The power to get lost

24.02.18

-English version below-

 

Quand on voyage en solitaire, quand on quitte tout et qu’on part loin, ou plus simplement quand on prend des décisions importantes, de celles qu’on se doit de prendre seuls aves nous-mêmes. Généralement, dans ces moments-là, nos émotions sont décuplées. Quand on est heureux, on est super heureux. Quand on est stressé, on est super stressé. Quand on est triste, on est au bord du désespoir, la vie n’a plus de sens, ouvrez la fenêtre et écartez-vous, je vais sauter. Aussi, on change d’humeur en une seconde. C’est quelque chose qu’on m’avait dit juste avant mon premier voyage en Inde. Je m’en rappelle mot pour mot. Tu verras, quand tu voyages seul, tes humeurs changent du tout au tout en un claquement de doigt. Tu vas te sentir seul et loin de tout, et la seconde d’après tu seras plus heureux que tu ne l’as jamais été.

Pour ma part, dans mes moments de doute, je ne me sens pas particulièrement seule, ni stressée ou malheureuse, j’ai plutôt le sentiment d’être perdue. C’est un ressenti qui me suit depuis quelques temps déjà, ce n’est pas vraiment spécifique à Bali. Quand on part, on emmène tous nos bagages avec nous, n’est-ce pas. La question qui revient souvent est : qu’est-ce que je fous là ? C’est un qu’est-ce que je fous là super pragmatique : genre ici, maintenant et dans les jours à venir. Mais c’est aussi un qu’est-ce que je fous là global. Dans cette vie, dans cette société qui marche à l’envers la plupart du temps, dans ce monde.

 

La première fois que j’ai réalisé que je me sentais perdue, que j’ai vraiment mis un mot précis sur mon ressenti, j’ai flippé à mort. Comment ça perdue ? J’ai tenté de mettre de l’ordre dans mes idées et dans ma vie, ce n’était pas possible, je ne pouvais pas me sentir perdue, il y avait forcément une erreur quelque part. Et pourtant, cette question n’a cessé de se pointer dans mon esprit. Qu’est-ce que je fous là ? Je n’étais pas vraiment sûre de ce que j’avais envie de faire, ni d’où j’avais envie d’aller, ni de qui j’avais envie d’avoir à mes côtés. Et à la fois, je n’avais pas non plus vraiment envie de le savoir. Qu’est-ce que je fous là ? La réponse à cette question était toute trouvée : j’en sais rien. Je ne sais pas ce que je fais là, à cet instant. Je ne sais pas ce que je fais là, globalement. Mais finalement, est-ce que cela est important ?

 

Ne pas savoir. On nous a toujours appris le contraire. Je ne sais pas, cela n’a jamais été une réponse valable. Jamais. On nous a appris à avoir une réponse à tout, des objectifs, des chemins de vie tracés. On nous a appris à avoir le contrôle, et bien plus que ça, à cultiver le contrôle. Tout contrôler, tout le temps. Ce que tu vas faire, où tu vas le faire, où tu te vois dans un an, dans dix ans, combien d’enfants, un plan de carrière, un titre de poste sur ton CV, une maison de campagne, un 4×4 et trois chiens. On nous a appris à mettre des âges en face de nos objectifs. À 18 ans, tu passes le bac. À 22 ans, tu fais ton stage à l’étranger. À 25 ans, tu signes ton premier CDI. Avant 30 ans, tu auras acheté ton appartement, tu seras marié et attendras ton premier enfant. Non seulement, le contrôle fait abstraction de qui tu es vraiment (et accessoirement de ton niveau de bonheur). Peut-être que tu n’avais pas envie de faire ton stage à l’étranger mais plutôt d’aller élever des chèvres dans le Larzac. Mais en plus, le contrôle te met une pression malsaine. Si à 30 ans, comme moi, tu n’as ni CDI, ni appartement, ni mari, ni enfants, tu commences à faire peur aux gens. Et si en plus, quand on te demande ce que tu comptes faire, tu réponds que tu n’en as pas la moindre idée. C’est fini pour toi.

 

J’en parlais avec mon ami Nasser la semaine dernière. Nasser est égyptien. Il travaillait pour Facebook en Irlande, il s’est occupé de la sécurité des données pendant sept ans. Il a tout quitté, l’Irlande et Facebook, voyagé quelques semaines à Bali et est retourné au Caire, près de sa famille. Il n’a aucune idée de ce qu’il a envie de faire. Il pense à reprendre ses études, il pense à chercher un travail en Egypte, voyager, tout changer, tout questionner. Vivre, peu importe le reste. Juste être heureux. Je vous parle de Nasser, mais il y a véritablement des dizaines de personnes autour de moi dans la même situation (ou sur le point d’être dans la même situation).

Ne pas savoir. N’est-ce pas finalement la plus grande chance qu’on puisse nous donner. Prendre un jour après l’autre, prendre le temps, juste vivre. Le contrôle est un leurre. Nous n’avons aucun contrôle sur cette vie. Personne n’est même capable de savoir ce qu’on fout là. Je ne suis pas la seule à me poser cette question. Tout le monde se la pose. Et personne n’a la réponse. Je ne sais pas. Accepter de ne pas savoir. Et bien plus que ça, profiter de ne pas savoir. Saisir cette chance.

Avec Nasser, on a appelé ça la « not knowing phase ». Une phase pendant laquelle tu n’as aucune idée de rien. Aucune idée de là où tu veux habiter, de ce que tu veux faire, de comment gagner ta vie, des gens avec qui tu veux traîner. Remettre les compteurs à zéro et attendre de voir. Ouvrir toutes les portes devant soi, tout redevient possible. Mais je me dis. Et si ce n’était pas juste une phase ? Et si c’était bien plus que ça. Une nouvelle manière de voir les choses. Une nouvelle philosophie de vie.

 

Très souvent, on m’a demandé pourquoi je faisais du yoga et ce que j’en retirais. La réponse est là. Quand tu pratiques beaucoup, à un certain moment, tu te connectes à quelque chose d’autre, à l’intérieur de toi, au moment présent. Le yoga n’est pas une pratique physique. Pas que. La pratique physique est la première étape. Apprendre à connaître son corps, retrouver une liberté totale dans son corps et dans ses mouvements. Le yoga est une pratique spirituelle, avant tout. Trouver l’équilibre à l’intérieur de soi. Je vous en parlais dans mon dernier article, le yoga est aussi un moyen de rentrer à la maison. La pratique du yoga devient addictive pour ça, on ne veut jamais perdre cette connexion-là. Quand on est connecté, on n’a besoin de rien d’extérieur. On s’en fout pas mal de ne pas savoir ce qu’on veut faire, où et avec qui. Rien ne compte à part le moment qu’on est en train de vivre. Et puis, on perd cette connexion. On la perd et on se sent perdu. Et la question revient : qu’est-ce que je fous là ?

Hier, j’en ai discuté avec une des mes profs, Murni. Je lui racontais à quel point je me sentais perdue par moments. Elle m’a regardée et m’a répondu le plus simplement du monde qu’on se sentait tous perdu. Que c’était exactement le sens de la vie. Qu’il fallait se perdre pour pouvoir se retrouver. Et que c’était en se perdant, qu’on continuait d’apprendre. Cela m’a fait penser à une réplique que j’aime tant dans « Mange, Prie, Aime ». Quelques fois, perdre l’équilibre par amour, c’est l’élément essentiel pour vivre une vie équilibrée.

 

Accepter de perdre l’équilibre, de perdre le contrôle. Accepter de ne pas savoir. On n’a pas besoin de mettre des mots sur tout, on n’a pas besoin d’avoir une réponse à toutes les questions. On a juste besoin de lâcher prise et d’avoir confiance. Une confiance aveugle en nous-mêmes, en qui on est et en ce qui nous rend heureux, et une confiance aveugle en la vie. Quand on a la confiance nécessaire, la vie devient magique. Et se perdre devient un cadeau.

Imaginez-le plus simplement. C’est comme prendre toujours le même chemin pour aller d’un point A à un point B. Connaître le chemin par coeur. Ne plus rien découvrir. Ne plus rien voir sur son chemin. Avancer sur pilote automatique. Et puis un jour, accepter de se laisser porter, vagabonder dans des nouvelles rues, prendre une nouvelle ligne de bus, ou passer par un nouveau quartier, trouver un nouvel itinéraire. Peut-être que vous testerez plusieurs itinéraires avant d’en trouver un qui soit vraiment merveilleux. Peut-être que vous vous tromperez de chemin. Peut-être même que vous perdrez du temps. Mais vous découvrirez. On ne devrait jamais arrêter de découvrir, ne jamais perdre notre curiosité d’enfant. Car finalement, nous ne savons pas grand chose de plus aujourd’hui que lorsque nous étions enfants.

 

Je vous souhaite de vous perdre le plus souvent possible. Peut-être pas dans tous les domaines en même temps. Commencez petit ! Perdez-vous dans votre boulot ou dans votre relation. Ouvrez les portes devant vous et dites-vous que tout est possible. Tendez la main et laissez la vie venir à vous.

 

Je vous embrasse de tout mon coeur.

Camille

 

 

 

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When we travel by ourselves, when we leave everything and go far away, or more simply when we make important decisions, the ones that we have to make all by ourselves. Generally, in those moments, our emotions are multiplied by ten. When we are happy, we are super happy. When we are stressed out, we are super stressed out. When we are sad, we get hopeless, life doesn’t make any sense anymore, open the window and step aside, I will jump. Also, we change moods in a second. It is something I have been told before my very first trip in India. I remember every word of it. You’ll see, when you travel by yourself, your moods completely change in a flash. You’re going to feel lonely and far away from everything, and the next second you’ll be happier than you​ ​ever have been before.

As for myself, in my moments of doubt, I don’t feel particularly lonely, or stressed out or unhappy, I rather have the feeling to be lost. It is a feeling that has followed me for a while now; it is not specific to Bali. When we leave, we take all our luggage with us, right. The question that is constantly coming over is: what am I doing here? It is a pragmatic what-am-I-doing-here: like here, now and in the upcoming days. But it is also a global what-am-I-doing-here. In this life, in this society which walks backwards most of the time, in this world.

 

The first time I realized that I felt lost, that I really put a precise word on my feeling, I freaked out​.​ How that lost? I tried to put my ideas and my life in order, it wasn’t possible, I couldn’t feel lost, there was inevitably a mistake somewhere. And yet, this question didn’t stop coming back into my mind. What am I doing here? I wasn’t really sure what I wanted to do, or where I wanted to go, or who I wanted to have close to me. And at the same time, I didn’t really want to know. What am I doing here? The answer to this question was already found: I have not clue. I don’t know what I am doing here, at this exact minute. I don’t know what I am doing here, globally. But in the end, does it really matter?

Not knowing. We have always been taught the opposite. I don’t know, has never been a valuable answer. Never. We’ve been taught to have an answer to every question, goals and life paths already all planned out. We’ve been taught to be in control, and far more than that, to improve our control. Control everything, all the time. What you’re going to do, where you’re going to do it, where you see yourself in a year, in ten years, how many children, a career plan, a job title on your resume, a countryside house, a 4×4, and three dogs. We’ve been taught to put age in front of our goals. At 18, you graduate from school. At 22, you do your internship abroad. At 25, you sign your first contract in a company. Before 30, you’ll have bought your apartment; you’ll be married and waiting for you first child. The control disregards who​ ​you really are (and incidentally your level of happiness). Maybe you didn’t want to intern abroad but rather go raise goats in the Larzac. But also, the control put you under an unhealthy pressure. If at 30, you have no job, no apartment, no husband, no children, like I do​,​ you begin to frighten people. And if above all, when you’ve been asked what you’re​ ​going to do, you answer that you don’t have a clue. You’re done.

 

I was talking about it to my friend Nasser last week. Nasser is Egyptian. He worked for Facebook in Ireland; he was in charge of data security for seven years. He left everything, Facebook and Ireland, travelled few weeks in Bali and went back to Cairo, close to his family. He has no idea​ ​what he wants to do. He’s thinking of going back to school, he’s thinking of looking for a job in Cairo, travelling, changing everything, questioning everything. To live, regardless of the rest. Just be happy. I am talking about Nasser, but there really are so many people around me in the same situation (or about to be in the same situation).

Not knowing. In the end, is the biggest chance we could be given. Take it a day after another, take the time, just live. The control is a ploy. We don’t have any control in this life. Nobody is even able to know what we are doing here. I am not the only one to ask this question. Everybody is. And nobody has the answer. I don’t know. To accept not knowing. And more than that, to enjoy not knowing. To seize that chance.

With Nasser, we called it the « not knowing phase ». A phase when you have no idea about anything.  No idea about where you want to live, what you want to do, how you want to make a living, people you want to hang out with. Wipe the slate clean, wait and see. Open all the doors in front of you, everything is possible again. But I am thinking. What if it wasn’t just a phase? What if it was way more than that​.​ A new way of seeing things​.​ A new philosophy of living​.​

 

Quite often I’ve been asked why I was doing yoga and what I was getting out of it. The answer is there. When you practice a lot, at a certain point, you connect yourself to something else, to the very inside of you, to the now. Yoga is not a physical practice. Not just that. The physical practice is the first step. To learn to know your body, to get a complete freedom back in your body and in your movements. Yoga is a spiritual practice, above all. To find the balance inside of us. I told you about it in my last article, yoga is also a way of going home to yourself. Yoga practice becomes addictive for that, we never want to lose that connection.  When we are connected, we don’t need anything from the outside. We really don’t care about what we want to do, neither where nor with whom. Nothing really matters except the moment we are living. And then, we lose that connection. We lose it and we feel lost. And the question comes back: what am I doing here?

Yesterday, I talked about it with one my teachers, Murni. I told her how much I felt lost every now and then. She looked at me and answered quite simply that we all feel lost. That it was exactly the purpose of life. That we have to get lost to find ourselves. And that it​ ​is when we get lost, that we can keep learning. It made me think about a line I really love in « Eat, Pray, Love ». Sometimes, to lose balance for love is part of living a balanced life.

 

To accept to lose balance, to accept to lose control, to accept not knowing. We don’t need to put words on everything. We don’t need to have answers to every question. We just need to let go and have faith. A blind faith in ourselves, in who we are and in what makes us happy, and a blind faith in life. When we have enough faith, life becomes magical. And to get lost becomes a gift.

Imagine it more simply. It is like taking always the same way to get from a point A to a point B. To know the way by heart. Not discovering anything anymore. Not seeing anything on the way. Moving forward like an automatic pilot. And then a day, to accept to be carried away, to wander in new streets, to take a new bus line, or to pass through a new area, to find a new itinerary. Maybe you will try several itineraries before finding one truly wonderful. Maybe you will find the wrong way. Maybe you will lose some time. But you will discover. We should never stop discovering, never lose our childhood curiosity. Because in the end, we don’t know much more today than we knew when we were kids.

 

I wish you to get lost as often as possible. Maybe not in every area at the same time. Begin small! Get lost in your job or in your relationship. Open the doors in front of you and imagine that everything is possible. Hold out your hand and let the life come​ ​to you.

 

From the bottom of my heart,

Camille

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