieure je voulais dire
JF
26 janvier 2018
Nous nous sommes rencontrés dans un Uber et tu m'as raconté une partie de ta vie qui m'a beaucoup séduit. En te suivant de jour en jour, de mois en mois, je vais pouvoir poursuivre cette aventure avec toi et te découvrir un peu plus... Je ne peux te souhaiter que ton bonheur dans ce nouveau chapitre de ta vie et n'oublie pas qu'il y aura toujours une chambre qui t'attendra à Dunkerque... Bon voyage !
Douieb michele
11 février 2018
Salut Camille J ai lu cette tres belle page j ai adorée Ta philosophie de vie tu sais d ou tu viens donc je pense c est la clef de la vie Vie ton rêve Bonne continuation

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