Day 11 – Mets ton tutu à Uluwatu

03.05.17

SEMAINE N°224

Day 12 – Je suis Camille-Coeur-Pur

04.05.17

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de la semaine n° 224

Day 12 – Je suis Camille-Coeur-Pur

04.05.17

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Je vous ai laissés hier, avec mes frites, ma vue sur la piscine qui se jette dans la piscine qui donne sur la mer, et les moustiques qui se réjouissaient de mon existence dans ce bas-monde. J’ai fini de manger tranquillement mais pas trop quand même. Rapport aux moustiques. Je me suis raisonnée pour retourner dans ma chambre fonctionnelle. Prête à la rencontrer différemment. Je me suis préparée psychologiquement à aller prendre ma douche dans la salle de bain fonctionnelle de ma chambre fonctionnelle. J’étais prête. Parée à tout. Sauf à ce qui m’attendait.

J’ai allumé la lumière de la douche. Sur le pas de la porte. Et à l’instant précis où la lumière fut, j’ai vu un petit animal visqueux sauter d’un mur à l’autre en croassant. Une grenouille. Il y avait une fucking grenouille dans la douche. Je n’ai pas hurlé. Je ne hurle même plus. J’ai arrêté de respirer. Et j’ai répété en boucle dans ma tête. Oh putain. Oh putain. Oh putain. Oh putain. Ok respire. Ce n’est qu’une grenouille. Dans la douche. Éteins la lumière et tire-toi. Tire-toi loin.

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Je ne sais pas si vous avez déjà connu ça dans votre vie. Partir en exactement trois minutes d’un endroit. Juste foutre le camp. J’ai pris mon ordinateur, par un miracle du Saint-Esprit le wifi marchait super bien. J’ai été sur booking. J’ai cherché le premier hôtel super propre, super aseptisé, super beau, super cool, super tout. Le deuxième dans la liste m’a paru super bien. J’ai réservé en deux secondes chrono. J’ai tout foutu dans ma valise. En boule. Là, je m’en foutais pas mal que chaque chose soit à sa place. Je me suis assise dessus pour pouvoir la fermer. Concentration maximale en un temps record. Surtout n’oublie rien.

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Je suis sortie de la chambre. Allez savoir pourquoi la porte s’est bloquée à ce moment-là. Impossible de la refermer derrière moi. Pas mon problème. Je me casse quand même. J’étais calme et super déterminée quand je suis arrivée à la réception. J’ai dit à la fille que je voulais partir. Que j’étais désolée, qu’elle était super lovely tout ça mais que je partais. Je pars. Je suis prête à payer tout ce que vous voulez, même les deux nuits s’il le faut. Je m’en vais. (Ce qui était complètement débile, sachant que je suis totalement libre de faire ce que je veux et que clairement j’aurais pu négocier ce que je voulais sachant que j’avais trouvé une grenouille dans ma salle de bain). Je ne sais pas pourquoi je me sentais redevable envers elle. Je ne voulais pas qu’elle soit triste. Je voulais juste partir et que tout soit comme si je n’étais jamais venue.

Elle m’a proposé de changer de chambre. Non. Elle m’a proposé de me mettre dans une chambre plus grande. Non. Elle m’a proposé de me mettre dans une suite avec vue sur la mer. Non, non et non. Je me casse. Elle m’a commandé un taxi. Merci oui.

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Putu est venu me chercher pour m’emmener dans mon nouvel hôtel.

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Parenthèse culturelle. À Bali, tout le monde porte les mêmes prénoms. Le prénom est fonction de la place que tu as dans ta famille. Le premier enfant s’appelle Wayan ou Putu. Peu importe que ce soit un garçon ou une fille. Le deuxième Made ou Kadek. Le troisième Nyoman ou Komang. Et le quatrième Ketut. S’il y a un cinquième enfant, on retourne au début.

Les balinais n’ont pas non plus des noms de famille comme nous. Le nom de famille est donné par les parents à l’âge de trois mois. Dans une même famille, personne n’a le même nom. Le nom donné par les parents est relatif au caractère du bébé, à son apparence physique ou à des qualités qu’on aimerait que le bébé développe plus tard. Par exemple, on peut choisir Murniati (cœur pur), Santi (paisible) ou Dharma (bon).

Moi je m’appellerais Made Santi. Mais j’hésite avec Murniati. Je choisis Camille-Coeur-Pur. Merci de m’appeler désormais CCP. (Ça fait un peu banque postale, non ?).

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Putu est donc venu me chercher pour m’emmener dans mon nouvel hôtel. Une mini-villa pour moi. Oui oui. J’avais besoin de ça. Après la grenouille. Je l’entends encore croasser au bout du couloir. L’horreur. Mais finalement, je me dis que la grenouille m’a sauvée. Je détestais ma chambre fonctionnelle. M’en foutais de la piscine qui se jette dans la piscine qui donne sur la mer. Je préfère être bien dans mon espace que d’avoir une belle vue. La grenouille m’a sauvée. Elle m’a donné une excuse pour partir vite, sans me retourner.

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Je suis arrivée dans ma villa vers 21h30. Je m’y suis sentie si bien tout de suite. Le genre d’endroit que tu aimerais ne jamais quitter. Il y a une grande porte en bois qui ouvre sur un petit chemin, qui mène vers le salon, un grand canapé, une table basse et une énorme télé en face, une petite cuisine sur la gauche en entrant, et au bout du salon une piscine privée. Juste pour moi. Ma piscine, quoi. La chambre est immense. Le lit est immense. La chambre est tout en baie vitrée qui donne sur la piscine. La salle de bain n’est pas fournie avec les grenouilles.

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J’ai pris ma douche. Je suis allée me coucher tranquillement en ayant si hâte de me réveiller.

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Je mentirais si je vous disais que j’ai visité Uluwatu aujourd’hui. J’en avais envie. Et puis, en fait non. Je suis restée à la piscine quasiment toute la journée. Sauf pendant une heure où j’ai été me faire masser. On m’a amené à manger devant ma piscine. Je me suis dit que je pourrais bien rester là toute ma vie. Acheter cette petite villa. Et ne plus jamais rentrer. À certains moments de la journée, je revoyais ma grand-mère Mutty à Roquefort qui me répétait plusieurs fois dans la journée : « Trop de soleil, ma chérie. Va te mouiller les cheveux. » Oui Mutty, j’y vais.

Je suis sortie en fin d’après-midi. Putu est venu me chercher à 5h15 et j’ai été voir le coucher du soleil au temple d’Uluwatu. J’avais pas vraiment envie d’y aller. Mais eh, faut bien que je fasse quelques trucs de touriste de temps en temps. Il m’a déposée en bas du temple. J’ai gravi la montagne. J’ai vu le coucher du soleil. Et j’ai pris un billet pour voir le spectacle des danseurs.

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Il y avait beaucoup (beaucoup) de monde. Il faisait très (très) chaud. Et le mec devant moi n’arrêtait pas de bouger et de me coller. À part ça, le spectacle des danseurs était assez incroyable. Imaginez une chorale acapela de trente balinais en transe (je ne pourrais pas vous dire quelles substances ils s’envoient mais nul doute qu’ils sont bien défoncés) qui se prennent pour une armée de singes. Des danseuses magnifiques. Des costumes flippants. (Vraiment, il faut le dire). Je n’ai pas tout compris à l’histoire, une femme qui se fait kidnapper par un démon, le mari fait appel à l’armée de singes pour l’aider à la récupérer, et grande bataille. À peu de choses près, je dois pas être loin.

Il faisait nuit quand le spectacle s’est fini. J’ai marché vite dans la nuit pour retrouver Putu. Et me revoilà dans ma villa.

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Je vous laisse, je vais profiter du moment.

Je vous embrasse.

Camille

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PS : Je n’ai pas de PS aujourd’hui.

Day 11 – Mets ton tutu à Uluwatu

03.05.17

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Je suis dans la voiture avec Nikki. J’écris encore en roulant. Peut-être bien que je vais vomir avant d’arriver. Mais je dirai à Nikki que c’est de votre faute. Vous me forcez à faire des trucs pas possibles. La bonne nouvelle, c’est que je ne vomis jamais en voiture. Au pire, je pourrais mourir d’un mal de tête combiné à un mal au coeur combiné à des cheveux frisés dans l’humidité.

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Ce matin, j’ai été au yoga à 7h30. Je me suis levée quand vous alliez vous coucher. Ou presque. Et comme j’y ai été aussi deux fois hier. Je pense que c’est bon. Je suis rentrée à fond dans mon voyage. Je suis balinaise. Je suis Camille, la balinaise. Une version de moi si cool et si détendue. Plus rien n’est un problème. D’ailleurs, le mot problème ne fait même plus partie de mon vocabulaire. Il n’existe plus. Il n’a même jamais existé.

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Dans la philosophie indienne, on appelle ça « maya ». La dualité. Pour les indiens, maya est le pire des fléaux. C’est considérer qu’il y a toujours deux choses qui s’opposent. Le bien s’oppose au mal. Le beau au moche. La solution s’oppose au problème. (Je peux continuer longtemps comme ça, mais je pense que vous avez compris) (pas vrai ?). Maya, c’est le jugement. C’est constamment donner un avis sur les choses. Quand tu arrives à te détacher de maya, tu commences à considérer le monde et la vie comme un tout. Il n’y a ni bien ni mal. C’est un ensemble où tout est connecté, où toutes les choses ne sont en fait qu’une. Tout est un. (Si on considère l’atome comme unité commune de toutes choses, il ne fait aucun doute que tout est un)(N’est-ce pas ? Bien sûr, bien sûr).

On ne peut pas changer les choses sur lesquelles on n’a aucun contrôle. Par exemple, en cet instant, je suis bloquée dans les embouteillages avec Nikki. Je n’y peux rien. Nikki n’y peut rien. J’arriverai quand j’arriverai. Je n’ai qu’à occuper autrement le temps qui m’est imparti. Si tant est que j’ai envie de l’occuper. Ce n’est pas un problème.

Plus rien n’est un problème. La vie suit son cours. Et si on suit son instinct (et ses rêves profonds) tout le temps, on sera exactement là où on devra être à chaque instant de notre vie.

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Nikki écoute Céline Dion dans la voiture. Je l’adore. J’adore Nikki. Elle est si douce. Elle m’appelle « honey » tout le temps. « You ok honey? ». Bien sûr, c’est aussi parce qu’elle ne se rappelle pas de mon prénom. « You want coconut honey? ».

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J’étais à Seminyak depuis samedi. J’ai passé deux jours avec Raph et aussi Julia sur la fin. Nous avons été à la plage, puis à la piscine, puis à la plage, puis à la piscine. Les vraies vacances. Incroyables vacances toute douces sous le soleil de l’Indonésie. Oui oui.

Julia et Raph sont partis lundi soir. Julia à Sydney et Raph à Singapour. Moi, je suis restée. Comme si Bali était ma maison et que j’habitais là. Au revoir mes amis, revenez quand vous voulez.

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Hier matin, je voulais partir de Seminyak. Pour la première fois depuis mon arrivée, j’avais organisé ma journée. Quand je me suis réveillée, il pleuvait. Une pluie qui ne ressemblait pas vraiment à de la pluie. Imaginez plutôt un taux d’humidité extrême, un hamam géant ambiant. Du coup, j’ai annulé ma journée, tout décalé au lendemain. J’ai été au yoga, je me suis promenée tout l’aprem, je me suis achetée les trucs que je m’achète toujours en vacances (j’en ai à peu près trois cent mille chez moi). Des bracelets en coquillages. Des bracelets sans coquillages. Un panier avec des pompons. Des sandales. Une glace au chocolat et au caramel avec des amandes effilées. Trois jus de pastèque et douze litres d’eau. J’ai récupéré mon linge à la laundry. J’ai refait ma valise. J’aime bien quand tout est à sa place dans ma valise. Chaque chose à sa place et le monde se porte mieux. Je suis retournée au yoga. J’ai lavé mon tapis de yoga. (Je sais, tout ça est passionnant). J’ai dîné dans ma chambre, sur mon lit, au propre, avec la clim, devant un film. Tranquillement. Balinaisement moi.

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Je viens d’arriver à Uluwatu. Là où je vais passer mes deux prochains jours. Je dors dans une petite maison fonctionnelle. C’est en ça que je vois que je vieillis. Alors qu’il y a quelques années, je pouvais dormir dans des micro-chambres, sur des lits sans draps, avec des douches sur le palier au bout du couloir. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus difficile. Ma petite maison est fonctionnelle. Elle n’est pas mignonne. Elle n’est pas accueillante. Elle ne me dit pas « Eh, je suis trop contente que tu sois là ». Elle est grande, spacieuse et froide. Par contre, je dois vous dire qu’en face de ma maison, il y a une immense piscine qui se jette dans une autre piscine qui donne sur la mer. Aussi que je suis en train de me faire attaquer par douze sortes de moustiques différents. Et que mes frites refroidissent.

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Je vous laisse.

Camille

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PS : Je vous embrasse.

PS 2 : Sur la photo là-haut, c'est le temple de la mer à Tanah Lot.