Who wants to be a part of my Bali family?

04.03.18

-English version below-

 

Chers vous,

 

J’ai fêté mes « un mois » la semaine dernière. Entendez par là que cela fait un mois que je suis à Bali. J’espère bien que vous m’avez acheté un petit cadeau et que vous comptez venir me voir à Bali pour me le donner. (À ceux qui me lisent depuis mon voyage en Inde, big up, on reprend les bonnes habitudes.) J’ai bien le sentiment d’avoir quitté Paris il y a un mois. Et en même temps, j’ai le sentiment d’être arrivée à Bali la semaine dernière. Qu’est-ce que j’ai fait des trois semaines entre les deux, allez savoir.

Hier, j’ai quitté ma maison immense et ma colocataire allemande. C’était une histoire d’un mois. J’ai quitté Arthur aussi, le gecko qui vivait dans ma salle de bain, et c’est peut-être ce qui me rend le plus triste. Je suis de retour dans ma chambre d’hôtel, exactement celle dans laquelle j’ai déjà passé deux mois l’été dernier et quelques jours en arrivant début février. La même chambre. Ma chambre, quoi. Je retrouve toutes mes habitudes et c’est exactement ce que j’étais venue retrouver en venant à Bali. En un sens, je me sens plus chez moi dans cette petite chambre d’hôtel que dans l’immense villa dans les rizières que j’ai habité pendant un mois. Cela me fait, une fois de plus, réfléchir à notre rapport au matériel. À quel point, sans même nous en rendre compte, nos choix sont dictés par des notions de confort extérieur. À quel point, je me suis faite avoir par l’immense villa, l’immense chambre, l’immense piscine. Sans même me demander comment je m’y sentais. Et vues les incroyables villas qu’il y a ici, c’est à peu près certain que je vais me faire avoir encore une fois ou deux avant de vraiment retenir la leçon.

 

Je suis toujours à Ubud, mais plus pour très longtemps. Je prévois de m’exporter dans un autre coin de Bali dans quelques semaines, voire quelques jours. Ubud est un endroit merveilleux, au centre de Bali (prenez une carte), en plein milieu des rizières. Il y a une atmosphère à Ubud qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Tout est paisible, et humide (il faut le dire). Il y a une forme de spiritualité très particulière ici, on dit qu’Ubud est le centre spirituel de Bali. Et donc, la plupart des personnes que tu croises à Ubud sont en quête. Et c’est complètement fou, quand on y pense. Elles sont toutes là pour trouver quelque chose, elles travaillent toutes sur elles-mêmes. C’est génial quand on arrive, c’est génial quand tu es là pour ça et pour un temps, c’est incroyable de faire une retraite ici. Mais au quotidien, c’est épuisant. C’est épuisant de rencontrer des gens qui mangent sain et font du yoga tout le temps, je mange sain et je fais du yoga mais je vote pour la diversité. Des gens qui parlent d’énergies et de conspirations cosmiques tout le temps. Des gens qui te font des câlins sans cesse, le genre de câlin qui dure assez longtemps pour que tu sois vraiment mal à l’aise. Des gens qui parlent tout doucement et tellement lentement, à qui tu regrettes d’avoir demandé comment ils allaient parce qu’après cinq minutes de tirade, t’as toujours pas la réponse. D’ailleurs, à Ubud, on ne demande pas aux gens comment ils vont, on demande aux gens comment ils se sentent. Toutes les conversations ici sont super profondes. Tout le temps. Parfois, tu as juste envie de regarder un film super américain en mangeant des popcorns au caramel et des M&M’s chimiques. Et d’être super à l’aise avec ça.

Alors je pars à Canggu, dans le sud de Bali (prenez une carte), au bord de la mer, et je vais apprendre à faire du surf. Yep. Dans quelques mois, suivez-moi, je donnerai des cours de yoga en pleine mer sur ma planche de surf en chantant Jean-Jacques Goldman.

 

Paris ne me manque pas vraiment. Je suis profondément heureuse de ne pas me cailler les miches dans la neige avec vous. Mon appartement ne me manque pas, ni mes fringues, ni mes livres, ni mon canapé qui vit sa vie de canapé je-ne-sais-où, le métro ou le pain, ma routine parisienne, mon confort parisien. Rien de tout cela ne me manque, je n’y pense même pas. Pourtant, il m’arrive de me sentir homesick (littéralement, malade de la maison, dont la maison manque). J’en discutais avec Stephanie. J’ai rencontré Stéphanie en visitant une villa quand je suis arrivée. Je l’ai vraiment croisée un quart de seconde en faisant le tour avec le propriétaire, elle occupait la chambre qui allait être à louer. Je lui ai demandé pourquoi elle lâchait sa chambre, elle m’a répondu que c’était un peu cher pour elle. Et notre échange s’est arrêté là. Trois semaines plus tard, en sortant d’un cours de yoga, elle était sur son scooter juste devant moi, elle m’a demandé si j’avais trouvé une chambre et pour combien de temps j’étais là. On a été boire un café pour tout se raconter. Puis plein d’autres cafés. J’en discutais avec Stephanie. Je lui disais qu’il m’arrivait de me sentir homesick, mais que ma maison c’était Bali maintenant, que Paris ne me manquait pas, que cela n’avait pas de sens. C’est un sentiment très bizarre, quelque chose me manque, mais c’est quelque chose qui n’existe plus et dont je n’ai plus envie. Elle m’a répondu que c’est parce que je voulais associer la maison (home) à un endroit, à un tout. La maison, ce n’est pas un endroit, ce sont des gens. Je venais d’écrire mon article sur le fait de rentrer à la maison, à l’intérieur de soi. J’étais super têtue et bornée. Pas du tout, la maison, ce ne sont pas des gens. La maison, c’est à l’intérieur de toi. Tu n’as besoin de rien d’extérieur. Rien, ni personne.

Et puis, sa réponse est restée dans mon esprit quelques jours. La maison, ce sont les gens. Et il y avait de ça dans mon ressenti, sans aucun doute. Le manque des gens. Pas forcément des personnes en particulier, mais un manque assez vague d’avoir des gens proches de moi autour de moi. Une famille.

 

Mon premier réflexe a été de me dire. Pas de problème, la vie est tellement magique ici, je vais convaincre toutes les personnes que j’aime de venir habiter ici et on sera tous super heureux ensemble. Et puis, j’ai assez vite réalisé que je n’étais pas le centre de l’univers, hein. Que Bali faisait mon bonheur, pour l’instant. Mais qu’il ne ferait peut-être pas le bonheur des gens que j’aime. Que finalement, le bonheur des gens qu’on aime peut être complètement différent de notre bonheur. C’est un constat qui parait couler de source en théorie. Mais en pratique : as-tu déjà vu l’un de tes êtres aimés se mettre en couple avec quelqu’un que tu détestes sans comprendre pourquoi ? as-tu déjà vu l’un de tes êtres aimés partir habiter dans une contrée bizarre et lointaine sans comprendre pourquoi ? Ou dans un autre registre : t’es-tu déjà fait larguer sans comprendre pourquoi ?

On est tellement convaincu par les choses qu’on vit personnellement et tellement persuadé de connaître les gens qu’on aime exactement tels qu’on veut les connaître. Qu’on oublie parfois. On oublie qu’ils peuvent avoir un bonheur complètement différent de notre bonheur, ou même du bonheur qu’on projette sur eux. Qu’à la fin du compte, on prend tous nos décisions en ne considérant qu’un seul cadre de références. Notre propre bonheur personnel. Chacun sur son chemin, chacun faisant de son mieux.

 

J’ai pris des décisions qui ont fait de la peine aux gens qui m’aiment. Je pense à mes parents qui ont quatre enfants sur quatre continents différents. Je pense à mes parents avec beaucoup de compassion et de respect. Laissant leurs quatre enfants être heureux, même si cela signifie être loin d’eux. Parce que finalement, le bonheur des gens qu’on aime, même si c’est un bonheur loin de notre bonheur, fait aussi notre bonheur (vous me suivez toujours, pas vrai ?).

Cela ne résout pas mon problème de manque de famille ici. Si tu es très heureux là où tu es, forcément je suis heureuse. Mais je suis aussi triste loin de toi. Alors si tu te sens perdu là où tu es, que tu as envie de vivre une vie rêvée, en short toute l’année, bronzé, yoga, fruits incroyables, surf, plage et tranquillité. Viens à Bali. On pourra partager une villa incroyable, pleine de bonnes ondes, se la couler douce toute l’année, et regarder des films Marvel en mangeant des glaces. Penses-y.

 

Prenez soin de vous et des gens que vous aimez.

Camille

 

 

 

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Dear you,

 

I have celebrated my « one month » last week; it has been one month since I arrived in Bali. I hope that you bought me a little present and that you intend to come to Bali to give it to me. (To those of who are reading about me since my trip in India: big up, we’re getting our good habits back). I have the feeling that I left Paris a month ago. At the same time, I have the feeling that I arrived in Bali only a week ago. What did I do with the three weeks in between, go figure. 

Yesterday, I left my huge house and my german roommate. It was a one month story. I left Arthur too, the gecko who was living in my bathroom, and this is maybe what makes me the saddest. I am back in my hotel room, exactly the same room where I spent two months last summer and a few days when I arrived in the beginning of February. The exact same room. My room. I get all my habits back and this is exactly what I was looking for when I decided to move to Bali. In a way, this small hotel room feels more like home than the huge villa in the rice fields I was living in for a month. Once more, it makes me think about our link to material things. About how much, without even noticing it, our choices are dictated by external comfort. How I fell for the huge villa, the huge room, the huge pool, without even asking myself how I felt when I was in it. And, considering all the incredible villas here, it is quite sure that I will fall for it once again, or maybe twice before I am to learn my lesson.

 

I am still in Ubud, but not for long. I plan to transport myself to another area of Bali in a few weeks, or a few days. Ubud is a wonderful place, in the middle of Bali (look at a map), in the center of rice fields. There is an atmosphere in Ubud that you can find nowhere else. Everything is peaceful, and humid (it has to be said). There is a form of really special spirituality here, we say that Ubud is the spiritual center of Bali. And so, most people you run into in Ubud are on a quest. And this is completely crazy, when we think about it. They are all here to find something, they are all working on themselves. It is amazing when we arrive, amazing when you’re here for that and for a while, it is incredible to do a retreat here. But in the everyday life, it is exhausting. It is exhausting to meet people who eat healthy and do yoga all the time, I eat healthy and I do yoga but I vote for diversity. People who are talking about energies and cosmic conspiration all the time. People who hug you continuously, the kind of hug that lasts long enough for you to be really uncomfortable. People who speak really low and so slowly, to whom you regret to have asked how they are because after five minutes of monologue, you still don’t have the answer. By the way, in Ubud, you don’t ask people how they are, you ask how they feel. All the conversations here are super deep. All the time. Sometimes, I just want to watch a super american movie eating caramel popcorns and chemically infused M&M’s. And be super confortable with it.

So I am going to Canggu, in the south of Bali (take a map), by the sea, and I will learn to surf. In a few months, follow me, I will teach yoga in the middle of the sea on my surf board, singing Jean-Jacques Goldman.

 

I don’t really miss Paris. I am deeply happy not to freeze my butt off in the snow with you. I don’t miss my apartment, nor my clothes, my books, my couch who is living his couch life I-don’t-know-where; I don’t miss the subway or bread, nor do I miss my Parisian routine, my Parisian comfort. I don’t miss any of this, I don’t even think about it. However, I can feel homesick from time to time. I talked about it with Stephanie. I met Stephanie while visiting a villa when I arrived. I really ran into her a quarter of a second while walking around with the landlord, she was living in the room which was about to be free. I asked her why she was leaving the room, she said that it was a little bit over budget for her. And our exchange ended here. Three weeks later, just after a yoga class, she was on her bike in front of me, she asked me if I had found a place and for how long I was here. We went for a coffee to talk about everything. And for many more coffees. I talked about it with Stephanie. I told her that I could feel homesick from time to time, but that my home was Bali now, that I didn’t miss Paris, that it didn’t make any sense. It is a really strange feeling, I miss something, but it is something that doesn’t exist anymore and that I don’t want anymore. She answered me that it was because I wanted to match home with a place, with a whole. Home is not a place, it is people. I had just written my article about going home to yourself. I was stubborn and narrow-minded. Not at all, home is not people. Home is inside of you. You don’t need anything for the outside. Nothing, neither anyone. 

Then, her answer stayed in my mind for a few days. Home is people. And there was a part of that in my feeling, without any doubt. Missing people. Not really specific people, but a vague feeling of missing the people closest to me around me. I was missing a family.

 

My first reaction was to tell myself: no problem, life is so magical in here, I will convince all the people that I love to come live here and we’ll be super happy together. Then, I realized quite fast that I wasn’t the centre of the universe, ha! That Bali makes my happiness, for now. But that it may not make the happiness of the people I love. That finally, the happiness of the people we love can be completely different from our own happiness. It is an analysis who seems pretty obvious in theory. But in practice: have you ever seen one of your loved ones start a relationship with someone you hate without understanding why? have you ever seen one of your loved ones go live in a strange and faraway land without understanding why? Or on a different note: have you ever been dumped without understanding why?

We are so convinced by the things that we’re living with personally, and so sure that we know the people we love exactly how we want to know them. That sometimes we forget. We forget that they can have a happiness completely different from our happiness, or even from the happiness we’re projecting on them. At the end of the day, we all make our decisions while considering only one framework: our own personal happiness. Each one on his path, each one doing his best.

 

I have made decisions that have hurt people who love me. I am thinking about my parents who have four children on four different continents. I am thinking about my parents with a lot of compassion and respect. Letting their four children be happy, even if that means being far away from them. Because in the end, the happiness of the people we love, even if it is a happiness far away from our own happiness, is also what makes our happiness. (You’re still following, right?)

This doesn’t solve my « missing family » issues. If you are happy where you are, obviously I am happy. But I am also sad far away from you. So if you feel lost where you are, if you want to live a dream life, wearing shorts all year long, tanned, yoga, amazing fruits, surf, beach and peacefulness. Come to Bali. We could share a wonderful villa, full of good energies, and taking it easy all year long, and watch Marvel movies while eating ice-creams. Think about it.

 

Take care of yourself and of the people you love.

Camille

Les

commentaires (1)

Her Bak
05 mars 2018
Blaise Pascal disait : "Dieu est une sphère infinie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part.". On peut entendre Dieu comme le symbole de l'Unité, du Un qui confère une réelle harmonie des contraires... Partout où on se déplace, on peut trouver son centre puisqu'il est en nous et se déplace avec nous. Le secret (qui est là où ça se crée évidement) c'est d'être à la bonne place au bon moment et le moyen d'y arriver, c'est de vivre en conscience l'instant présent. d'ailleurs ne dit on pas d'un cadeau que c'est un présent ? C'est le secret du bonheur...être à la bonne heure...;-)) On doit pouvoir être à la bonne heure partout dans le monde, c'est d'ailleurs notre seul libre arbitre... Bises Arno

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